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Immigration et questions LGBT

Denis-Daniel Boullé
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Photo prise par © Robert Laliberté

En novembre dernier, j’ai été invité par le Conseil canadien pour les réfugiés à participer à un panel sur les LGBT face à l’immigration. Il était question du parrainage d’un conjoint de même sexe et de la difficulté de prouver la bonne foi de la relation et parfois même de l’homosexualité du conjoint parrainé. Ce même doute d’ailleurs pour les demandeurs d’asile d’avoir à prouver leur homosexualité avant même d’entendre leur histoire de souffrance dans leur pays d’origine. La grande majorité des personnes dans la salle travaillaient avec une « clientèle » immigrante, dans des associations, comme avocats-conseils en immigration. Un auditoire, osons-le terme, sensible aux réalités humaines vécues ici comme ailleurs.

Pour mettre un peu plus d’ambiance dans ces rencontres trop souvent convenues où l’on parle d’un sujet comme extérieur à chacun des panellistes ou même du public, j’ai demandé avant d’avancer dans ma démonstration, combien de personnes dans la salle étaient hétérosexuelles. Après un très court instant d’hésitation, la majorité de l’auditoire a levé la main. Ma seconde question a été de leur demander de comment ils pourraient me prouver qu’ils étaient hétérosexuels. Leurs yeux étaient grands ouverts, incrédules devant ma question. Pour éviter d’installer un malaise, je leur ai dit qu’au cours de leur vie, elles n’avaient jamais eu à prouver leur orientation sexuelle. Que jamais elles ne s’étaient même posé la question d’avoir, à prouver, démontrer ou même documenter le fait qu’elles étaient hétérosexuelles.

Pour l’immigration, la preuve de l’homosexualité passe par des questions qui touchent à l’intimité et à la sexualité de la personne en entrevue. Sans tenir compte du contexte politique, social, religieux et surtout familial dans lesquels un gars ou une fille a découvert son attirance pour des partenaires de même sexe, avec la honte, la culpabilité, le silence, au point pour certains de ne pas mettre de mots sur ce qu’ils ou elles vivent, ce qu’ils ou elles ressentent. Et devant des personnes en situation d’autorité, agents d’immigration, commissaires de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié (CISR), la difficulté est redoublée et vécue souvent comme un viol de l’intégrité.

L’orientation hétérosexuelle n’est jamais soumise à la question de la part d’Immigration Canada. Tout le monde l’est. Sinon, prouvez-le !

Comme pendant de nombreuses années, j’ai accompagné des gais, des lesbiennes et des trans pour des entrevues avec des agents d’immigration, j’en étais arrivé à la conclusion que l’institution tout comme son personnel faisaient preuve d’homophobie, de sexisme et de racisme. J’illustrais mes propos d’exemples. Par exemple, cette fâcheuse habitude des agents de tutoyer tous les immigrants non blancs.

Lors de la période de questions, un représentant d’Immigration Canada m’a souligné que le personnel avait à peu près la même perception des personnes LGBT que la population en général. Ce qui m’a fait bondir. Comment des fonctionnaires responsables de prendre des décisions dont dépend l’avenir et parfois la vie d’une personne n’avait comme seule connaissance des réalités LGBT à travers le monde, que ce la moyenne de la population pensait. On s’attendrait, devant la difficulté de la tâche d’évaluer les risques qu’une personne pouvait encourir en retournant de son pays sans avoir une formation poussée.

Après le panel, un autre représentant d’Immigration Canada est venu me remercier et me féliciter sur ma présentation, mais avec les mots et le ton tellement conventionnels qu’ils en perdent toute sincérité. Puis il a conclu en disant que de traiter Immigration Canada de raciste était vraiment trop fort. Bien évidemment, plus personne n’aime se faire traiter de raciste. Mais j’aurais aimé qu’il soit aussi choqué pour avoir affirmé qu’Immigration Canada était homophobe et sexiste. Visiblement c’était moins grave. Mais cela en disait long sur le chemin qu’il reste à faire, aussi bien avec la population qu’avec les institutions censées nous représenter, voire nous protéger.



 

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Publié le 21 décembre 2011

par Denis-Daniel Boullé