Hector Favio Duque Gomez

Parcours d’un homme remarquable

Michel Joanny-Furtin
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ADA, c'est-à-dire «Au-delà de l'arc-en-ciel», est une organisation à but non lucratif créee par Hector Favio Duque Gomez peu de temps après son arrivée à Montréal il y a cinq ans. Une cause qui s’est bâtie peu à peu selon le parcours d’un homme… remarquable ! Rencontre. « Je suis arrivé au Canada comme réfugié politique de Colombie en raison de mon orientation sexuelle » relate Hector Favio Duque Gomez que beaucoup appellent Hector Gomez ou simplement Hector, tant cet homme de 51 ans est chaleureux. Et courageux aussi au regard de son parcours personnel. « Je viens d'une région intérieure de la Colombie réputée pour sa grande production de café. Je suis le dernier de sept enfants nés dans une famille très conservatrice. Mon père m'a viré à 20 ans en apprenant mon orientation sexuelle. Il m'a dit un jour qu'il préférait mieux avoir un délinquant ou un alcoolique dans sa famille plutôt qu'un homosexuel ! »

« Heureusement, j'ai eu par contre une très belle relation avec ma mère. Entre 13 et 19 ans, je vivais une grande angoisse et je ne savais pas quoi faire de moi. Très compréhensive, elle m'a aidé et m'a soutenu psychologiquement. À 19 ans, j’hésitais entre le travail social, où je savais que l'on gagnait peu d'argent, et l'architecture. »

Enlevé par les FARC
« Je suis parti à Bogota pour étudier l'architecture et je devais travailler pour payer mes études. Heureusement, ma mère m'aidait beaucoup. J’y ai rencontré l'amour de ma vie que je connais depuis 29 ans maintenant. Nous avons vécu presque 15 ans ensemble. »

« Toutefois, je recevais régulièrement des me-naces de mort. Les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) m'ont kidnappé, mais j'ai réussi à leur échapper. C’est une énigme pour moi parce que je n'ai jamais su comment ils connaissaient mon orientation sexuelle. À l’époque, je n'étais pas vraiment sorti du pla-card, j'avais peur et j’avais des problèmes pour m’affirmer. Je suis allé à l'ambassade en apportant certaines preuves pour faire une demande de visa et j’ai pu immigrer au Canada, à Québec le 31 août 2000. »

« Avec le temps, nous avons réussi à faire la paix avec mon père, décédé en 2004. Une de mes sœurs, mon soutien, est morte trois mois après. Ma mère nous avait déjà quittés en 2002. Je n'ai pas pu aller à leurs funérailles. À l’époque, j’étais à Québec, vulnérable et solitaire. Depuis je retourne en Colombie au moins une fois par an. » Hector veut croire aux hommes de bonne volonté. « J’ai toujours eu un grand sens de l'altruisme. C’est une valeur innée chez moi. J’ai toujours été très sociable, très humaniste et positif. »

Ne pas vivre la même chose
« Depuis que je suis à Montréal, j’anime une émission de radio, El Armario abierto (l'armoire ouverte), sur CINQ FM 105,3. D’un naturel timide et discret, la radio m’a aidé à m’affirmer et gagner plus de confiance en moi, mais aussi de prendre conscience de la réalité des immigrants pour s’intégrer! »

« Comme je m’investissais beaucoup au GDM (Groupe de discussion au masculin), Guy Bertrand, un des membres du conseil d'administration, m'a poussé et encou-ragé à faire la même chose en espagnol. Je pense que c’est très important pour les arrivants hispanophones de participer à ces groupes pour développer un réseau d’entraide. En faisant de la radio et le GDM en espagnol, j'ai pris conscience que la libération était un soulagement, qu’elle donnait de l’apaisement et de la confiance en soi. J'ai quitté l'architecture pour poursuivre mon travail social, ma cause, et je prépare en même temps un baccalauréat de travailleur social à l'UQAM (2e année). Comme d’habitude, j’essaie d’être toujours en lien avec le terrain, et je souhaitais que les immigrants ne vivent pas la même chose que moi. »

Au-delà de l'arc-en-ciel n’est donc pas seulement un groupe gai de discussion : infos, écoute, jumelage, logements, immigration, documents, réseaux, accompagnement, etc., l’organisme recrute des bénévoles pour ses actions dans le métro, au-delà du Village », insiste Hector Gomez.

Expliquer l’homosexualité aux gens
« L’ADA organise des actions contre l’homophobie une fois par mois dans le métro avec le soutien de la STM. Nous nous plaçons à côté des tourniquets. Notre lutte et nos actions consistent à sensibiliser les gens contre tous les préjugés, expliquer les différences, etc. Nous changeons régulièrement de stations de métro en les choisissant dans des quartiers plus ethnoculturels comme le Centre-ville, Saint-Michel, Henri-Bourassa, Côte-Vertu, Honoré-Beaugrand, Jean-Talon, Montréal-Nord. Par exemple, il y a plus de 110 communautés représentées rien qu’à Côte-des-Neiges. »

« Nous n’avons jamais eu d'agression physique, mais plutôt verbale ou des regards méchants. Les réactions négatives viennent principalement de certains membres des communautés arabe et noire. C'est normal, on dit qu'il faut une génération pour changer un préjugé en faisant de la sensibilisation sur le terrain. »

« Je me rends compte que l’homophobie est plus une question de méconnaissance que de haine. Et nous devons surtout lutter contre l’homophobie intériorisée, nous affirmer plus. Chaque personne doit faire son cheminement, porter de bonnes valeurs, être solidaire pour une cause. J’ai pu ainsi développer une grande force en moi-même. Mon seul conseil : sortez-vous de vous-même, montrez-vous comme vous êtes, et plus loin, au-delà du Village… »

L’ADA se réunit chaque vendredi à l'UQAM (salon A-1865 / Pavillon Hubert-Aquin). Toutes les infos au 2215 Bordeaux, Montréal, 514 527-4417, via [email protected], ou www.lgbt-ada.org