rencontre avec David Leddick

Comment être gai au 21e siècle !

André-Constantin Passiour
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Photo prise par © David Vance

À 82 ans, l’auteur s’immisce dans ce siècle par l’humour, la dérision et sa vision de ce que cela représente que d’être gai dans les années 2000 avec son bouquin How to be Gay in the 21st Century…

Natif de Détroit (Michigan) en 1930, il a publié 21 ouvrages, dont plusieurs livres de photos de nus masculins, y compris le best-seller The Male Nude chez Taschen, et six romans. Il a composé six comédies musicales dans lesquelles il a lui-même joué. Comédien excentrique, Leddick se produit encore de temps à autre sur les scènes de la Floride où il réside maintenant. Il prépare cinq autres livres en 2012, dont sa biographie intitulée Is it Hot in Here or Is it just Me ? et aussi un beau livre de photos pour l’éditeur allemand Bruno Gmünder. Dans How to be Gay in the 21st Century, il veut surtout passer le message aux hommes gais : «trouvez qui vous êtes en réalité et ayez le courage de créer votre propre vie [ou personnalité]»…

Même s’il ne fait parfois pas dans la dentelle, David Leddick, avec son blogue davidsgaydish.blogspot.com s’attire une clientèle féminine et de couples hétéros par son audace, sa franchise, ses commentaires, ses expériences et connaissances de la vie. «Mon œuvre parle aux gens même s’ils ne sont pas gais parce que j’encourage mes lecteurs (internautes) à rejeter ce que les autres voudraient qu’ils soient. J’encourage vraiment les gens à être eux-mêmes, savoir ce qui les rend heureux et à poursuivre en cette direction-là», avoue philosophiquement David Leddick…



Vous qui êtes né dans les années 1930, comment voyez-vous ces changements qui ont changé la face de la communauté gaie qui, de «criminelle», a maintenant des droits égaux avec, dans certains pays comme le Canada, entre autres, avec le droit au mariage civil ?

Effectivement, en mes 82 ans d’existence, j’ai vu l’homosexualité évoluer, elle est partie de quelque chose que les gens ne pensaient pratiquement pas exister ou alors la vivaient totalement en secret sans jamais la révéler, elle est passée donc à quelque chose qui fait des gais qu’ils sont différents des autres, mais pas si important que ça non plus. C’est donc un changement majeur. Après la Seconde Guerre mondiale, il y a eu ce mouvement vers la reconnaissance, mais aussi la culpabilité alors que la droite religieuse montait. Vous savez, la droite religieuse est relativement nouvelle. Dans ma jeunesse, elle n’était présente que dans les poches les plus pauvres de la société. Mais, avec les femmes exigeant plus de droits, cela a fait de la place pour une meilleure compréhension de ce que nous sommes et le fait que nous ne naissons pas avec une sexualité structurée. Les gens comprennent donc que [l’homosexualité] n’est pas un péché. Cette reconnaissance est devenue plus étendue de nos jours.



Comment voyez-vous la communauté gaie dans ce 21e siècle et surtout aux États unis, un pays que l’on aurait cru dans le monde qu’il aurait été plus avancé en termes de droits LGBT qu’il ne l’est présentement ?

Aujourd’hui, je vois les jeunes très peu concernés par l’homosexualité, sauf dans leur adolescence. Les adolescents deviennent, pour quelque raison que ce soit, facilement discriminatoires alors qu’ils recherchent tous la popularité et l’acceptation de tous et ils deviennent ainsi des «bullies», un phénomène qui n’existait pas vraiment auparavant. Mais, en gros, les jeunes sont plus intéressés par l’état de l’environnement et empêcher la destruction de notre planète. Il ne me semble pas que les jeunes s’intéressent tellement à la vie privée des gens. Par contre, pour ce qui est des États-Unis, oui, nous sommes en retard par rapport à des pays comme le Canada, l’Espagne, l’Angleterre ou même des pays latino-américains. Je crois qu’il y a une polarisation des idées de la part de certains fanatiques religieux vivant encore au 20e siècle et les autres, plus passionnés par le modernisme et l’ouverture aux différences caractéristiques du 21e siècle. Mais je pense que les idées du 21e siècle finiront par devenir la norme..

Pensez-vous que la jeune génération reconnaît toutes les batailles livrées par la génération plus âgée pour l’obtention des droits et lutter contre la discrimination ?

Je ne crois pas que les jeunes saisissent vraiment ce que c’était de vivre avant tous ces changements et comprennent ce qu’ont vécu ceux qui ont lutté pour leur obtention. Mais même pour la plupart des gens de ma génération, nous avons glissé à travers tout cela et nous avons laissé une minorité se battre pour l’ensemble d’entre nous, alors il ne faut pas espérer des miracles des générations qui nous ont succédé…



Dans le communiqué annonçant la sortie de votre livre, vous avez dit «Je pense que les hommes gais interagissent avec le monde d’une façon démodée». Qu’avez-vous voulu dire ?

Je crois qu’il y a encore bien des hommes gais qui se sentent coupables et ne veulent pas s’afficher en public. Sur mon blogue, il y a l’épisode de chaque vendredi intitulé «Come on Out with David Leddick». J’y fais des entrevues avec des hommes, mais des gars tout ce qu’il y a de plus gais hésitent souvent à se présenter à la caméra. Je leur demande alors : «Vous croyez réellement que les gens ne savent pas que vous êtes gais ?» Malgré cela, ils ne se feront pas interviewer…

Étant octogénaire vous-même, selon vous, quel type de relations entretient la génération plus âgée de LGBT avec les plus jeunes ?

Je crois que l’on peut dire qu’il existe un sentiment qu’on «joue tous dans la même équipe», si je peux m’exprimer ainsi. Mais les gens plus vieux doivent, je pense, entrer dans la mentalité des plus jeunes, ce qui semble plus difficile à faire pour eux, cependant. C’est curieux, mais je crois que les hétéros ont évolué et leur pensée s’est rafraîchie envers les gais plus rapidement que les gais ne l’ont fait envers eux-mêmes

 



Vous avez publié plusieurs livres de nudité masculine. À l’heure où l’on retrouve beaucoup de pornographie, y a-t-il encore de la place pour l’art dans le nu masculin ?

Je suis convaincu que, dans l’édition, il y aura toujours une place pour l’art de la nudité masculine et de la sexualité. Oui, il y a énormément de porno en ligne, mais historiquement, l’art homoérotique a toujours existé. Ce sera d’ailleurs le sujet de mon plus récent ouvrage chez Bruno Gmünder, intitulé Gorgeous Gallery. Je n’ai pas besoin de vous dire qu’il est magnifique !

À part ce livre, quels sont vos prochains bouquins ?

Eh bien, il y aura How To Hit 70 Doing 100 qui sera suivi par Sexercices At Seventy. Je pense que les temps ont changé, il y a une certaine partie de la population qui est vieillissante — gaie et non gaie —, et ces gens ont maintenant l’opportunité plus que jamais – comme ils ne l’ont jamais eu en fait – de vivre des nouvelles expériences, je leur dis tombez en amour, ayez du sexe, créez quelque chose de nouveau et faites ce que vous n’avez jamais fait dans le passé...

 

 



 

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Publié le 20 mars 2012

par André-Constantin Passiour