Homoparentalité

Laurence et Marie DEUX mamans, UN nounou et UN couffin

Julie Vaillancourt
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Il y a plus de 8 ans, Laurence et Marie se rencontraient. Laurence, 28 ans, est docteure en réadaptation et Marie, 29 ans, est policière. Aujourd’hui mamans, les deux femmes ont donc «délaissé la vie à deux», pour donner naissance à une troisième vie. À l’aube du premier anniversaire de leur petite fille Emmanuelle, la petite routine de la vie à trois semble aussi agréable qu’un bon lait chaud. Discussion de « bébé », avec deux mamans.

Entre deux verres de vin et une séance d’allaitement, nous avons eu plusieurs discussions sur la perception de l’homoparentalité en société. Il va sans dire, nous sommes encore à l’heure de la démonstration sociale; deux mamans doivent encore « prouver » aux gens qu’elles sont capables d’élever un enfant. Il y aura toujours cette comparaison avec la «norme», «l’hétéronormativité». Idem pour les couples homosexuels; combien de lesbiennes en couple se sont déjà fait demander «qui fait l’homme et qui fait la femme dans le couple?»… pourquoi se cantonner dans ces rôles sociaux? Ce sont deux femmes, point.

Question de genre
D’entrée de jeu, Laurence explique le fond de sa pensée, quant à l’enfance et les préconceptions sociales : «Dans le regard des gens, ce n’est pas tant le fait que l’on soit deux mamans qui m’agace, mais la conception même du regard que nous avons socialement envers l’enfant ». Par exemple, Emmanuelle leur petite fille, s’habille en rose, en bleu, joue avec des poupées, des camions : «Arrivée à la garderie, puisque notre petite fille était habillée en bleu, on a tout de suite présupposé qu’elle était un garçon [puisque le prénom Emmanuelle à l’oral, peut s’appliquer aux deux sexes]». Tout cela à cause du chandail bleu. Le bleu étant, dans le langage de l’enfance et de nos sociétés, inextricablement lié au garçon, tandis que le rose à la fille… Idem lorsque vous vous promenez dans la rue, soutient Marie : «Lorsqu’on habille notre fille en bleu, tous les gens qui nous croisent disent que c’est un beau garçon. Si on leur dit que c’est une fille, on nous demande pourquoi l’avoir habillée en bleu». Et «c’est presque criminel de le faire, c’est fort!», précise Laurence, «lorsque vous entrez dans un magasin pour enfant, d’un côté c’est le rose, la poupée, les princesses pour les filles et de l’autre, le bleu, les camions, les soldats pour les garçons.» Et en ce sens, combien de fois avez-vous entendus «j’étais un garçon manqué, je jouais avec des camions»…qui a instauré, un jour, qu’une fille ne pouvait pas jouer aux camions sans nécessairement se faire traiter de garçon manqué ou «devenir» lesbienne… Il va sans dire, les codes sociaux sont ici dérangeants. Ces codes sociaux sont-ils à la base de la conception sociale de la famille? Il semblerait que oui… Cette question de genre pose les assises de notre discussion avec les deux mamans, afin de faire la genèse de l’aventure des «premières fois».

La première question
D’emblée, Marie précise «il n’y a pas mille façons de concevoir un enfant lorsque nous sommes deux femmes; donneur connu, incon-nu, adoption». Cela dit, c’est inévitablement la première question que posent les gens, et dans le cas de Laurence et Marie, elles ont fait appel à un donneur connu, un ami gai, en mettant les choses claires dès le début : «il n’est pas le père, il est le donneur. Nous étions tous d’accord sur ce point». Comme le résume Laurence, «la première question des gens liée à l’homoparentalité c’est souvent du point de vue technique…savoir comment on a conçu le bébé…» De plus, «je me suis fait demander ça par des gens que je ne connaissais pas vraiment», renchérit Marie, « ce qui est plutôt indiscret», appuie Laurence. Et Marie de préciser « le plus ridicule c’est lorsque certains gars nous disent "vous n’avez pas pensé à le faire «naturel?" ...ça n’intéresse pas ma blonde de coucher avec un gars!» D’ailleurs, Laurence n’hésite pas à souligner que cette question n’est en fait rien de plus que de la curiosité, ce qui est tout de même dommage, car «le fait d’être deux mamans pourrait être l’opportunité d’avoir une vraie réflexion sur ce qui est vraiment différent dans le fait d’élever un enfant lorsque nous sommes deux femmes.» Cela dit, les préjugés fondamentaux sont là, convient Laurence : «un gars s’habille en bleu, une fille en rose. Les préjugés sont spécifiques aux genres»… Et en ce sens, lesdits préjugés affectent parfois l’orientation sexuelle. Par exemple, combien de fois avez-vous entendu : «Il ne faudrait surtout pas que ton fils porte du rose, il va virer tapette!»

Le premier contact
Lors de l’accouchement, Laurence a dû être opérée en césarienne d’urgence afin qu’Emmanuelle voit le jour. C’est donc Marie qui a effectué le premier contact avec la petite : «J’ai fait le peau à peau [premier contact] en attendant que Laurence puisse la prendre à ses côtés. C’est tellement fort, je l’ai eu pendant deux heures sur moi, un moment que ne n’oublierai jamais», confie la jeune maman. Et si Marie porte le prochain enfant, elle jure que Laurence pourra faire le peau à peau à l’enfant!

La première journée à la garderie
« Pour ce qui est de sa première journée à la garderie, tout a bien été », précise Laurence, « mais c’est la deuxième journée qui est difficile, car elle comprend ce qui s’en vient, que ses mamans vont la laisser pour la journée… » Lorsqu’Emmanuelle n’est pas à la garderie, elle passe quelques journées avec sa nounou, qui est un nounou, soit un bon ami du couple… Bref, une présence masculine pour ceux qui s’inquiètent d’un manque « masculin » pour la petite fille… Cela dit, personne ne vit en vase clos! Des hommes, des femmes, on en croise, au travail, à l’école et dans notre vie de tous les jours.

Les premiers mots
Le premier mot, tant soit peu articulé et intentionnel d’Emmanuel fut «maman». Cela dit, «c’est toujours difficile à dire quel est le premier mot dit par l’enfant, car il jargonne», précisent les deux mamans : «en fait, à un moment elle disait pappap…mais il n’y a jamais eu de papa dans le décor alors elle ne le disait pas avec une intention…» Et Marie de poursuivre à la blague « elle disait gaga aussi! » D’ailleurs, si «papa» est souvent le premier mot des enfants, mentionnons qu’il est simplement plus facile à dire et à articuler… Si nous appelions nos «papas», par le vocable «zamboni», il serait certainement le dernier mot dit…

La première réponse à Emmanuelle à propos de papa
«Lorsqu’elle sera en âge de comprendre, nous lui expliquerons sans problème, en évitant les métaphores du chou et de la cigogne!» Aussi, puisque le donneur est connu, nous pourrons lui dévoiler son identité si elle le désire, explique Marie : «Nous nous sommes mises dans la peau de l’enfant, en nous demandant si l’éventualité de connaître son donneur, c'est-à-dire de savoir d’où elle vient biologiquement, pourrait l’intéresser… C’est pour cette raison que nous avons choisi un ami comme donneur. Si elle le désire, elle pourra connaître son donneur au lieu de ?l’idéaliser? et de se poser d’éternelles questions…»

 

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Publié le 21 février 2012

par Julie Vaillancourt