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Le Village se prend en main concernant les agressions reliées à la toxicomanie dans Ville-Marie

André-Constantin Passiour
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Depuis plusieurs mois, les agressions et les problèmes d’itinérance et d’incivilités semblent se multiplier dans le Village. En fait, ces problématiques ne sont pas nouvelles et ne sont pas confinées qu’au Village gai de Montréal. Malheureusement, plusieurs secteurs de l’arrondissement Ville-Marie et de plus en plus le Plateau Mont-Royal vivent des situations similaires.

Un « cri du cœur » lancé par Ghislain Rousseau (co-propriétaire de la boutique Fétiche Armada) sur Facebook, demandant aux gens de rapporter les incidents dont ils ont été victimes ou témoins a permis de répertorier, selon M. Rousseau, pas moins d’une trentaine de cas qui ont été, par la suite, soumis au commandant Alain Gagnon du SPVM (poste de quartier 22), qui prend le tout très au sérieux.

D’ailleurs, une étude réalisée en 1998 par Convercité pour le compte de la Chambre de commerce gaie du Québec (CCGQ), indiquait déjà que, pour 57 % des gens interrogés, les problèmes sociaux (drogues, itinérance, prostitution) constituaient des menaces pour le quartier. Cinquante-huit pourcent d’entre eux estimaient que la criminalité n’était pas en baisse, tandis que 55 % pensaient que le Village n’était pas sécuritaire le soir. Comme on peut le constater, cela ne date pas d’hier, le véritable problème c’est qu’il y a eu depuis une «banalisation» de ce phénomène et qu’on a fini par considérer cette situation comme étant «normale» dans un centre-ville comme celui de Montréal.

Sans faire une énumération des problématiques vécues par la rue St-Denis et le boulevard St-Laurent, dans le seul territoire du Village, en moins de quatre mois, quatre commerçants se sont fait attaquer par des itinérants toxicomanes. En début de septembre, Ghislain Rousseau, lui-même victime d’une agression, avait lancé une pétition pour un accroissement de la présence policière, pétition qui a déjà recueilli plus de 2 600 signatures, signe que ces préoccupations sont à l’esprit de bien des citoyens. Début décembre, Bernard Plante, directeur général de la Société de développement commercial (SDC) du Village,organisait une rencontre entre Ghislain Rousseau, et le commandant Gagnon du PDQ22. «Ce type de réunion permet de mieux comprendre les enjeux de chacun », de dire M. Plante qui travaille sur ce dossier chaud, avec son collègue Claude Rainville de la SDC Quartier Latin, depuis les 5 dernières années..

Rallier les citoyens
«On a banalisé trop longtemps la vente de drogues dans les parcs et les rues de Montréal, l’itinérance, la mendicité, les incivilités, les agressions, la décrépitude des secteurs et même, récemment, des comportements homophobes. C’est ce que je n’accepte plus en tant que citoyen, en tant que commerçant, en tant qu’activiste communautaire. La communauté gaie a été précurseur à bien des niveaux, y compris la piétonisation estivale de la rue Sainte-Catherine qui est maintenant reprise dans plusieurs autres quartiers de Montréal et, encore une fois, la communauté gaie va monter au front pour dire que c’est assez, que c’est dorénavant : Tolérance zéro à Montréal. Oui ce sont des problèmes qui sévissent partout dans Ville-Marie, mais il faut que le mouvement commence quelque part et c’est dans le Village qu’il naît», affirme M. Rousseau.

Suite à la pétition et aux nombreuses interventions lors des quatre derniers conseils d’arrondissement de Ville-Marie, une coalition de citoyens de divers secteurs a vu le jour, formée principalement de l’Association des résidants des Faubourgs et de l’Association des résidants du quartier de la santé de Montréal (secteur du CHUM). «Il faut réfléchir aux solutions, partager des expériences et discuter de ce qu’on peut faire concrètement, continue Ghislain Rousseau. Il faut faire pression sur la Ville, sur les politiciens, sur les policiers parce que, trop souvent, on a oublié le résidant, le commerçant, le citoyen. Par contre, la Ville consulte beaucoup les nombreux organismes qui s’occupent de toxicomanie et d’itinérance, mais pas assez les citoyens sur la qualité de vie de leur propre quartier. On doit se prendre en main.»

Nouvelle campagne
Il y a bientôt un an, avec des sous-verres et des affiches, le PDQ 22, à l’initiative du Commandant Gagnon, lançait une campagne,en partenariat avec Gai Écoute, enjoignant les gens à dénoncer la violence et à rapporter des agressions de manière anonyme. Si on ne veut pas porter plainte officiellement, on peut tout de même rapporter un incident que l’on a vécu soi-même ou dont on a été témoin. Le visuel du matériel porte les couleurs du drapeau arc-en-ciel. «C’était un bon pas dans la bonne direction, un début, et cela visait également à rétablir le lien de confiance entre la police et la communauté LGBT», de dire Bernard Plante.

«Mais pour que le message passe, une campagne doit s’adresser dans notre langage, avec des références qui nous appartiennent, ajoute M. Rousseau. Et il faut que le message soit clair : « Dans Ville-Marie en 2012 c’est tolérance zéro concernant la violence ! Cette opération sera portée par des «champions» de la communauté pour encourager les gens à rapporter les agressions dont ils sont témoins ou qu’ils subissent.»

Les «champions» dont parle Ghislain Rousseau sont, en fait, des personnalités bien connues de différents milieux faisant partie ou non de la communauté LGBT. Il y aura donc des affiches, des cartes postales et d’autres éléments.

Débutant en février 2012, cette nouvelle campagne visant à mobiliser la communauté LGBT face aux incivilités et aux agressions reçoit l’appui de la SDC du Village qui voit là une continuation de ses actions entreprises dans les 5 dernières années, ainsi que de la nouvelle Coalition de citoyens.

D’ici là, si quelqu’un est victime ou témoin d’un incident ou d’une agression, il peut le signaler de manière anonyme et confidentielle à Info Crime 514-393-1133 ou au micro site web du PDQ 22 (voir le drapeau arc-en-ciel) : www.spvm.qc.ca/fr/pdq22.

«La police a besoin du support de tous pour lui permettre de mieux nous servir. Si les agressions ne sont pas rapportées, elles ne seront donc pas répertoriées, et le SPVM ne pourra pas justifier des effectifs et des budgets supplémentaires pour une action plus ciblée. Si on ne dénonce pas les agressions, la situation va perdurer et les agresseurs auront le beau jeu, autant dans le Village que dans les autres quartiers centraux de Montréal !» termine Bernard Plante, qui tient également à endosser les efforts louables du Maire Tremblay visant à obtenir des budgets supplémentaires du gouvernement du Québec, pour permettre à Montréal de venir à bout de cette problématique persistante.

 

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Le Village se prend en main concernant les agressions reliées à la toxicomanie dans Ville-Marie

Un « cri du cœur » lancé par Ghislain Rousseau (co-propriétaire de la boutique Fétiche Armada) sur F (...)

Publié le 20 décembre 2011

par André-Constantin Passiour

   
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  • connaisex ouv Publié le 20/01/2012