Prix Iris-Média 2011 — Gala arc-en-ciel

Et le gagnant est ? Denis Lévesque !

André-Constantin Passiour
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Lors du 8e Gala Arc-en-Ciel, du lundi 24 octobre, ce prix a été remis à une personnalité connue d’un grand nombre d’entre vous, l’animateur à LCN et TVA, Denis Lévesque. L’an dernier, le tout premier récipiendaire de ce prix avait été Denis-Martin Chabot, le reporter et auteur qui siège d’ailleurs sur le jury d’Iris-Média.

Cinq jours par semaine, Denis Lévesque est à la barre de cette émission pour informer les gens de différentes situations, divers événements, des controverses parfois et tant d’autres. Il défie ses invités sur le plateau tout en essayant de les «comprendre», d’aller plus profondément pour que le public, à son tour, en connaisse plus…

Au cours de ses bientôt six ans à LCN, il a rencontré beaucoup de gens venus parler de leur différence, de leur homosexualité, de leur vécu. Jasmin Roy, entre autres, y est allé accompagné de jeunes qui subissent une forme ou une autre d’intimidation (bullying) à l’école.

«La raison de notre choix repose sur le fait que parmi tous les candidat(e)s que nous avions, celui qui s’est le plus distingué est Denis Lévesque. Il reçoit régulièrement des personnes LGBT et il pose les questions que tout le monde se pose sans le demander. Il joue aussi souvent l’avocat du Diable en prenant la position de la personne qui a des préjugés et permet à l’invité de répondre et d’éclaircir les faits. Ainsi, il fait de l’éducation populaire. Il rejoint beaucoup de monde. Un exemple est celui du jeune David Fortin [qui, à 15 ans, a fugué depuis près de deux ans] au Saguenay. Il a reçu les parents et parlé de l’orientation sexuelle présumée de leur fils», d’expliquer Luc-Alexandre Perron, le président du jury du prix Iris-Média qui comprenait aussi Marie-Claude Savard, journaliste sportive à TVA.

«J’ai gagné deux trophées Artis, mais celui-ci est plus spécial parce que ce n’est pas une course, nous ne sommes pas en compétition. Ce prix me fait chaud au cœur, c’est une reconnaissance de mon travail. J’ai été agréablement surpris, surtout que le prix est assez récent. Pour moi, c’est une reconnaissance des risques que je prends à la télévision, parce que j’essaie d’élargir la vision des gens. J’ai reçu un jour un historien qui faisait son coming out en tant que trans, c’était un homme extrêmement intéressant, très au fait de l’histoire du Québec et de la politique, mais il s’habille en femme. J’ai une tribune où je peux inviter les gens pour en savoir plus, pour aller au-delà… Personnellement, ce prix est une tape dans le dos et m’encourage à poursuivre dans cette direction», de dire Denis Lévesque.

Repousser les limites de l’acceptable
À 53 ans, Denis Lévesque possède un parcours dans les médias qui l’a fait passer de la radio au Saguenay, où il est resté 15 ans, à TQS où il animait des débats, puis à LCN-TVA. Diplômé de science politique de l’Université de Montréal, Denis Lévesque attire des cotes d’écoute de 350 000 à 400 000 téléspectateurs chaque soir au total (trois diffusions). «Lorsque je suis arrivé à LCN, on m’a donné carte blanche, dit-il. Je voulais que l’émission soit «surprising», que je puisse me surprendre moi-même et les autres. C’est sûr qu’après un peu plus de cinq ans, il y a moins de surprises, mais certains sujets surprennent encore. Il y a quelques semaines, j’ai invité un psychologue pour venir parler du livre du Français Jacques Salomé qui a écrit Les femmes fontaines. Il s’agit de ces femmes qui éjaculent au lit et qui sont pétries de honte. J’ai fait un 12 min. là-dessus.» Alors, y a-t-il encore des tabous à la télévision ? «Ici [au Québec], il ne reste plus tellement de tabous. On repousse la limite à chaque fois un peu plus, les gens ne s’en rendent pas compte, mais c’est un risque pour l’animateur. Mais j’ai une marque de commerce quand même parce que j’ai appris très jeune, à la radio, qu’il fallait appeler un chat un chat.»

Mais quelle est sa compréhension de l’homosexualité et de la communauté gaie ? «Je connaissais déjà des gais par la famille, les amis, les connaissances, continue M. Lévesque. La communauté est aussi variée que la société en général. Il y a des gens qui sont dans le Village six soirs par semaine à rechercher du sexe et il y en a d’autres qui sont en couple depuis trente ans et qui adoptent des enfants. C’est un spectre très large, c’est ma compréhension de l’homosexualité. Il a encore des préjugés, on le sent. Moi aussi j’en ai, c’est pour cela que je fais des entrevues, pour chercher à comprendre, à les faire tomber, à sensibiliser [le public].»

Même s’il est calme, détendu, on sent chez lui la passion non seulement du métier, mais ce désir authentique de rencontrer des gens, de les questionner sur leur vécu, leurs sentiments. C’est qu’il y a quelque temps, Denis Lévesque subit un infarctus. Il se rapproche de ses propres émotions. «En vieillissant aussi je me rends compte que j’ai le goût encore plus de comprendre, je parle d’émotions, je dis à l’invité «explique-moi» ? Bien sûr, je les «challenge», mais tout en respectant le vécu des gens. Je me laisse aussi plus souvent aller à mes émotions et il y a, parfois, des situations très émouvantes qui me touchent. Je suis un peu la Oprah Winfrey de TVA», dit-il en rigolant…

Denis Lévesque, avec son émission, poursuit son chemin, sa quête d’émotions, de compréhension, d’admiration, d’émerveillement et de surprise. Il va rester à l’affût de l’actualité, des événements qui se déroulent, des problématiques qui méritent explications et débats. Dans le lot des sujets, il y aura bien sûr, encore, des personnes LGBT qui, selon les circonstances, prendront leur place sur le plateau. On risque d’ailleurs de revoir sous peu Jasmin Roy. «Il revient à la charge au sujet de l’intimidation, mais chez les jeunes filles, les lesbiennes cette fois-ci. Je vais probablement l’inviter à nouveau pour qu’on s’en reparle. Je suis très interpellé par tout ce problème de l’intimidation dans nos écoles parce que ce sont de grands débats de société et des individus qui mènent ces combats qui m’intéressent», souligne l’animateur.

«Le Conseil québécois des gais et des lesbiennes (CQGL) ne peut que saluer le choix du jury Iris-Média de cette année. Denis Lévesque fait partie de ces défricheurs qui ont su démystifier, de façon simple et directe, les réalités LGBT auprès de la population. Son apport a contribué à une meilleure compréhension et une meilleure acceptation des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transsexuelles au Québec», a commenté pour sa part Steve Foster, le président directeur-général du CQGL qui organise ce Gala.

 

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Publié le 24 octobre 2011

par André-Constantin Passiour