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Urbania à la saveur lesbienne!

Julie Vaillancourt
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Dans l’espoir de sortir de l’ombre la réalité saphique montréalaise, le magazine Urbania présente son dernier numéro, un « spécial lesbiennes ». Dans cette édition de 88 pages, textes et photos se conjuguent afin de présenter les actrices de la communauté, les diverses réalités lesbiennes et la perception du lesbianisme. Facile de sortir les lesbiennes de l’ombre? de les faire témoigner à visage découvert dans un média? Certainement pas! L’équipe d’Urbania l’admet d’emblée : ce fut un des numéros les plus complexes et décourageants à réaliser. Discussion avec sa rédactrice en chef, Catherine Perrault-Lessard.

Ce qui devait être à la base un « spécial gai », voire une édition présentant l’ensemble des réalités
homosexuelles, a finalement changé de direction en cours de route. L’équipe d’Urbania a vite réalisé que les diverses réalités regroupées sous l’acronyme LGBT étaient beaucoup trop vastes pour faire l’objet d’un seul numéro, comme l’explique la rédactrice en chef : « Au début, on était naïfs! En faisant un numéro sur les gais, on s’est dit que ça allait tout englober. On a vite réalisé que c’était extrêmement large. Alors, on a décidé de se concentrer sur la communauté lesbienne, que l’on connaît peut-être un petit peu moins que la communauté gaie. Cela dit, ce fut toute une aventure! » D’ailleurs, cette aventure a été réalisée en février 2010 par la revue Châtelaine, pour un « dossier lesbiennes ». Urbania consacre cependant la totalité de son numéro aux lesbiennes, contrairement à Châtelaine. La couverture affiche d’emblée le sujet du numéro avec un couple de lesbiennes dont l'une est enceinte. « Au fil des discussions, nous avons réalisé que l’homoparentalité n’est pas tabou, mais que les gens y sont beaucoup moins ouverts qu’on veut le croire », remarque Catherine. Si l’homoparentalité souffre constamment de l’éternelle comparaison avec « l’hétéroparentalité », Urbania met de l’avant cette réalité visuellement, mais aussi avec l’excellent texte Deux, c’est mieux, écrit par Martine, élevée par deux mamans. Notons aussi la présence de figures connues de notre communauté qui ont, tour à tour, témoigné dans Fugues, comme Karol O’Brien, Diane Heffernan, Dina Habib, Val Desjardins, JJ Levine. Bravo à ces femmes qui n’hésitent pas à s’afficher, à témoigner de leur réalité et à faire part de leurs points de vue! « Je ne pensais pas que la communauté lesbienne était aussi forte avec ses réseaux, ses codes, ses lieux », confie Catherine. Si ces femmes impliquées dans la communauté ont pour la plupart toutes accepté d’emblée de témoigner et de s’identifier, plusieurs ont tenu à taire leur identité. « Le nombre de refus que nous avons essuyés pour ce numéro est énorme », précise Catherine. La rédactrice en chef confie qu’elle croyait, à priori, que toutes les lesbiennes allaient accepter : «J’ai vite compris pourquoi les lesbiennes étaient invisibles socialement. Il y a vraiment une réticence à l’idée d’apparaître dans les médias. Ce pas-là n’a pas été franchi encore...» Il n’y a d'ailleurs aucune «vedette» dans le numéro, malgré les nombreux appels que l’équipe de production a effectués.

Les vraies vedettes
Dans les 88 pages du numéro se trouvent quelques textes d’opinion à propos des réalités lesbiennes. Franchement, les textes des gars hétéros qui ventilent leur perception du lesbianisme m’ont peu intéressée, car le mâle blanc hétéro de classe moyenne a toujours eu la parole en premier dans les médias. Je n’en ai rien à cirer que le fantasme lesbien du gars hétéro soit réel ou chimérique! J'ai trouvé l'article d’Aleksi K. Lepage (j’adore lire ses critiques de cinéma dans La Presse) un peu trop en surface, quoique personnel. C’est son point de vue, sa vision de l’extérieur. La défense des droits LGBT, l’homophobie, le coming-out et la peur du rejet sont des réalités très différentes du point de vue de la lesbienne. Et pour cause, un texte comme Les vedettes doivent-elles sortir du placard? de la journaliste ouvertement lesbienne Judith Lussier, met le doigt sur le bobo. Elle écrit : « Dans un mon-de idéal, on n’aurait pas à dire qu’on est lesbienne; on le serait, c’est tout. […] Comme plusieurs, j’aimerais que l’homosexualité soit quelque chose de banal, et qu’on n’ait pas à en faire tout un plat. Malheureusement, ce n’est pas le cas. » Si tel avait été le cas, les « vedettes » auraient cogné aux portes du magazine pour témoigner de leur lesbianisme. Cela dit, si ce numéro d’Urbania ne présente pas le coming-out de personnalités publiques, il braque les projecteurs sur les actrices de notre communauté. À mon sens, ce sont elles, les vedettes. C’est grâce à celles qui s’affichent que nous acquerrons une reconnaissance et une visibilité sociales. Et si les « vedettes » veulent faire leur coming-out, tant mieux! Cela dit, toutes n’ont pas l’étoffe des grandes ambassadrices…

 

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Publié le 21 février 2012

par Julie Vaillancourt