«Être soi-même»: rencontre avec Laurent Maurice Lafontant

Les réalités LGBT noires à l’écran

André-Constantin Passiour
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Du 6 au 12 février prochain, soit pendant le Mois de l’histoire des Noirs, on assistera à la 4e édition de Massimadi, soit le Festival des films LGBT afro-caribéens organisé par le groupe Arc-en-ciel d’Afrique qui rassemble des personnes LGBT d’origine africaine et caribéenne justement. En tout, on y présentera une dizaine de films en provenance du Canada, d’Afrique, d’Angleterre et des États-Unis. On ouvrira le bal avec le beau documentaire réalisé à Montréal par Laurent Maurice Lafontant et intitulé Être soi-même.

Laurent Maurice Lafontant fait partie d’Arc-en-ciel d’Afrique, il voulait tourner un film, finalement, son projet ne fonctionne finalement pas, et il se résout à filmer un documentaire avec de jeunes membres de l’association. Il obtient une subvention du Conseil canadien pour les réfugiés dans le cadre de son programme «Prendre la parole» qui s’adresse aux jeunes immigrants. «On n’entend pas parler des jeunes venant de communautés noires, qui sont LGBT, et qui vivent une vie normale. On voulait briser l’isolement des jeunes. Certains traversent des périodes difficiles, vivent les préjugés. On cherche à les encourager, à leur montrer qu’il y a des modèles, parce que la réalité gaie est très «blanche», elle montre rarement des jeunes LGBT de communautés ethniques qui vivent une réalité différente. C’est ce qu’on a voulu faire avec ce documentaire», explique le jeune Laurent Maurice Lafontant.

Filmé à l’été 2011, le court-métrage documentaire Être soi-même présente deux gais, l’un d’origine haïtienne et l’autre du Cameroun, et une jeune fille de la Guadeloupe. On les voit, entre autres, lors du défilé de la Fierté. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il a été aisé de trouver des participants au documentaire. «Ils sont tous membres du comité jeunesse d’Arc-en-ciel d’Afrique, donc ils ont accepté de parler de leur vécu. Mais cela aurait sûrement été plus difficile de trouver des jeunes qui ne seraient pas un peu militants de la cause parce qu’ils présentent leur vision de la sortie du placard. Ils voulaient faire connaître leur vie», souligne M. Lafontant qui a étudié en cinéma à Concordia.



Dans le documentaire, on aborde justement la question épineuse des préjugés et de la discrimination dans les communautés noires. «Il y a encore des préjugés dans les communautés noires C’était une des raisons pour laquelle on a fait ce documentaire, pour parler de comment ces communautés perçoivent les jeunes LGBT. […] Il est trop tôt pour dire si, en 2012, il y a une plus grande ouverture ou non envers les LGBT, il faudrait effectuer des études pour avoir une meilleure idée des choses», avoue le jeune réalisateur.

Pour Laurent Maurice Lafontant, ce documentaire est une première. Ce grand jeune homme au regard perçant a aimé cette expérience. «Cela m’a donné l’occasion de travailler dans le domaine dans lequel j’ai étudié et de mettre en pratique ce que j’ai appris en cinéma et en communication», dit-il.



«Massimadi»
Mais que signifie «Massimadi» ? Cela vient de la contraction des mots en créole «massissi», soit tapette, et «madivinèz», utilisé pour parler des femmes lesbiennes. «On s’est approprié ces termes péjoratifs du jargon créole haïtien pour montrer qu’il n’y a rien d’honteux à être homosexuel(le)», précise M. Lafontant.

Le programme de cette 4e édition du festival est assez varié et s’adresse à plusieurs publics autant aux adultes qu’aux jeunes et aux ados même. On y traite de sujets sérieux comme le VIH, par exemple, ou encore de musique et de concours populaires auprès des jeunes. «Les thématiques sont diversifiées et plairont à beaucoup de gens. C’est l’occasion pour les LGBT noirs de prendre leur place dans le Mois de l’histoire des Noirs et d’y être plus présents et visibles», de considérer Laurent Maurice Lafontant.



Être soi-même sera présenté en ouverture de l’événement, le 6 février dès 19h à la Cinémathè-que québécoise, en présence du réalisateur. Il y aura une période de discussion et d’échanges avec le public. Il sera précédé d’un autre documentaire, africain celui-là, Voice of Witness of Africa, portant sur les rapports qu’entretiennent les LGBT africains avec la religion. Les 7 et 8 février, le festival se poursuit à l’UQAM, tandis qu’il se déplace au Cinéma de l’ONF du 9 au 12 février.

www.massimadi.com

Le Mois de l'histoire des Noirs, du 1er au 28 février.
Programmation complète sur www.moishistoiredesnoirs.com

 

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Publié le 23 janvier 2012

par André-Constantin Passiour