RENCONTRE AVEC EDWIN CAMERON — GRAND PRIX DU PROCHAIN Gala Arc-en-ciel

Avoir le courage de ses convictions

André-Constantin Passiour
Commentaires

Le Gala Arc-en-ciel aura lieu le 24 octobre prochain, au Lion d’Or (sur Ontario), et on vient d’annoncer que le Grand Prix du Conseil québécois des gais et des lesbiennes (CQGL), organisateur de l’événement, sera attribué cette année à une autre personnalité internationale, soit le juge Edwin Cameron d’Afrique du Sud. Ouvertement gai et séropositif, le juge Cameron est un ardent défenseur des droits et libertés de la personne et des droits des personnes séropositives dans son pays, mais aussi dans le monde. Lorsque ses fonctions lui permettent, M. Cameron agit souvent en tant que conférencier lors de congrès internationaux, comme ce fut le cas pour la conférence internationale qui a accompagné les premiers Outgames mondiaux de Montréal en 2006.

Ainsi, après l’ex-juge de la Cour suprême du Canada et haut-commissaire des droits de l’homme aux Nations unies, Louise Arbour, après l’ex-député néo-démocrate Svend Robinson (de Colombie-Britannique) et après la professeure Viviane Namaste de l’Université Concordia, reconnue mondialement pour ses travaux sur les transgenres, sur les transsexuels et sur les travailleurs du sexe, c’est au tour d’Edwin Cameron, juge à la Cour constitutionnelle d’Afrique du Sud (l’équivalent de la Cour suprême du Canada) de recevoir ce Grand Prix.

«Nous avons choisi Edwin Cameron pour son implication exceptionnelle à la défense des droits humains dans leur ensemble et, particulièrement, à l’égard des personnes séropositives », commente le président du CQGL, Steve Foster. « Le choix de M. Cameron est d’autant plus justifiable, alors que l'on parle de plus en plus de criminalisation du VIH. Les enjeux liés au VIH/sida et à la sérophobie se trouveront certainement au cœur des préoccupations des personnes homosexuelles et bisexuelles. Au cours des prochaines années, en termes de droits humains, cela risque d’être un dossier majeur», explique M. Foster.

Le juge Cameron s’est fait remarquer en 2005 par la sortie de son livre Witness to AIDS (Témoin du sida). En partie biographique, cet ouvrage révélait à la fois la séropositivité du juge Cameron et son combat contre la maladie. Witness to AIDS traite aussi des droits des séropositifs, qui sont plusieurs millions en Afrique du Sud, et de la stigmatisation dont ils souffrent. D’ailleurs, Nelson Mandela, ex-président du pays et grand homme d’État, en signe la préface. Edwin Cameron, après des études en droits et une carrière d’avocat, a été nommé d’abord par le président Mandela à la Cour supérieure (1995-1999) pour ensuite occuper le banc de plusieurs tribunaux, dont ceux de la Cour suprême des appels (de 2000 à 2008), jusqu’à sa nomination à la Cour constitutionnelle, en 2009. Celui qui détient plusieurs doctorats honorifiques est aussi le récipiendaire de prix décernés par diverses fondations ou organisations LGBT pour souligner son implication et son dévouement à la cause. Voici donc l’entrevue que Fugues a réalisée avec l’honorable juge Edwin Cameron.



Comment vous sentez-vous face à tous ces honneurs reconnaissant votre travail?

Ces prix me touchent profondément, et je les accepte avec beaucoup d’humilité. Toutefois, je crois qu’il ne me sont pas attribués à moi personnellement, mais plutôt à tout le travail que j’ai pu réaliser non pas seul, mais en collaboration avec des camarades, des amis et des collègues. Ces prix et cette reconnaissance rendent service à la cause et réaffirment l’importance du travail accompli. De manière spécifique, le Grand Prix du CQGL est une reconnaissance magnifique de tout le travail accompli pour l’égalité droits LGBT, et ce, à un moment où l’Afrique en a grandement besoin.


En ce moment, il y a une tendance, à tout le moins dans les nations occidentales, de vouloir criminaliser le VIH/sida. Au Canada, il y a eu, tout récemment, le cas d’un homme d’origine africaine qui a été reconnu coupable du meurtre de deux femmes décédées des suites du sida, puisqu'il ne les avait pas informées de son statut. Que pensez-vous de ce courant de criminalisation en ce qui concerne une transmission du virus de manière sexuelle?

En écrits et en paroles à ce sujet, je fais la distinction [nette] en ce qui concerne des cas où un partenaire sexuel a voulu, délibérément, faire du mal à l’autre en lui transmettant le VIH et que son partenaire en devient atteint. L’accusé doit ici faire face à un tribunal pour le crime qu’il a commis et en subir les consé-quences. Au-delà de cas comme ceux-ci, cibler le VIH et cibler les personnes séropositives par des poursuites criminelles, c’est quelque chose d’injuste, de dangereux et qui est très contre productif [pour la société]. Une loi touchant spécifiquement le VIH n’est jamais justifiable. Seul le processus judiciaire et criminel normal doit être utilisé. La criminalisation du VIH augmente considérablement la stigmatisation et n’encourage pas les gens à aller se faire dépister et ce, à un moment où le VIH est maintenant médicalement gérable ce qui devrait faire en sorte que les gens se sentent en sécurité et puissent établir leur statut sérologique.

En ce sens, la criminalisation augmente le taux de mortalité dû au VIH alors que l’on décourage les gens à se faire tester. Je crois que c’est exactement ce qui se produit en ce moment en Afrique alors que 15 pays possèdent des lois criminalisant spécifiquement le VIH. Les séropositifs doivent se responsabiliser quant à leur propre sécurité et celle de leurs partenaires sexuels, mais en même temps n’importe qui ayant des relations sexuelles de nos jours devrait se responsabiliser face à eux-mêmes et face aux autres. Viser les séropositifs ajoute un poids sur leurs épaules de façon injuste et les stigmatise encore plus. Ce courant à la criminalisation est véritablement contre productif pour la santé publique et dommageable pour les personnes vivant avec le VIH/sida.



Votre multithérapie ayant donné des résultats excellent au niveau de votre santé, est-ce que vous vous considérez comme en rémission, tel un survivant ou vous considérez plutôt comme en sursis face à la mort ?

Je ne vis pas avec le sens d’avoir une épée de Damoclès au-dessus de ma tête. Depuis presque 14 ans, je vis avec un traitement antirétroviral qui a réussi. Ma dernière charge virale détectable date d’il y a 11 ans environ. J’ai une vie active, pleine, joyeuse et vigoureuse. Mon grand bonheur est, entre autres, de participer à des marathons en vélo, dont la course annuelle autour de notre magnifique péninsule du Cap [de Bonne Espérance], qui représente 109 km. Cette année, j’ai réussi à battre mon record pour accomplir la course en un temps de 3h51 min. ce qui est remarquable pour une personne de presque 60 ans, séropositive ou non ! C’était extrêmement euphorisant !


Dans bien des pays en Afrique, l’homosexualité est encore considérée comme un acte criminel et les citoyens LGBT sont sans aucune protection. Cela survient au moment où des pays en Amérique latine s’ouvrent aux droits des gais et lesbiennes. Est-ce que vous voyez une tendance asimilaire au changement en Afrique?

Je suis optimiste car je crois, en effet, qu’il y a d’importantes victoires qui ont été réalisées en Afrique. Et je crois qu'elles sont irréversibles, même si la situation y est toujours très éprouvante : une dure victimisation, une législation sévère et un discours incroyablement haineux de la part des leaders politiques. Mais l'important est qu'il y a ces voix de personnes LGBT qui s’élèvent et qui se font entendre partout en Afrique. Elles ne seront plus tenues au silence. Il y a partout des groupes de gais et de lesbiennes qui se forment, qui deviennent actifs, visibles et qui se font entendre. Il s’agit d’un moment excitant pour la liberté et pour le bon sens en Afrique. Il y a tellement de choses à faire. Ce n’est que le début de la longue route, et il n’y aura pas de retour en arrière…


Bien que les gais et les lesbiennes soient protégés par la constitution sud-africaine, on a vu récemment des lesbiennes être attaquées et violées à répétition par des hommes. Comment expliquez-vous ce type de violence à l’égard des lesbiennes et comment pensez-vous que l’on puisse y mettre fin ?

Comme bien des droits constitutionnels tels que l’égalité raciale et la justice [pour tous], nous avons une belle constitution, mais la réalité, elle, est toute autre. Il en est de même pour les droits des gais, des lesbiennes et des transgenres. Les femmes lesbiennes souffrent particulièrement. Elles sont ouvertement lesbiennes et fières, mais beaucoup d’entre-elles payent un prix terrible. Le terme exacte pour ce que subissent ces femmes dans les townships d’Afrique du Sud est corrective rape (viol correctif). Des hommes violents leur disent : « Voilà! Nous allons vous montrer comment nous voulons que vous soyez [soit devenir hétérosexuelles] et nous allons le faire par la force, avec brutalité et horreur… »




24 octobre 2011

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Le gala des Prix Arc-en-ciel aura lieu, le 24 octobre prochain, au Lion d’Or dès 18h, pour ce qui est du Cocktail VIP, et dès 19h pour le gala et la remise des prix d’excellence.
Infos et réservations : www.cqgl.ca/gala ou 514-759-6844.

 

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Publié le 22 août 2011

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