autrement dit

Questions de nuances

Yves Lafontaine
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Photo prise par © Robert Laliberté

Au Québec, plus de 18 000 personnes vivent avec le VIH-sida. Depuis les premiers cas signalés il y a 30 ans, les nouvelles options thérapeutiques permettent aujourd’hui d’espérer de vivre une vie normale avec le virus.

Comme le disait récemment le Dr Réjean Thomas, il est maintenant essentiel d’éliminer les tabous entourant les traitements du VIH-sida afin d’encourager les hommes qui ont les relations sexuelles avec d’autres hommes de passer un test de dépistage. Tout comme, il est essentiel pour ceux vivant avec l’infection, d’être plus proactifs dans leur recherche d’informations sur les nouvelles options de traitements disponibles qui causent moins d’effets secondaires. Cela dit, mieux vivre et beaucoup plus longtemps avec le VIH ne signifie pas vivre avec insouciance.

Le condom, toujours la meilleure forme de prévention
Avec tout ce qui est véhiculé sur la prévention et la réduction des risques, il peut être difficile de bien saisir les enjeux reliés à ses comportements sexuels, comme le rappelle la Direction de la santé publique dans un texte que nous publions dans nos pages ce mois-ci. S’il est vrai que le contrôle de la charge virale permet de réduire les risques de transmission, certaines nuances s’imposent. Pour que ce soit efficace, la charge virale doit rester stable et la science n’est pas encore claire sur son évolution. Le contrôle de la charge virale a été démontré efficace pour prévenir la transmission dans le contexte d’une relation stable, lorsque la personne infectée n’a pas d’autre infection transmise sexuellement ou par le sang (ITSS). Pour le moment, on ne peut pas affirmer avec certitude qu’elle est efficace si une personne a des relations sexuelles non protégées avec plusieurs partenaires, en particulier dans une communauté touchée par les ITSS.

Par ailleurs, le sérotriage (choisir ses partenaires sur la base de leur statut sérologique) a ses limites. Plusieurs hommes gais et bisexuels infectés par le VIH ne le savent pas. Soit parce qu’ils ne se font pas dépister ou encore ils se fient à leur dernier test de dépistage sans tenir compte des risques qu’ils ont pris ensuite. Ceux qui sont infectés par le VIH risquent de s’infecter d’une autre ITSS ce qui accroit les risques de transmission du VIH. C’est pourquoi, le condom demeure la meilleure protection contre le VIH et les autres ITSS. Évidemment, chacun est responsable de protéger sa santé et celle de l’autre. Ainsi, pour éviter de contracter ou de transmettre le VIH, le meilleur moyen demeure l’utilisation du condom.

Appel aux consciences et à la justice
Par ailleurs, la question de la criminalisation du VIH devient de plus en plus anachronique. S’il faut condamner la transmission volontaire ou par négligence du VIH, dans le contexte des traitements actuels qui abaissent la charge virage à des niveaux indétectable, il est urgent que les tribunaux tiennent compte du fait que les personnes séropositives ne souffrant d’aucune autre infection sexuellement transmissible ont peu de risque de transmettre le VIH par voie sexuelle lorsqu’ils évalueront le caractère répréhensible d’une contamination au VIH. Tout comme, on peut questionner la pertinence de condamner le non dévoilement du statut sérologique quand il n’y a pas de transmission du virus. Un changement de jurisprudence qu’il est urgent, d’intégrer au sein de la magistrature. La prévention et la protection sont l'affaire de tous pas seulement des séropositifs ou de ceux qui pourraient potentiellement l'être dans l'appel aux consciences et à la justice...