Le garde-robe de frédérique

Ma blonde idéale

Julie Beauchamp
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Photo prise par © Robert Laliberté

Vendredi soir 22 h, c’est la folie, le retour du printemps rend les filles heureuses et très sociales, elles sortent en groupe, les 5 à 7 s’étirent, elles se planifient déjà leurs fins de semaine de chalet, leurs voyages et leurs… conquêtes estivales!

Frédérique, elle, planifie de son côté son futur déménagement. Sa vie va changer radicalement! Elle emménage avec Camille dans moins de 3 mois! «Wow! C’est super», s’écrie Jonathan! Fred est contente : «Oui, ça va vite, mais je tripe… je tripe d’être avec elle!» Jonathan s’exclame : «Tu vas voir, si c’est la bonne, tu vas le savoir, vivre avec quelqu’un, c’est comme une préparation au mariage! Et quand ça marche, c’est magique! Tu te maries!»

Fred regarde la foule : « En parlant de mariage, c’est la ronde des “enterrements de vie de jeunes filles” depuis quelques semaines!» «Oui, je sais, c’est le nouveau concept!», lui répond Jonathan. «C’est assez cool quand même, venir fêter dans un bar de lesbiennes où la seule chose que tu risques de faire, c’est frencher une inconnue ben saoule sur la piste!»

Fred éclate de rire en rétorquant : « Une réplique de I Kissed a Girl prémariage! » Un nouveau groupe se pointe au bar pour fêter l’heureuse élue; Sophia, 33 ans, les longs cheveux noirs lissés, le rouge à lèvres flamboyant, elle a sur la tête son voile de mariée en tissus mauve et son t-shirt Getting married, huit shooters de tequila se boivent en même temps. Les filles sont sur le party!

Fred discute avec le groupe, ça parle fort, ça rit, les filles narguent leur amie sur sa vie mouvementée pas trop straight d’avant. Sa vie avant Louis, son homme idéal, celui par qui passe la beauté et les pectoraux, la force et l’intelligence, le rire et la galanterie. Sophia s’extasie de bonheur en montrant sa photo à Fred : «Je te le dis, jamais j’aurais pensé me marier, mais avec lui, je n’ai même pas réfléchi, on ne se connait pas depuis longtemps, il vit chez moi juste depuis un an, mais c’est comme si j’l’avais toujours connu!» dit-elle avec son accent mi-anglais.

Carolanne l’écoute raconter son histoire, elle est silencieuse et calme, c’est elle qui leur a proposé le Garde-Robe, c’est elle la meilleure amie de Sophia. Sophia s’approche d’elle et la présente à Fred : «Voici la femme de ma vie!», dit-elle en la prenant dans ses bras. Carolanne embrasse Sophia sur la joue et sourit à Fred : «Je lui ai demandé de m’épouser il y a deux ans et elle a refusé.» «Et pourquoi donc?», lui demande Fred en riant. « Parce que je l’aime et je veux pas la perdre!» rétorque Sophia avant de foncer vers le plancher de danse.

Fred entame la conversation avec Carolanne : « Alors, ça fait quoi d’être l’objet d’un si grand amour? » Carolanne hésite à répondre et lance : « Sophia est ma meilleure amie, on aime bien dire des conneries, surtout dans les bars gais, elle adore jouer sur l’ambiguïté…» Fred enchaîne : « Oui, j’avoue qu’elle réussit à créer un doute, même la veille de son mariage! »

En parlant, de cultiver l’ambivalence, Sophia qui carbure au gyn tonic ce soir, vient se pendre au cou de Carolanne, la serre lascivement et lui murmure à l’oreille un air que Carolanne reconnait très bien. Ces deux filles sont soudées l’une à l’autre par un lien singulier, le reste du groupe fait figure de parure pendant qu’elles dansent collées sur une musique qui n’existe que dans leurs têtes.

Carolanne prend ses distances doucement et repousse Sophia vers le groupe, vers sa liberté. Elle revient au bar : «Il fait chaud et je pense que la future mariée a besoin d’eau!» Fred lui pose les bouteilles d’eau sur le comptoir en lui disant : «Et toi Caro-lanne, t’as un chum, une blonde? » Elle rougit intérieurement et répond : « Non, non, personne... Ben, j’ai pas de blonde en ce moment, ça fait un bout, deux ans, je pense.» «Ok! Pas depuis que t’as fait ta grande demande à Sophia?», dit Fred interloquée. Carolanne réplique sérieusement : «C’est dur de trouver quelqu’un! Et puis Sophia, c’est pas pareil, c’est comme ma blonde idéale, si elle était gaie, on serait ensemble, c’est sûr!»

Et elle repart, Fred les regarde danser et réfléchit à cette amitié qui repousse les barrières de l’amour. Sophia, qui perd de plus en plus ses inhibitions, revient au bar pour un double cocktail. «Wow! Quelle super soirée, j’adore venir ici!» Fred est surprise: «Ah, oui? Tu viens souvent?» «J’suis venue une couple de fois avec Carolanne», précise Sophia.

Fred se risque : «Vous êtes très proche, on dirait.» Sophia répond : «À toi, je peux bien le dire, je l’aime, c’est hallucinant, j’pars deux semaines avec mon chum pour le voyage et je ne sais pas comment je vais faire, j’vais m’ennuyer, je sais que c’est bizarre, c’est comme si une partie d’elle vivait en moi.» À ce moment, Carolanne arrive au bar, Sophia se colle, Carolanne la serre et l’embrasse tendrement dans le cou, les deux s’éloignent enlacées.

Sophia glisse à l’oreille de Carolanne un «Je t’aime». Carolanne la regarde, l’admire, la désire : «Moi aussi, tu le sais, tu es ma femme idéale.» Sophia s’avance pour l’embrasser sur les lèvres, Carolanne la retient : «Mais, qu’est-ce que tu fais? Sophia t’as trop bu!» Cette dernière répond : «Non, je ne sais plus quoi penser, t’es partout, dans ma tête, dans mon cœur…» Chamboulée, Carolanne laisse tomber ses «interdits» et dépose ses lèvres sur celles de Sophia, un baiser attendu depuis des années. Fred les regarde de loin, et se demande pourquoi fallait-il que Sophia s’engage à se marier pour réaliser à quel point elle aime Carolanne…