autrement dit

De tolérance, de haine et de solutions

Yves Lafontaine
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Photo prise par © Robert Laliberté

La Cour suprême du Canada entend, depuis le 12 octobre 2011, le litige qui oppose la Commission des droits de la personne de la Saskatche-wan et William Whatcott, qui a été reconnu coupable d'avoir enfreint le Code des droits de la personne de la Saskatchewan en distribuant des circulaires contenant des messages haineux contre les homosexuels. Cependant, la décision de la Commission a été infirmée en 2010 par la Cour d'appel de la Saskatchewan. 


L’argumentaire de la Commission des droits de la personne portera donc sur le pouvoir dévastateur des mots et sur la nécessité de protéger les gens contre les formes les plus excessives, haineuses et destructives du discours public. Il sera intéressant de voir comment la plus haute cour du pays se positionnera sur une question qui l’a auparavant divisée. Si nous acceptons que nos lois circonscrivent la liberté d’expression en interdisant la propagande haineuse, il est donc normal que cette législation soit applicable à tout le monde, y compris aux autorités religieuses, et à tous propos, y compris aux discours religieux, peu importe leurs auteurs, afin de prévenir tout glissement vers la haine explicite. Il est donc impératif que l’exception religieuse dans ces articles du Code criminel soit abrogée. Là n’est pas la question dans l’affaire mise en cause devant la Cour suprême, mais il faudra éventuellement en débattre...

Tolérants face à l'homosexualité, les Québécois? S’il faut en croire le sondage portant sur la tolérance réalisé pour le compte d'Hebdos Québec par Léger Marketing dans pas moins de 150 localités du Québec auprès de quelque 30 000 Québécois de 18 ans et plus, 83 % des répondants affirment que le fait d'apprendre qu'un ami du même sexe qu'eux est homosexuel ne changerait rien à leur lien d'amitié. Cela signifie donc qu’en moyenne 14 % des Québécois avouent qu'ils sentiraient un certain malaise. Le malaise serait le plus fort (autour de 25 %) à Gaspé, à Lac-Mégantic et dans l'arrondissement Saint-Laurent sur l’île de Montréal. Fait surprenant, ce sont les jeunes âgés de 18 à 29 ans qui ressentiraient le plus grand malaise sur cette question (17 %), le chiffre grimpant à 34 % dans la région de Gaspé. À lire les résultats de ce sondage, on peut se demander si les jeunes définissent le « malaise » différemment des générations plus âgées. Veut-on dire « gênant » ou carrément « j'ai un inconfort moral »? Il va falloir un autre sondage pour le savoir… D’ici là, il faudrait donner aux GRIS de Montréal et d’ailleurs en province les moyens de faire plus de sensibilisation et de démystification auprès des jeunes. Il s’agit d’un travail de terrain essentiel.

Parlant de moyens, le ministre de la Justice, procureur général et mi-nistre responsable de la lutte contre l'homophobie, M. Jean-Marc Fournier, vient d’annoncer la mise en place du programme Lutte contre l'homophobie. Il s'agit d'un programme d'aide financière accordé aux organismes qui réalisent des projets contribuant à prévenir et à combattre les attitudes et les comportements homophobes ainsi qu’à favoriser la pleine reconnaissance des personnes de minorités sexuelles. L’initiative est heureuse, et nous attendons avec impatience d’en voir les retombées. Pour les organismes souhaitant présenter une demande dans le cadre du programme Lutte contre l'homophobie, un guide d'information complet est accessible sur le site Internet du ministère de la Justice à l'adresse justice.gouv.qc.ca/homophobie.