Par ici ma sortie _ questions de société

Beaucoup plus qu’une question d’ignorance

Denis-Daniel Boullé
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Photo prise par © Robert Laliberté

Lors de ma dernière chronique, j’avançais que la lutte contre l’homophobie ne pouvait se réduire à combattre l’ignorance de ceux qui la perpétuaient. Devant les discours haineux et discriminatoires de nombreux partis politiques ou groupes religieux, il est évident que l’homophobie joue un rôle beaucoup plus grand et plus fort pour maintenir une structure familiale patriarcale. En témoignent encore récemment de nombreuses déclarations de personnalités, et non des moindres.

Lors de sa visite en Allemagne, le pape, s’adressant aux députés, a prêché pour une écologie de l’homme. On remarquera comment l’écologie est mise à toutes les sauces et récupérée par les intégristes et par les conservateurs. Plutôt que de parler de condition humaine, on préfère parler d’écologie de l’homme, ce qui revient à privilégier une vision économiste de l’homme, au détriment d’une philosophie politique de l’humain. Le gai est un homopoliticus, merde! Et c'est Jean-Luc (Romero) qui l'a dit! Selon le «berger allemand», l'homosexua-lité n'a pas sa place dans la fameuse écologie de l’homme. Alors que le sida frappe encore des milliers de personnes, l’Église catholique ne reconnaît toujours pas l’utilisation du condom.

En France, la présidente du Parti chrétien-démocrate, Christine Boutin, candidate à la présidentielle de 2012 et véritable me-nace des droits des LGBT, se distingue encore cet automne avec une campagne publicitaire pour laquelle elle mériterait d’être traînée devant les tribunaux. La championne de l’ordre moral ridiculise la question du genre en montrant que l’on pourrait ainsi changer de sexe et de genre comme on change de paire de chaussures. Le ministère français de l’Éducation a introduit la théorie du genre dans ses programmes pour distinguer le sexe, le genre et l’orientation sexuelle. Une révolution pour les élus conservateurs qui y voient la promotion de l’homosexualité et de la transsexualité. Les mêmes poncifs reviennent en force : certains députés proches de « La Boutin » se demandent si demain on ne vantera pas dans les manuels scolaires la polygamie et la zoophilie. Un total de 80 députés appartenant à la majorité présidentielle et 113 sénateurs ont fait circuler une pétition demandant au ministre de l’Éducation le retrait de la théorie du genre des manuels scolaires.

Voilà deux exemples, le Vatican et la France, parmi des centaines d’autres à travers le monde qui ne sont pas le produit de la folie d’un dictateur africain ou de celle d’un fanatique musulman. Le pape, ces députés et ces sénateurs ne sont pas des ignorants ou n’ont pas une méconnaissance des réalités LGBT, bien au contraire. Leur discours est étayé, basé sur des textes fondamentaux, parfois même soutenu par des scientifiques qui tiennent à maintenir une conception et une vision des rapports hommes-femmes-enfants dans laquelle l’homosexualité n’a pas sa place. Et on comprend mieux alors leur acharnement à remettre à l’avant-scène leurs théories qui lient l’homosexualité et la transsexualité à la maladie mentale. Nous comprenons mieux pourquoi ils se sentent menacés par cette remise en question d’un ordre établi qu’ils contribuent à maintenir.

Dans notre petit confort occidental privilégié, nous pouvons nous fermer les yeux, nous boucher les oreilles et le cul en nous disant qu’il suffirait de petites explications gentillettes pour faire disparaître l’homophobie. Certes, c’est un début d’expliquer que nous (lesbiennes, trans, queers, bis et gais) sommes des humains comme les autres, que le même sang coule dans nos veines, que nous voulons vivre de la même façon comme tout le monde. Mais est-ce suffisant?

Il faudrait peut-être creuser un peu plus et comprendre que derrière l’homophobie, il y a une conception de l’homme et de la femme ainsi que de leurs rôles, recouverte des enjeux reliés au pouvoir. En fait, il faudrait déconstruire toute une vision dans laquelle l’homophobie prend naturellement sa place et joue son rôle dans la construction de la féminité et surtout de la masculinité. Mais sommes-nous prêts?

Je n’en suis pas sûr, car il faudrait, en tant que lesbiennes, trans, queers, bis et gais, que nous ayons fait le même exercice. Exercice auquel devraient aussi se livrer les hétérosexuels. Rien n’est plus dur que d’entendre, dans nos communautés, des propos sur l’orientation sexuelle ou sur le genre qui proviennent de ces discours religieux et conservateurs dans leur croisade anti-LGBT.

Comment lutter contre l’homophobie quand les premiers concernés – et parfois ceux qui sont responsables de programmes – n’ont pas fait cette réflexion? Mais peut-être cela demande d’avoir un regard politique et critique qui dépasse la bonne volonté de venir en aide aux soi-disant démunis de la connaissance. On ne guérit pas un cancer seulement avec des paroles rassurantes.



 

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Publié le 20 décembre 2011

par Denis-Daniel Boullé