par ici ma sortie

En finira-t-on un jour avec la question du placard ?

Denis-Daniel Boullé
Commentaires
Photo prise par © Robert Laliberté

Un suicide d’un jeune de 15 ans, un animateur et humoriste ouvertement gai appelant les personnalités publiques à sortir du placard, et enfin la sortie d’un sportif professionnel, un cocktail explosif pour les médias. De nombreuses chroniques, des émissions de radio et de télé avec des invités gais pour des analyses qui ont leur pertinence, mais qui tournent un peu en rond. Entre respect de la vie privée, le droit de ne pas avoir à dévoiler son orientation sexuelle ou son identité de genre, la possibilité de devenir un modèle pour les jeunes des minorités sexuelles, chacun y est allé de sa théorie et de sa stratégie.


Pourtant, tant que la diversité des orientations sexuelles et des identités de genre ne sera pas banalisée dans nos sociétés, la question du dévoilement reviendra régulièrement dans les médias. En relisant toutes les chroniques et écoutant les témoignages, j’aurais envie de dire que tout le monde a raison. Pourquoi devrait-on avancer cette partie de nous-mêmes au risque de n’être réduit qu’à cette simple expression de nous-mêmes ? Et je comprends que c’est effectivement réducteur. Mais une fois la révélation faite à… (chacun peut compléter à sa guise), l’entourage ne se concentre plus sur ce détail.

Cependant, seules les personnes appartenant aux minorités sexuelles se posent cette question. Aucun hétérosexuel ne doit se positionner puisque l’expression de son hétérosexualité est tellement banalisée qu’elle passe comme dans du beurre dans des sociétés où c’est la norme. Pour les autres, qu’ils s’en désolent ou s’en félicitent, la question du dévoilement se posera toujours. Avec leur famille, leurs amis, leur milieu de travail, leur public ou leurs partisans. Et chacun fera avec. Certains choisiront de franchir le pas, d’autres non. Pour ces derniers, la question continuera à les hanter. Certains revendiqueront d’ailleurs le choix du placard au nom du respect de leur vie privée. Mais ils auront fait le choix du silence. Question, au risque de me répéter, qui ne vient jamais troubler la certitude sereine de son sexe ou de son orientation quant on appartient à la majorité.

Si l’on en croît les témoignages des vedettes qui sont sorties du placard, la plupart ressentent un énorme soulagement de ne plus avoir cette épée de Damoclès au-dessus de leur tête. D’autres affirment qu’ils regrettent de ne pas l’avoir fait plus tôt. Ce qui tendrait à confirmer que c’est toujours mieux au grand air. Le silence confine au mensonge, au secret, et à la peur que celui-ci soit un jour percé.

Quelles sont les raisons qui poussent alors à rester dans cette zone d’inconfort? Bien sûr, il y a l’homophobie ambiante qui règne encore. Elle peut coûter une promotion, une carrière, un public. Elle peut aussi conduire au suicide comme dans le cas de ce jeune de quinze ans, Jamie Hubley. Mais la conscience de l’homophobie ambiante peut être aussi évaluée autrement, et ne pas en être complice par le silence, au point d’en perdre son âme. Et c’est bien ce qui pousse des personnalités publiques à le dire, c’est quand ils atteignent ce point de non-retour. Surtout que pour elles, ce n’est pas une question de vie ou de mort. À la limite, elles perdront des contrats, une partie de leur public ou de leurs partisans, mais pas nécessairement. Et dans la balance de leur soulagement, cela ne pèsera pas si lourd que ça.

C’est bien encore l’homophobie supposée ou réelle qui rend le placard inconfortable, mais sécuritaire. Nous avons aujourd’hui une politique nationale de lutte contre l’homophobie et divers organismes concoctent depuis des années des programmes de sensibilisation et d’information et effectuent sur le terrain des avancées et des percées.

Je sais que changer les mentalités prend du temps, mais on peut aussi réfléchir à des programmes qui prendraient en compte les racines de l’homophobie : c’est-à-dire l’hétérosexisme qui fonde un ordre hiérarchique des sexes et des genres dont découlent l’homophobie. La peur, le malaise ou la haine, de ceux et celles qui ne correspondent pas à cet ordre établi, génère la discrimination. Il faut œuvrer en profondeur et, tout en s’adressant directement à l’homophobie, s’attaquer aussi aux questions de racisme, d'inégalité sociale entre les hommes et les femmes. Il faut les dénoncer avec vigueur et force et s’assurer d’une meilleure complémentarité des actions.

 

  Envoyer cet article

par ici ma sortie

En finira-t-on un jour avec la question du placard ?

Pourtant, tant que la diversité des orientations sexuelles et des identités de genre ne sera pas ba (...)

Publié le 21 novembre 2011

par Denis-Daniel Boullé