JULIE-MAUDE BEAUCHESNE

La défense de nos libertés tous azimuts

Michel Joanny-Furtin
Commentaires
Minutieuse et précise, Julie-Maude Beauchesne s’empourpre parfois quand on parle en mal des communautés LGBTT. Militante de longue date (dans son cœur d’abord, dans son corps ensuite), elle sait agir tant pour les gais et les lesbiennes, que pour les bisexuels et les trans, sans esbroufe ni sparage inutiles, en restant présente, active et toujours souriante. «Ma cause, ce sont toutes les questions LGBTT et, quand je dis cela, je parle de chacune de ces lettres», affirme Julie-Maude Beauchesne d'entrée de jeu. «Pour moi, il s’agit de démystifier les différences et de défendre les droits de la personne et les droits sociaux des gens de nos communautés. Il m’a toujours paru important d’accorder une place égale à chacune et à chacun, et ce, bien avant de comprendre qui j'étais moi-même », poursuit-elle.

C'est en participant à des échanges interculturels qu'elle a d'abord été sensibilisée à la défense des droits.« À 18 ans, j’ai pris part à un échange avec Jeunesse Canada Monde qui m'a amené en Uruguay. J’ai pris goût au développement communautaire, et cette expérience m’a sensibilisée à l’aspect social de la démarche d’entraide », raconte celle qui a d'abord milité à Granby, alors qu'elle était journaliste pour La Voix de l'Est, avant de s'installer à Montréal. «J’ai fait ma ma transition à Granby. Dans l’ensemble, ça s'est bien passé, avoue-t-elle sans s’étendre. « J’ai participé ensuite à Jeunesse Lambda. Je m'y suis impliquée d'abord en tant que jeune lesbien-ne.»

Posée, presque discrète, Julie-Maude fréquente et anime à sa façon certaines actions de la communauté LGBTT. Ces deux T (pour «transsexuels» et «transgenres»), elle y tient. «Quand j'ai constaté tout le travail qu'il y avait encore à faire pour que les trans obtiennent l'égalité juridique et sociale, tant dans nos communautés que dans la société en général, je m'y suis investie à fond», explique celle qui a défendu la cause trans tout au long des travaux qui ont menés au premier plan d'action gouvernemental de lutte contre l'homophobie.

«J'ai toujours trouvé dommageables et insupportables les commentaires négatifs que les gens de nos diverses communautés font, envers les diverses réalités qui les composent, alors que l’on vit toutes et tous le même combat, qui devrait être solidaire! Il faudra bien sortir un jour de ce militantisme qui a tendance à se faire trop en silo et multiplier les actions plus globales de soutien pour faire évoluer notre société», recommande-t-elle. À ce sujet, La psychologue Françoise Susset lui a d’ailleurs confié un jour : «Je ne connais pas beaucoup de gens qui, comme toi, travaillent à créer des ponts solides entre toutes les lettres des communautés LGBTT.»

Beaucoup à faire… encore!
« Bien que nous ayons réussi à obtenir, ici au Canada, le mariage et l’égalité juridique, il y a encore beaucoup à faire pour l'égalité sociale. Il faut aussi travailler à l’international. C’est ce que nous faisons avec AlterHéros, via le Web en Europe et en Afrique, où certains droits, loin d’être acquis, sont encore à défendre, et où ce genre de services de soutien par les pairs semble manquer… », explique-t-elle.

En plus d'être présidente du site AlterHéros, Julie-Maude Beauchesne est également directrice des communications au Conseil québécois de gais et lesbiennes (CQGL) et entreprend des études supérieures en science politique à l'Université de Montréal. Elle est aussi régulièrement invitée dans les universités québécoises à titre de conférencière sur les mouvements sociaux LGBTT et donne des ateliers de formation sur les questions de transition au travail pour les personnes trans. « Je tiens à remercier Viviane Namaste qui m'a beaucoup aidée à mes débuts, lors de ma transition, pour ses bons conseils. Je veux remercier aussi Steve Foster, pour son soutien, sa générosité et pour sa compréhension des questions LGBTT, ainsi que ma conjointe Véronique pour son amour et sa très grande patience », insiste-t-elle.