Mado est au Boutte_et voyage

Du sable dans la craque

Mado Lamotte
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Est-ce qu’il vous arrive parfois d’arriver quelque part et de vous sentir bien tout de suite? Il y a aussi des gens qu’on rencontre pour la première fois qu’on a l’impression de connaître depuis toujours tellement on connecte instantanément. C’est à peu près ça qui m’est arrivé à l’instant même où je récupérais ma clé de chambre des mains de la douce et si gentille Moïra. Je vous entends penser à voix haute: où est-ce qu’elle est encore partie la chienne! À St-Martin ne vous en déplaise! J’en avais tellement entendu parler que j’ai décidé d’en finir une fois pour toutes et d’aller voir sur place si les rumeurs de petit paradis tropical étaient bien fondées. Vous dire que c’est beau comme ç’a pas d’allure serait vous mentir. Je dirais plutôt que c’est vraiment très très beau et que ç’a vraiment ben ben d’l’allure!

On s’entend que j’étais du côté français, le côté hollandais étant un peu moins chic, plus précisément à Anse Marcel, dans un hôtel boutique, Le Marquis, juché en pleine montagne avec vue splendide sur la mer des caraïbes, ce qui ajoute au charme. Mais commençons par le début si vous le voulez bien question de ne pas oublier un seul détail de ces vacances inoubliables. Comme je n’ai plus l’âge de dormir 3 heures par nuit et de me réveiller à l’heure où je me couche normalement, nous avons, ma chum de femme Anita et moi, décidé de passer la nuit au Sheraton de l’aéroport, question d’êtres fraîches et disposes pour notre vol un peu trop matinal à mon goût. Piscine chauffée, bain tourbillon, verre de champagne et hamburger à 20 piastres. Ah comme c’est bon de pouvoir se payer la vie des gens riches et célèbres grâce à des points aéroplan. Et y’a rien comme dormir sur un matelas quadruple épaisseur enfouie dans trois étages de douillettes et d’oreillers pour te remettre d’aplomb. Comme dirait Linda Tremblay : c’est tellement beau, on voudrait dormir les yeux ouverts! Triste retour à la réalité dès qu’on met le pied à l’aéroport. Bout de viarge que c’est déprimant cet aéroport-là. Pis essayez pas d’avoir du service à 6 heures du matin, les commerces ouvrent à peine et fonctionnent très souvent à un employé et demi. Hey la catin, tu vois pas le line up de 60 enragés qui veulent leur café drette-là. C’est pas le temps de remplir le p’tit panier de crèmettes! Emmène ton cul icitte avant que j’me transforme en Incroyable Hulk! Bizarre que le café, qui est supposé être un activant, me calme les nerfs dès la première gorgée. J’vas sauter le boutte plate de l’attente et de l’avion pour me rendre direct dans notre chambre d’hôtel avec vue splendide sur la mer, je sais je l’ai déjà dit mais je vous ai pas dit qu’on avait été upgradé dans une chambre de luxe avec lit Impérial (la coche au-dessus du lit King) et une terrasse grande comme une allée de bowling, bon j’exagère, disons une allée de pétanque, avec hamac, chaise longue et ensemble de patio en tek.

C’est là que tous les matins nous prendrons nos petits-dé-jeuners, servis à la chambre, en admirant le paysage de casse-tête, entourées de petits lézards et d’oiseaux à la bédaine jaune qui viennent picosser dans nos petits pots de confiture. Ça fait changement des déjeuners que je prends sur ma terrasse à Montréal, entourée de guêpes et d’écureuils qui viennent fouiller dans mes plantes. Je remercie le ciel de m’avoir guidé vers cet oasis de tranquillité. Si la tendance se maintient, je prévois une semaine de pur bonheur et d’extrême félicité. 24 heures plus tard je suis conquise. Je n’ai encore rien vu de St-Martin et je parle déjà de revenir. Vite Anita, saute dans ton bikini, on s’en va voir la mer. Et quelle mer mes chéris! Bleue, verte, turquoise, chaude et assez calme pour que je nage des heures sans me lasser. Et comme son nom l’indique, Anse Marcel se trouve dans une anse, donc pas de gros courant fort et pas de vagues qui te r’virent à l’envers. Et comme la plage est partagée par 3 hôtels seulement y’a presque pas de monde, y’a pas des centaines de chaises cordées les unes sur les autres, y’a pas de vendeurs de cochonneries, y’a juste le Ti-Snack à Rachid qui fait le meilleur Pina Colada de toute l’île, pis y’a pas de quétaines qui traversent la plage de long en large avec leur Corona à la main. Mais j’ai trouvé qu’il y avait un peu trop de Françaises à mon goût qui se promènent les boules à l’air et qui n’ont, surtout, plus l’âge de le faire.

Quand c’est rendu qu’on fait plus la différence entre des seins et des pierres aux reins il est temps de remettre ton haut de bikini ma chérie. Moi j’ai compris ça depuis que ma poche dépasse de ma serviette au sauna! Mais les Français n’ont pas tous les défauts du monde car, s’ils sont reconnus pour passer leur temps à chialer ils sont tout aussi célèbres pour leur gastronomie. Vous dire comme j’ai bien mangé et bien bu pendant une semaine, ça t’enlève le goût de retourner à Cuba dans un hôtel tout compris. Et la cuisine française mariée aux spécialités créoles ça donne, comme dirait Céline dans un Souper Presque Parfait : « une explosion de pleins de saveurs exotiques dans ma bouche ». Enwèye icitte le tartare de bœuf à la moutarde créole, la salade de langouste à la mangue épicée, le steak de thon aux 3 agrumes, le crabe fourré aux crevettes, les accras de morue et le poulet colombo. Pas étonnant que j’rentrais pus dans mon costume de bain la dernière journée. Et ce que j’ai apprécié par-dessus tout de St-Martin, c’est que t’es pas confiné à ta chaise longue sur ton petit carré de sable toute la semaine. Il y a tellement de choses à faire qu’on savait pus où donner de la tête. Comme, changer de plage tous les jours (y’en a 37), changer de restaurant à chaque repas (y’en a 125), assister au défilé du Carnaval de Grand Case (3 guerdas en costume brésilien défraichi et 10 fesseux de chaudrons), se balader parmi les papillons à la ferme aux papillons ( y’en une centaine ), faire les boutiques à Marigot (y’en a trop), aller admirer les beaux garçons à la Baie Orientale (y’en a jamais trop), aller fouerrer sur l’îlet Pinel (plutôt 2 fois qu’une), rire de ma chum Anita qui prend des centaines de photos de n’importe quoi (des poignées de porte, des boîtes à lettres, des téléphones, des clôtures, des roches, ses pieds) ou monter le Pic du Paradis (es-tu folle? Chus pas venue en vacances pour faire de l’exercice). On est même allé passer une journée à St-Barth pour voir les vedettes d’Hollywood, les parvenus, les m’as-tu-vu et les stars déchues en quête d’attention. C’est là d’ailleurs que j’ai traité de poufiasse une pitoune à lunettes Foster Grant qui a manqué m’écraser dans sa mustang décapotable.

Quand elle est sortie de l’auto pour me cracher des bêtises en espagnol dans la face, j’ai réalisé que c’était Penelope Cruz. Oups, désolé mi querida, me gusta mucho la paella! Une bien belle île malgré tout, surtout la plage de Grande Saline et le restaurant Tamarin où, après notre repas des dieux pris à côté de la cage du perroquet Cyrano qui a pas arrêté de crier, on a eu le meilleur massage de pieds fait par des petits poissons suceurs de peaux mortes. Ça l’air dégueux dit comme ça mais c’est aussi bon que de se faire manger les pieds par un gars pas de dentier. Vraiment mes chéris, des vacances de rêve, et chu pas payée par l’office de tourisme de St-Martin pour dire ça. Pis tsé quand tout va bien jusqu’au bout. En arrivant à l’aéroport le jour du départ, quand la fille au comptoir de Sunwing m’a dit : Do you feel lucky today? J’ai compris que ces vacances presque parfaites allaient bien se terminer. On nous a upgradé en classe Élite comme ça, sans raison. Un beau sourire et un bonjour, comment ça va, faut croire qu’ils entendent pas ça souvent. Si on dit parfois que la vie est à prendre avec un grain de sel, moi je préfère la prendre avec du sable dans la craque.

Le must : se faire masser sur la plage au son de la musique de Air Supply.

L’homme : y’en a deux. Fabio, le beau Suisse-italien, homme à tout faire de l’hôtel Marquis et Lucien, notre chauffeur de taxi St-Martinois à la main tendre comme une papaye.

La plage : celle du Galion où on a l’impression de marcher sur l’eau et de se baigner dans une pataugeuse tellement la marée est basse.

La folle : Penelope Cruz!



 

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Du sable dans la craque

On s’entend que j’étais du côté français, le côté hollandais étant un peu moins chic, plus préciséme (...)

Publié le 17 avril 2012

par Mado Lamotte