L’événement du printemps depuis 18 ans

Les dessous du Bal en Blanc...

Philippe Boivin
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Pendant que la foule en fête digère ses excès de chocolat de Pâques au son des succès des meilleurs D.J. de la planète, le directeur général de Productions Playground, Michael Armstrong, opte plutôt pour une course au pas nerveux afin de garder la ligne lors des quinze heures du Bal en Blanc.

Depuis 1999, c'est lui qui s'assure que l'événement de renommée internationale se déroule comme prévu. Mais avec 15 000 feux-follets accoutrés dans les mêmes teintes qui dansent leur rush de sucre, avec une dizaine de D.J. à l'égo parfois démesuré qui débarquent en compagnie de leur entourage et avec des journalistes qui n'attendent qu'une intervention des ambulanciers pour frapper à coups de ton moralisateur sur ce qu'ils appellent encore des « raves », Michael sait pertinemment qu'il devra affronter l'inattendu. Incursion dans les coulisses de la fête la plus courue de l'année.

Alors que les employés de l'entretien du Palais des Congrès s'affairent à ramasser, sur le plancher, les derniers vestiges du Bal en Blanc, le noyau central de Playground Production pense déjà à la prochaine édition. «Au bureau, nous sommes une fixe équipe de quatre personnes, à laquelle je dois ajouter la vingtaine de contractuels», chiffre Michael. Ce nombre grimpe toutefois aux alentours de 50 durant la semaine avant l'événement et à plus de 500 lors du grand soir. Si les églises sont de plus en plus désertes, il y a cependant bel et bien du monde à la messe du Bal en Blanc. Un beau troupeau de «brebis» parfois égarées que doit gérer l'«abbé» Armstrong en toute clémence! «Jusqu'à trois heures du matin, ma priorité est que les gens puissent rentrer dans un délai raisonnable. Je me charge également d'accueillir personnellement les invités spéciaux. Je fais régulièrement le tour des chefs des différents départements afin de vérifier si tout est normal», décrit-il.

Et lorsque la fumée titille le détecteur d'incendie, Michael empoigne l'extincteur et tente d’éteindre les feux. «Je me souviendrai toujours de cette édition où le responsable de l'éclai-rage a appuyé sur le stroboscope trop longtemps. En quelques secondes, plusieurs personnes se sont mises à entrer en convulsions. Rétablir la situation a été un vrai cauchemar!», raconte-t-il, visiblement encore désolé. Les plus que détestables annulations de dernière minute mettent, quant à elles, l'organisateur particulièrement dans l'embarras. «Les gens prévoient leur soirée des semaines auparavant. Ils retournent au gym pour raviver leurs abdominaux et remuent ciel et terre pour afficher un teint santé au hâle qui contraste avec leur t-shirt. Les touristes déboursent des sommes considérables en avion et en hôtel pour venir entendre leur D.J. préféré. Imaginez leur déception quand leur idole ne se présente pas!», illustre celui qui se doit d'avoir le dos aussi large qu'un magnum de Cristal.

Aujourd’hui, les D.J. de renom ne peuvent toutefois plus justifier leur retard en accusant les compa-gnies aériennes, car la majorité d'entre eux volent en jet privé. Michael dépêche donc une équipe responsable d'accueillir les vedettes et leur imposant entourage dès leur arrivée (la journée même de l'événement) en sols montréalais et de les escorter à leur hôtel. Les «agents du confort» veillent à ce que tous leurs besoins soient comblés. «Certains font cinq gigs par semaine à travers le globe. Malgré les voyages incessants, ils doivent garder leurs énergies pour leurs performances», sympathise Michael, qui assure que la plupart sont des êtres humains « normaux ». Au cours de sa carrière, il a toutefois su ramener sur terre quelques phénomènes qui ont osé exiger l'impossible. Des substances illicites, des femmes à la frigidité inexistante, des suites à 5000 $ la nuit, de l'alcool en quantité suffisante à la cirrhose du foie : Michael peut témoigner que certaines vedettes se comportent... en vedette. «Comme si j'allais vraiment fournir de la drogue à un D.J.!», s'exclame-t-il.

La majorité d'entre vous l'aura remarqué; aucun des D.J. chouchous de la communauté LGBT ne saisira les rênes du cheval immaculé du Bal en Blanc 2012. Michael a-t-il volontairement snobé David Morales, Peter Rauhofer, Offer Nissim et Ana Paula? «Pour presque toutes les éditions précédentes, j'ai engagé un D.J. gai pour plaire à cette clientèle. Mais avouons que, dernièrement, les D.J. qui ont produit de grands succès sont tous hétéros. La “carrure” du D.J. doit correspondre à la qualité de l'événement. Je ne voulais pas mettre un D.J. gai simplement pour mettre un D.J. gai», explique-t-il en toute franchise. Michael invite donc la communauté LGBT à s'ouvrir au talent incommensurable de nos amis hétéros et à prendre part à cette fête durant laquelle ils ne sont pas tous si hétéros.

 

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Publié le 22 mars 2012

par Philippe Boivin