Chaire de recherche sur l’homophobie

Un lancement en grande pompe !

André-Constantin Passiour
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C’est au très bel Écomusée du Fier monde que l’on a procédé, officiellement, à l’annonce de la création de la Chaire de recherche universitaire sur l’homophobie, le 21 novembre et ce, en présence ni plus ni moins que du premier ministre du Québec, Jean Charest. C’est devant un auditoire d’universitaires et de représentants des communautés LGBT, que des intervenants ont parlé de l’importance de cette «chaire», de son rôle à étudier les causes de l’homophobie et des préjugés et des solutions concrètes à y apporter le tout, en collaboration avec le milieu socio-communautaire.

C’est au printemps dernier que le ministre de la Justice, Procureur général du Québec et ministre responsable de la lutte contre l’homophobie, Jean-Marc Fournier, avait révélé le contenu du «Plan d’action gouvernemental de lutte contre l’homophobie» et la mise sur pied d’une chaire dirigée par Line Chamberland, Ph. D., professeure de sexologie à l’UQAM.



«[L’homophobie] moi, cela me préoccupe à la fois comme premier ministre et comme père de famille», a déclaré le premier ministre lors d’une allocution d’ouverture devant près de 90 personnes réunies pour l’occasion. «Au Québec, nous voulons vivre dans une société qui est ouverte […] et ce phénomène de l’homophobie est préoccupant», poursuivi M. Charest. Le premier ministre a parlé des adolescents aux prises avec l’intimidation dans les écoles qui les force à s’isoler, qui les décourage à poursuivre leurs études ou, tristement, qui les mène vers le suicide. L’homophobie est aussi présente dans les sports, dans les milieux de travail, entre autres, a indiqué M. Charest, c’est pourquoi une telle chaire sera utile afin de poursuivre les études sur ce phénomène. «Nous avons été les premiers à amender la Charte [en 1977] pour y inclure l’orientation sexuelle. Nous avons été des précurseurs et nous allons continuer à le faire […] C’est donc avec beaucoup de fierté que nous sommes ici réuni pour la création d’une chaire pour lutter contre l’homophobie […]», a déclaré le premier ministre.

Par la suite, brièvement, M. Fournier a à nouveau rappelé les grandes lignes du Plan gouvernemental qui comprend la naissance de cette chaire d’études. «Les recherches devraient mieux étudier les conséquences de l’exclusion et […] proposer des solutions», a souligné le ministre. «Je remercie le premier ministre pour son soutien à la cause», a ajouté M. Fournier.



Visiblement émue et heureuse de ses nouvelles responsabilités, Line Chamberland a dit vouloir que «la Chaire soit une plaque tournante» de la lutte contre l’homophobie. Elle a énuméré les trois axes principaux qui guideront les travaux de son équipe : d’abord connaître et comprendre les problématiques de l’homophobie, des préjugés, de l’intimidation et de l’exclusion à l’égard des personnes LGBT; trouver des solutions concrètes et développer des outils de prévention efficaces; et évaluer «les programmes mis en place et construire des ponts avec ceux qui luttent contre l’homophobie», a-t-elle noté.

Ainsi, en plus des professeurs, des chercheurs et des étudiants, cette chaire aura pour objectif de travailler avec le milieu associatif LGBT.

Pour cinq ans ou plus ?
Une somme de 475 000 $ sera allouée à ce projet sur une période de cinq ans. Cependant, on sollicitera des dons provenant de la communauté pour des bourses pour les étudiants. «Mais le soutien du gouvernement du Québec est aussi un bon incitatif auprès des entreprises privées pour financer un tel projet», a indiqué pour sa part le recteur de l’UQAM, Claude Corbo. Lors d’une question, la salle a semblé rire lorsque la journaliste a demandé à M. Corbo s’il croyait que le gouvernement fédéral conservateur de Stephen Harper mettrait des sous dans un tel projet. «Il y a bien des programmes canadiens de subventions scientifiques et ce projet est un projet scientifique», a rétorqué M. Corbo qui voudrait que cette Chaire poursuive ses travaux au-delà des cinq ans prescrits dans le «Plan».

La question du financement permanent est revenu sur le tapis. Cette fois-ci, c’est le ministre Fournier qui s’est jeté dans la mêlée : «On a fait un choix délibéré, dès le départ, pour que la Chaire soit lancée, nous n’allons pas faire l’économie de ce financement… Les plans sont de cinq ans, mais je ne crois pas que la lutte [contre l’homophobie] sera terminée en cinq ans», laissant sous-entendre que des subsides additionnels seront au rendez-vous.



Rappelant le long chemin des groupes communautaires en vue de la mise sur pied de cette Chaire, Steve Foster, président-directeur général du Conseil québécois des gais et lesbiennes (CQGL), a d’ailleurs salué le dévouement des intervenants, mais aussi la volonté du gouvernement actuel. «Je remercie le premier ministre Charest pour sa présence aujourd’hui», a dit M. Foster. S’adressant ensuite à Jean-Marc Fournier, le pdg du CQGL s’est dit touché par sa solidarité envers la cause, «votre humanité nous honore M. le ministre», a-t-il rajouté.

Il est à noter que cette «Chaire de recherche universitaire sur l’homophobie» est la première du genre au monde. Récemment, une chaire «itinérante» a été créée sous les auspices de l’Université Harvard, mais celle de l’UQAM diffère par ses champs de recherches et sa permanence semble-t-il.

Photos : Richard Traversy

 

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Publié le 22 novembre 2011

par André-Constantin Passiour