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Albert Nobbs : le rêve de Glenn Close

Yves Lafontaine
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Elle aura mis 15 ans à faire produire sous forme de film, Albert Nobbs, pièce qu'elle avait joué en 1982 off-Broadway. Glenn Close s'est ainsi offert un rôle en or, qui pourrait lui valoir une nouvelle nomination à l'Oscar de la meilleure actrice, pour cette composition d'une femme se faisant passer pour un homme, dans le Dublin du XIXe siècle.

Une première adaptation cinématographique a failli voir le jour au début des années 2000, sous la direction d'Istvan Szabo, mais faute de financement, ce premier essai avait été abandonné devant la frilosité des producteurs. La comédienne a toujours gardé un attachement indéfectible pour ce majordome : «Il y a quelque chose de profondément émouvant dans la vie menée par Albert. Dès le départ, j’ai éprouvé un sentiment particulier pour ce personnage. J’ai été très occupée par la suite mais je n’ai jamais cessé de penser que cette histoire ferait un merveilleux film», confiait-elle récemment. C'est finalement Rodrigo Garcia, réalisateur de Les Passagers et Mother and child (avec Annette Bening) que l'on retrouve derrière la caméra, pour ce portrait de femme, volontairement ancrée dans une certaine clandestinité de manière assurer sa survie en des temps où misère et chômage étaient omniprésents.

Saisissant parfaitement le mépris de riches oisifs pour ceux qui les servent, il dissèque les relations internes à ce microcosme que constitue l'hôtel, sans pour autant approcher la maestria d'un Robert Altman avec Gosford Park. Mais son sujet n'est pas uniquement là, dans les relations entre servants, leurs jalousies et les secrets que livre la promiscuité. Albert, épris d'un rêve, illustré par des parenthèses colorées, accumule méticuleusement le moindre penny, qu'il cache sous une latte de son plancher. Il rêve d'un foyer au sens propre comme au figuré, d'une femme qui s’assiérait au coin d'un feu rassurant. Mais tout cela n'est pour lui qu'une image, car Albert n'a pas la moindre notion de ce que peut-être la sexualité, il cherche juste une solution pratique à son problème : trouver une employée pour sa future boutique de tabac, sans attirer l'attention et en gardant la respectabilité qu'attire le genre masculin.

Glenn Close délivre dans cet improbable rôle une prestation toute en retenue, emprunte d'une naïveté désarmante. Sa voix roque, son visage fermé, sa raideur amplifiée au contact des autres, l'homme porte un corset qui symboliserait presque sa situation de femme prise au piège de sa condition usurpée. Rigide, craintif, ce personnage n'est en apparence guidé que par la peur d'être découvert, mais il est surtout bloqué par les barrières qu'il a créées avec le monde qui l'entoure, un monde qu'il n'ose jamais, comme ses maîtres, regarder dans les yeux. C'est la découverte d'une autre personne, dans la même situation et des arrangements avec les conventions sociales qu'elle a osées, qui lui fera prendre tous les risques.

Albert Nobbs constitue un portrait dont les limites résident certainement dans un misérabilisme affiché et l'aspect monolithique d'un personnage dont le visage ne s'illumine que rarement, bloqué par les conventions d'une époque des plus austères.


ALBERT NOBBS
Un film de Rodrigo Garcia avec Glenn Close, Mia Wasikowska, Aaron Johnson et Janet McTeer.


 

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Publié le 24 janvier 2012

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