peinture de lumière

Philippe se délecte de...

Philippe Boivin
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Si vous êtes comme moi, vous avez fort probablement les rotules en sang à force de vous lancer sur les genoux chaque fois que vous tétez solennellement l'amitié facebookienne de tous les mannequins aux corps aussi délectables que ma chronique. Au moment où vous croyez enfin pouvoir panser vos plaies, vous découvrez que leurs « amis » font tout autant surchauffer votre pacemaker.

Vous entrez alors dans une transe qui vous fait cliquer sur « Ajouter comme ami » sur chaque nouveau profil qui défile devant vous et qui met en vedette une génétique pour laquelle vous troqueriez bien la vôtre (ou avec laquelle vous mélangeriez bien la vôtre). Hélas, le sort de vos potentielles relations intimement virtuelles repose entre leurs mains d'étrangers à la poigne virile... Par conséquent, vous vous devez impérativement d’offrir des photos qui vous mettent en valeur. Et puisque vous êtes encore plus intelligent que votre téléphone intelligent, vous n'espérez pas l'impossible de la caméra de votre iPhone et vous faites plutôt affaire avec un photographe professionnel.

C'est après m'être « détaggé » de l'équivalent d'un 24 poses à la suite d'une soirée entre amis (brûlez en enfer, photos prises sur le vif!) que j'ai réalisé qu'il était plus que le temps que je sollicite le talent du photo-graphe Maxime Girard-Tremblay. Même s'il se spécialise dans les photos de castings d'acteurs (il a presque « passé » le bottin de l'Union des artistes dans son entier, car il a posé plus de 2000 comédiens jusqu'à présent), Maxime me suggère d'explorer une technique aux résultats éclatés, la peinture de lumière (aussi connu sous light painting). Mon style de vie très peu orthodoxe ne seyant pas nécessairement avec le style classique du fameux « gros plan d'un visage souriant en noir et blanc » (on pourrait y voir des traces de ma fin de semaine), je saute à pieds joints dans le projet et donne le feu vert à tout délire créatif.

En respectant les feux rouges (promis, je ne ferai pas d'allusion aux feux jaunes), je me rends chez le photographe, alors que le soleil entre dans son sommeil profond. Quelle chance! Je tenais justement à éviter d'être photographié avec mon haleine du matin! Maxime prend tout d'abord soin de couler dans un verre à martini le remède à toute timidité. Il m'explique que la peinture de lumière consiste à utiliser un long temps d’exposition de l’appareil photo dans la noirceur la plus totale tout en y déplaçant une source de lumière. Je fais l'inventaire du nécessaire qui repose sur le comptoir : lampes de poche, glow sticks, lumières en DEL, feux de Bengale, manche de Swiffer orné d'une multitude de petites lumières (ce Maxime, photographe et «patenteux»!). Si c'était décembre, j'aurais pensé qu'il m'a attiré chez lui juste pour que je décore son sapin de Noël.

J'entame un second et très thérapeutique martini au litchi (ma gêne est parfois maladive). Même si l'alcool m'aide souvent à penser, je me demande comment on pourra me voir convenablement sur la photo si elle est prise dans le noir. La solution se trouve dans le flash de son appareil, qui fournira une source de lumière suffisante à immortaliser mon corps sous-alimenté (on n'est jamais trop anorexique une semaine avant une séance photo). Je comprends donc que le procédé se fait en deux temps : on photographie d'abord le sujet à l'aide du flash et on « peinture » ensuite l'environnement avec les sources de lumière. C'est-y clair?

Je profite de quelques secondes d’inattention de Maxime pour faire quelques redressements assis, même si mon subconscient sait pertinemment que mon adiposité ne s'éventera pas avec ce moindre effort. Je sèche mes larmes avec une larme de vodka et spécifie à Maxime que mon capricieux visage nécessite un éclairage optimal pour rivaliser avec celui de mes amis, tous plus photogéniques les uns que les autres (pas moyen d'être sur une photo de vacances avec eux sans avoir l'air de « la p'tite laide » du groupe). Nous faisons quelques essais, certains plus concluants que d'autres. À la grande surprise de mon absence d'estime personnelle, mon sourcil gauche décalé et mon nez bosselé ne sont pas exclusivement les sources d'insatisfaction de mon photographe. La peinture de lumière est un art qui exige de la patience, même pour les plus aguerris.

En moins de deux heures, nous explorons différents concepts et retenons finalement plusieurs clichés, qui étonnent par leurs effets surréalistes. Devant le diaporama de notre brasillante collaboration, je perds vite le compte des « weeerkkk! », des « très en forme! » et des « jure-le! » qui sortent spontanément de ma bouche béate. Je n'attendais rien de moins du travail de celui qui a animé des chroniques photo à V et qui a organisé un très couru vernissage pour présenter ses œuvres de peinture de lumière en automne dernier. J’en connais plusieurs qui risquent de s’érafler les genoux en ouvrant ma page Facebook!

Pour prendre rendez-vous pour votre séance photo avec Maxime : www.maximetremblay.com