Par ici ma sortie _ questions de société

Se mettre dans la peau de...

Denis-Daniel Boullé
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Photo prise par © Robert Laliberté

Dans les jeux de rôles pour démystifier l’homosexualité, on demande à des participants de s’imaginer homosexuel puis on les place dans des situations où ils doivent composer avec leur nouvelle orientation sexuelle temporaire. Des téléréalités américaines proposent à des familles d’échanger leurs enfants pendant une semaine, ou la mère de famille. Parfois, on leur demande d’échanger leur situation sociale, la famille riche s’installant pendant quelques jours dans la précarité, la famille pauvre goûtant un bref instant les joies de l’opulence.

On pourrait faire de même avec les trans par solidarité. La première semaine de mai, les hommes deviendraient des femmes et les femmes des hommes. Les politiques devraient donner l’exemple. Imaginons un instant Jean Charest fouillant dans la garde-robe de son épouse, Michèle, le maire Régis Labeaume enfilant la robe Yves-Saint-Laurent de sa prédécesseure Andrée Boucher. Pauline Marois sortant de l’Assemblée habillée en gars de la cons-truction. Ou encore Richard Martineau affublé de minirobes à la Julie Snyder. Votre imagination n’ayant aucune limite, je vous vois déjà regarder vos collègues, vos voisins et même les membres de votre famille trans-formé-e-s.

Cela ressemblerait au carnaval des fous du Moyen Âge. Mais derrière l’aspect ludique, les carnavals ont toujours été des révélateurs des tensions sociales, politiques et religieuses de leur époque. Une semaine où nous serions tous trans nous permettrait peut-être de remettre en perspective en chacun de nous ce qui est considéré comme arbitrairement masculin et féminin. Et comme cela serait toléré, voire expressément recommandé, je suis sûr que plus d’un et plus d’une verrait enfin l’occasion d’explorer d’autres facettes d’eux-mêmes.

Mais dans ce trouble du genre, que chacun pourrait vivre, peut-être se rendrait-on compte que notre sexe biologique ne conditionne pas automatiquement notre genre. On entend de nos jours dire qu’il y a beaucoup plus d’homosexuels qu’avant. Entendre qu’on en voit plus qu’avant. C’est simplement qu’il est plus facile de vivre son orientation sexuelle qu’il y a une trentaine d’années.

On a tous dans nos familles, des mononcles qui malgré un mariage et des enfants nous ont toujours semblé suspects, des matantes qui auraient préféré le célibat. Nos histoires familiales sont marquées par ces petits secrets. Aujourd’hui, la répression sociale étant moins forte, ils et elles sont de plus en plus jeunes à faire leur sortie du placard et de ne pas placer leur avenir sous le sceau du mensonge. Et si c’était le cas pour les trans.

Martine approche la soixantaine. Elle a attendu que ses deux fils soient adultes, puis la retraite pour enfin vivre comme elle le souhaitait depuis des années, c’est-à-dire en femme. Un long et lent cheminement, pesant le pour et le contre, évaluer le meilleur moment pour avancer à ses proches que l’homme qu’ils avaient connu n’existait plus si toutefois il avait réellement existé. Un cheminement qui se fait le plus souvent dans la solitude. Car la pression sociale n’est pas facile à transgresser. Trop souvent, les trans sont perçues avec ironie et moqueries. C’est à coup sûr un succès assuré que de mettre sur scène un homme habillé en femme. La cage aux folles remporte toujours autant de succès. Mais derrière, il y a des histoires – pas des drames – mais des histoires simplement humaines qui demanderaient une autre attitude. Et faire taire les rires gras qui ne font que souligner notre propre insécurité par rapport à notre sexe et à notre genre.

La journée de la fierté trans le 5 mai prochain a pour thème : Mon sexe n’est pas mon identité. En fait que ce n’est pas le phallus et le vagin, les poils ou la poitrine qui nous définissent automatiquement en tant qu’homme ou femme. On peut se sentir homme tout en ayant un vagin, ou femme tout en ayant un phallus. Et si c’était la voie que collectivement nous devrions choisir pour nous rejoindre plutôt que d’encenser et cultiver les différences entre les deux sexes. Que chacun puisse se définir en dehors de cette dualité qui s’oppose entre homme et femme.



 

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Publié le 17 avril 2012

par Denis-Daniel Boullé