par ici ma sortie

L’homophobie, à quoi ça sert ?

Denis-Daniel Boullé
Commentaires
Photo prise par © Robert Laliberté

Depuis une dizaine d’années, il est de bon ton de lutter contre l’homophobie. Campagnes d’affichage, interventions auprès d'élèves, d'étudiants et même d'employés au sein d'entreprises. Des interventions censées changer le regard des hétérosexuels sur les personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transsexuelles.


Toutefois, sous le même vocable (homophobie) sont réunis des types de discriminations et des types de manifestations différentes qui ne peuvent pas se superposer. De plus, les arguments avancés pour contrer l’homophobie se résument la plupart du temps à l'ignorance et à la méconnaissance des réalités LGBT. Il suffit d’informer, de sensibiliser les gens et, d’un coup de baguette magique rose, l’homophobie s’estompera. Quelques belles images à afficher dans les couloirs des ressources humaines, de jolies trousses à diffuser dans les écoles, des définitions, des mises en situation, des témoignages des premiers concernés, et nous rentrons le soir, ravis d’avoir contribué à diminuer les comportements homophobes. Mais est-ce suffisant? Et si nous nous attaquions seulement aux symptômes d’un mal et non à sa source? Un analgésique pour soigner une douleur à une dent en laissant la carie continuer à frayer son chemin.

S’il suffisait d’informer et de sensibiliser, il y a belle lurette (j’adore cette expression ringarde) que l’homophobie aurait disparu. Bien entendu, le politiquement correct jouant, plus personne ne se réclame de l’homophobie, comme du racisme ou du sexisme. D’autant plus qu’il y a des lois qui condamnent tout débordement qui aurait la couleur d’une stigmatisation d’une catégorie de la population.

Informer et sensibiliser sous-tendrait que les tenants de l’homophobie seraient seulement frappés d’ignorance. Un peu simpliste, somme toute. Car à y regarder de plus près, l’ignorance est de ne pas voir que l’homophobie a son utilité et qu’elle joue un rôle qui dépasse la simple injure ou encore le rejet des garçons efféminés.

L’homophobie structure la répartition entre les hommes et les femmes et solidifie la hiérarchie des sexes. Elle participe à fonder l’hétérosexisme. Difficile à comprendre? Pas tant que cela. Surtout si on prend l’exemple de l’homophobie à l’égard des hommes. Les injures renvoient toujours à un homme qui ne le serait pas vraiment, qui aurait des attitudes, des allures et des comportements de femmes. Et la construction de la masculinité ne s’évalue que par la distance qu’un homme prend avec tout ce qui pourrait renvoyer au féminin. C'est la raison pour laquelle certains chercheurs pensent que l’homophobie serait naturelle chez les garçons adolescents, pour la formation de leur identité de mâles. En tenant des propos contre l’homosexualité, l’adolescent montrerait son appartenance au groupe des futurs hommes en soulignant au marqueur fluo qu’il ne fait pas partie du sous-groupe de sous-hommes. Généralement, il multipliera les occasions de le prouver.

Cette peur pour un homme de ressembler un tant soit peu à une femme ne fait que souligner le sexisme régnant. Les femmes sont toujours considérées comme inférieures. Bien sûr, le discours a légèrement changé. On ne dit plus qu’elles sont inférieures, mais différentes, complémentaires au mâle. Cependant, un simple gratta-ge à la surface du discours renvoie toujours à une définition des rôles de chacun inscrit dans une hiérarchie.

Tous les conservateurs et les religieux qui s’opposent à la légalisation de l’homosexualité fondent leur idéologie sur cette dichotomie des genres, et cela ne peut se résumer qu’à une simple ignorance des réalités LGBT. Lutter contre l’homophobie, c’est avant tout comprendre son rôle comme acteur important dans la construction sociale de la féminité et de la masculinité et de comprendre l’inégalité des sexes ainsi que toutes les relations de pouvoir que cela implique. Et ce serait peut-être vraiment s’attaquer aux racines du mal.



 

  Envoyer cet article

par ici ma sortie

L’homophobie, à quoi ça sert ?

Toutefois, sous le même vocable (homophobie) sont réunis des types de discriminations et des types (...)

Publié le 27 septembre 2011

par Denis-Daniel Boullé

   
Voir les archives

Anciens commentaires

  • Félicitations pour cette reflexion que j'approuve à 100%... En effet, l'homophobie est d,après moi une peur de confronter sa propre identité et il est très intéressant de faire le parallèle avec la définition des rôles traditionel et par conséquent leur bouleversement qui dérange... Publié le 02/10/2011
  • euh... je suis un homme qui baise avec des hommes, je ne suis pas une femme. Depuis quand est-ce être gai est un genre sexuel? Même si je comprends le fond de l'article je comprends , en même temps, la réaction des gens quand je leur dit que je suis homosexuel "Hein? quoi? Ça paraît pas!". Votre texte renvois exactement au cliché de la "grande folle" et de la "butch"..... Publié le 02/10/2011
  • Au commentaire commençant avec "euh", l'article ne fais pas allusion à cela. Qu'on soit masculin ou féminin en étant gai, l'hétérosexuel homophobe considère l'homosexuel comme un sous-homme, comme il considère la femme d'un sexe faible. On va se dire les vraies affaires, l'hétéro moyen pense encore qu'il est supérieur à la femme et il y a un peu de cela dans le miroir de l'homophobie. Je tiens ce discours depuis plusieurs années et je suis content que M.Boullé ait si bien résumé le tout. Vous le savez, la majorité des gais et lesbiennes ont une sensibilité qui diffère des concepts "de base" qu'on se fait d'un homme ou d'une femme hétéro. Nous sommes dans une société hétérosexiste et ça restera comme ça! Publié le 07/10/2011