par ici ma sortie

Alice, Jean-Luc, Edwin… et les autres

Denis-Daniel Boullé
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Photo prise par © Robert Laliberté

Les deux premiers étaient des invités internationaux des fêtes de la fierté. Tous trois, dans leur domaine, poursuivent les mêmes buts dans la défense des droits de la personne. Alice Nkom, avocate des gais persécutés au Cameroun, Jean-Luc Roméro, homme politique français engagé dans la lutte contre le sida, pour le droit de mourir dans la dignité et pour le mariage des personnes de même sexe en France et Edwin Cameron, juge à la Cour constitutionnelle d’Afrique du Sud, ouvertement gai et dont le combat est le sida.

J’ai eu la chance, et le plaisir, de rencontrer les deux premiers. Je me suis même retrouvé avec Jean-Luc Roméro dans l’église Saint-Pierre Apôtre photographiant l’unique chapelle au monde dédiée aux victimes du sida, Jean-Luc insistant pour que je lui confirme que nous étions bien dans une… église catholique. Il est bon d’entendre le point de vue de personnes qui, dans leur pays, œuvrent au mieux-être des personnes LGBT. Bien sûr, un événement comme celui de la fierté est impensable au Cameroun. Mais comme le soulignait Jean-Luc, une grande artère fermée pour une journée communautaire dans une grande ville de France où tout ce qui compte d’associatif se retrouverait est aussi impensable. Alice et Jean-Luc ont encore une fois été étonnés de la vitalité du communautaire et de l’ambiance festive et bon enfant.

Et les autres?

Les autres? Ils sont Québécois. Ce sont ceux qui ont mené à bien, pour la cinquième année, un événement remarquable tant sur le plan local qu’international. En tout premier lieu, les organisateurs et les bénévoles des Célébrations de la fierté Montréal. Compte tenu de toutes les contraintes auxquelles ils doivent faire face, et dont beaucoup ne se rendent pas compte du véritable casse-tête qu’un tel événement représente, on ne peut que leur tirer notre chapeau aussi bien pour le défilé, pour la journée communautaire et pour les différents spectacles au parc Émilie-Gamelin.

Les autres? Tous ceux et celles qui œuvrent dans les organismes communautaires sans forcément rechercher leur petite gloire personnelle devant les caméras. Ceux qui considèrent que leur travail est un moyen et non une finalité. Qui veulent que les choses bougent avec sérieux, mais aussi avec plaisir, beaucoup de plaisir. Le plaisir et le sérieux ne sont pas antinomiques. Les prénoms et les visages me viennent en tête, mais la liste serait trop longue.

Donner à Montréal un événement de cette envergure, c’est comme chercher la quadrature du cercle : il faut que ce soit une fête avec tout ce que cela implique. Mais aussi que cette fête ait un sens. Qu’elle soit aussi le lieu privilégié pour rappeler les enjeux du moment, qu’ils soient politiques ou sociaux. Que les plumes, les paillettes et les fesses à l’air soient aussi l’expression d’une recherche de liberté et d’affirmation de soi dans toutes ces facettes.
Bien sûr, on entend les pisse-vinaigres déplorer l’image carnavalesque du défilé. Mais peut-être un jour comprendront-ils que cette image «carnavalesque» a, depuis le début des Gay Pride, contribué à faire changer les mentalités autant qu’à exercer des pressions politiques sur les gouvernements.

Bien sûr, toujours les mêmes pisse-vinaigres déplorent les plumes, les paillettes et les fesses nues. Mais cela traduit encore les tabous sur la sexualité et la nudité. Ces mêmes tabous qui asservissent les femmes sous des burqas dans certaines sociétés. Ces mêmes qui se choquent de voir un sein siliconé apparaître sur René-Lévesque une fois par an, mais qui sont indifférents à la misère sociale, qui est aussi présente quotidiennement dans le Village.

Depuis les années soixante-dix, les mouvements gais à travers le monde ont privilégié dans leur affirmation l’aspect festif. Et je préfère comme arme les talons hauts, les perruques et parfois un cul à l’air, qu’une kalachnikov pour faire reconnaître mes droits et me faire accepter. C’est plus sympa et moins dangereux. Et quoi de plus inclusif que la fête! D’ailleurs, les hétéros ne s’y sont pas trompés. Ils ne viennent plus au défilé pour se moquer des gais, mais bien pour participer et pour se mêler à cet espace de liberté, de partage et aussi de plaisir que sont les fêtes de la fierté LGBT.

Alice Nkom demande que l’on fasse pression sur le gouvernement camerounais pour, d’une part, qu’il respecte ses engagements sur les droits de la personne et, d’autre part, pour ne pas qu’il dépose au Parlement le projet de refonte du Code pénal qui criminaliserait encore plus l’homosexualité. Avec internet, nous avons les moyens d’encombrer par des lettres le ministère camerounais de la justice.

 

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Publié le 19 août 2011

par Denis-Daniel Boullé