Par ici ma sortie _ questions de société

Fadi n’a pas tort

Denis-Daniel Boullé
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Photo prise par © Robert Laliberté

Peut-on critiquer nos communautés quand on est soi-même gai sans être voués aux anathèmes? Peut-on en gratter certains aspects moins glamour de la communauté LGBT sans voir se lever le bouclier des bien pensant roses qui (par insécurité identitaire?) ont tendance à s’exciter trop rapidement les poils de cul? Notre communauté est aujourd’hui, je crois, si bien intégrée quelle peut aussi se regarder dans le miroir, sans craindre son reflet.

Récemment, en février, on a pu lire par lettres interposées dans La Presse, deux étudiants partageant des points de vue différents. Le premier, Fadi Mohamedieh, se plaignait d’un style de vie gai qui excluait ceux qui n’y corres-pondaient pas et fondé sur une superficialité des relations axées sur le sexe. Le second, Alexandre Duval rappelait l’hétérogénéité de la communauté, et qu’il ne fallait pas noyer tous les gais dans le même bain-tourbillon d’un sauna.

Cependant, dans sa vision globalisante, Fadi soulevait un questionnement qui n’est pas souvent abordé dans notre communauté, chacun se réfugiant derrière un discours politiquement correct où l’on est tous contre le racisme, le sexisme et l’âgisme. La réalité est parfois bien différente. Il ne suffit pas de mettre en avant tous ceux qui sont créatifs, imaginatifs, ouverts, œuvrant remarquablement dans des organismes communautaires pour vider de sens les préoccupations de Fadi.

La réponse d’Alexandre aussi juste soit-elle dans ces nuances, donne raison à Fadi, qui ne parlait que de son expérience. Sans doute seraient-ils nombreux ceux qui joindraient leur voix à la sienne, désenchantés par certains comportements récurrents. Mais quand on est un immigrant définitif ou temporaire, on n’est pas toujours à l’aise pour décrier ce qui nous gêne. Et surtout quand ce qui nous gêne touche la communauté avec laquelle on se sent « naturellement » appartenir.

Notre communauté, engagée dans la lutte contre l’homophobie dans toutes les sphères de la société, oublie qu’elle génère, elle aussi, de l’exclusion. Et ce n’est parce que les hétérosexuel-le-s font de même, que l’on doit rester sur son cul et ne pas bouger. Notre expérience de minoritaires, au contraire, devrait nous rendre plus sensible à tout ce qui touche à l’exclusion, quelle qu’en soit l’origine. Qu’elle soit sexuelle,
religieuse ou sociale... Dans cette recherche d’intégration — on pourrait même parler d’hétérosexualisation des LGBT —, on reprend sans critique, les mêmes préjugés que ceux véhiculés dans la société en général.

Pour avoir circulé depuis une bonne quinzaine d’année dans les organismes communautaires LGBT, je peux témoigner que le travail effectué est remarquable. Mais force aussi est de cons-tater que les préjugés y sont présents, et qu’ils touchent aussi bien les lesbiennes, les vieux, les jeunes, les trans, les effémi-nés, les immigrants. Et que ces préjugés peuvent influer les décisions de ces organismes. Je ne citerai, comme exemple, que les groupes ethnoculturels LGBT perçus avec un regard paternaliste, voire néo-colonialiste par d’autres organismes bien établis. Ouvertement, tout le monde est beau et gentil et on nous badigeonne à grands renforts de discours consensuel. Bien sûr les discours sont passés au tamis du politiquement correct. Mai au delà des discours, la réalité peut être autre. Un peu comme Fadi dans les bars, on se sent marginalisé d’être simplement ce qu’on est.

Il faudra bien, un jour, que ces questions soient abordées, discutées et peut-être envisager des solutions. Alors, à ce moment-là, on aura répondu aux interrogations de Fadi.



 

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Récemment, en février, on a pu lire par lettres interposées dans La Presse, deux étudiants partagean (...)

Publié le 22 mars 2012

par Denis-Daniel Boullé

   
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  • Bravo excellent article et bravo aussi Fadi ! Publié le 31/03/2012