mado est au boutte

La mélodie du malheur

Mado Lamotte
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Photo prise par © Robert Laliberté

Connaissez-vous l’expression : Un malheur n’arrive jamais seul ? Dans mon cas, le malheur arrive généralement accompagné d’une famille de douze enfants. Certains jours, je me demande même pourquoi chu pas restée couchée plutôt que d’accumuler les malheurs en format jumbo.

Imaginez la scène. Par un beau dimanche matin de juillet, une belle jeune femme de 29 ans (pas de commentaires!) se réveille en sueur d’un sommeil perturbé par une nuit de canicule. Je n’ai pas encore les yeux décollés et me voilà déjà les deux pieds dans le malheur! Au moment même où je pose la grosse orteil dans la petite flaque de vomi que ma chatte a régurgité sur mon beau tapis persan que j’ai ramené de Turquie, l’infortune deviendra ma demoiselle de compagnie tout au long de cette journée qui me semblera longue, très longue, aussi longue que la descente de slalom que j’ai effectuée sur mon beau p’tit cul ferme (les talons hauts, ça a parfois ses avantages) quelques secondes plus tard alors que je trébuche sur une gougoune abandonnée la veille au pied du lit. Malchanceuse, vous dites? Attendez, ça fait juste commencer. Comme il fait une chaleur à décoller la peinture, je décide d’aller me rafraîchir à la plage Doré où, pensais-je, il ne pourrait rien m’arriver de bien dramatique. C’était sous-estimer le pouvoir de la malchance, qui était déterminée à me coller à la peau comme une vieille gomme balloune qui s’agglutine en d’ssous d’un soulier. Après m’être fait refuser l’entrée à l’Île Notre-Dame en Vespa (plus niaiseux, on accepte les 4 X 4, mais pas les scooters, qui sont beaucoup moins nuisibles à l’environnement), je me dirige vers le Casino où je peux garer ma Vespa dans le stationnement intérieur en leur promettant de jouer dans leurs grosses machines avaleuses de chèques de BS et je me sauve en catimini vers l’entrée de la plage située juste à côté du Casino. Comment ça, l’entrée est fermée? Depuis plusieurs années en plus? J’étais où tout ce temps-là? Hey! le jeune, on t’a jamais appris à respecter tes aînés? Pis faut que je fasse le tour en plus? Niaise-moé pas bâtard, la plage est à trente secondes à pied. Tu peux ben faire une exception pour une vieille femme faible toute courbaturée les pieds plein d’oignons? (avez-vous remarqué que je n’ai pas peur de jouer la vieille rabougrie quand il s’agit d’obtenir des faveurs ou d’attirer la pitié sur moi. Mais dans ce cas-ci, rien à faire: le jeune a coulé son cours de compassion 101 et la logique, ça fait pas partie de sa convention collective). Excuse-moi, ti-gars, mais c’est pas une réponse, ça : «C’est la même loi pour tout l’monde». D’abord, chu pas tout l’monde pis les lois, c’est fait pour être transgressées. Coudonc, t’es payé combien pour faire chier le monde, toé, tabaslak? Fuck you la vieille? Pardon, on dit Madame la vieille! Pis fuck you? N’importe quand mon chéri. Au point où j’en suis, j’me ferais même mettre par une branche de sapin! C’est avec le doigt d’honneur bien haut que je quitte ce jeune insignifiant couvert d’acné juvénile et, une demi-heure plus tard (viarge, c’est ben grand, le circuit Gilles Villeneuve), je suis devant l’entrée principale à essayer de dealer un rabais de 2$ avec ma carte Accès-Montréal expirée, parce que je n’ai pas ma nouvelle carte qu’on aurait dû m’envoyer par le courrier mais que j’ai jamais reçue à cause de la grève de la poste, qui n’est pas foutue de m’envoyer le courrier urgent au lieu des publicités passées date. Ben oui, je veux ben profiter du 50% de la Fête des Pères, mais on est rendu aux vacances de la construction, cibole! Comme c’est parti là, j’vas recevoir ma nouvelle carte Accès-Montréal juste à temps pour l’exposition de citrouilles au jardin botanique! La journée est à peine commencée, et me semble que j’ai déjà assez de matériel pour passer en entrevue à Denis Lévesque. Au moment même où je mets la main sur le tourniquet, y’a un sauvage pressé d’aller se baigner qui se met à pousser dans le line-up et, en moins de temps que ça prend pour crier un homme à la mer, je me retrouve le dos couvert de la slush aux raisins que sirotait à grands coups de «slurps» bruyants la grosse jument de 6 pieds 2 en arrière de moi (ça se peut-tu être grande de même à cet âge-là? Elle doit même pas avoir 12 ans. Elle est pas nourrie au grain, c’est certain. Ma pauvre fille, tu vas finir dans une équipe de basketball ou doublure de lampadaire au cinéma!).

Non mais, veux-tu ben me dire pourquoi j’ai décidé précisément ce jour-là de porter ma belle blouse en soie blanche que j’ai ramenée d’Italie? Demandez-moi le pas, ça devait être écrit dans mon horoscope. Aujourd’hui, portez de la soie blanche d’Italie, ça s’agence très bien avec la slush aux raisins!» Un frisbee, un moineau de badminton et un ballon de volleyball reçus par la tête plus tard, j’étais enfin arrivée à mon coin habituel, à l’extrémité de la plage, loin des familles qui déjeunent, dînent et soupent aux sandwichs au baloney, céleris au Velveeta et aux chips au ketchup et le plus loin possible des vieux pervers qui enfilent cigarette sur cigarette en observant le cul des femmes qui n’ont aucune espèce d’estime de soi à exposer ainsi leur cellulite aux quatre vents. C’est pas de mes affaires, mesdames, mais quand on fait pu la différence entre une corde de g-string et une corde de tampon, c’est peut-être le temps de porter un one piece!

Tacatacatacataca! Cossé ça, c’te bruit là? Ah ben ciboire! Ils sont en train de faire de la construction icitte aussi. Y’ont pas assez de r’virer les rues et les ponts à l’envers, il faut qu’ils viennent nous écoeurer jusque sur la plage! So what, j’reste icitte, je sors mon Ipod pis j’me mets le dernier CD de Adèle au boutte dans les oreilles. Ben oui, ça m’arrive des fois d’aimer la même affaire que tout l’monde. Mais parlez-moi pas du dernier Lady Caca que je trouve d’un manque d’originalité désolant si vous voulez pas me souhaiter une mort lente, clouée à l’envers à une croix enduite de sirop d’érable, plantée au pied d’un nid de termites. Côlasse, ma batterie de Ipod est à terre. Bout d’viarge de bout d’viarge! C’est pas supposé durer 12 heures ces affaires-là?

Prends une bonne gorgée d’eau, Madeleine, ça va te calmer les esprits. Fuck. J’ai oublié ma bouteille d’eau sur le comptoir de la cuisine. Bon, j’vas être obligée de boire l’eau du peuple, pleine de chlore, à la fontaine. Ah ouach, c’est ben dégueulasse! C’est qui le cochon qui est venu morver son rhume de cerveau dans la fontaine. Bon ben j’vais me crémer avant de pogner une insolation sur mon exaspération. Non, c’est pas vrai! Tu me niai-ses? Mon huile à bronzer s’est ouverte dans mon sac et a coulé partout: sur ma serviette Hello Kitty, sur mes mots croisés et sur mon sandwich à l’humus biologique. Bon ben, il me reste pus juste à me jeter à l’eau avant que le ciel me tombe sur la tête. Ouach, c’est quoi la bouette dans le fond du lac? J’espère que c’est pas ici que se déversent les égouts de Verdun. Ayoye, cossé ça? J’viens de marcher sur un oursin c’est certain! Non, c’est une ciboire de tabar… de cri… de côli… de sacra… d’épingle à couche. Non mais c’est qui la grosse conasse qui est venue laver le cul de son bébé dans le lac? Là, je comprends c’est quoi le fond vaseux! Aaargh, au se-cours, j’me fais attaquer par des corbeaux enragés. Bon, est-ce que je pars à brailler tout de suite ou je gâroche une poignée de sable dans la face du premier enfant que je croise. Ah! pis d’la marde, j’paque mes p’tits pis j’m’en vais me baigner où je sais qu’y’aura pas de bébés qui chient dans l’eau, de colons qui gueulent à tue-tête, de p’tits morveux qui crachent dans les abreuvoirs, d’oiseaux de malheur qui en veulent à ma chevelure rose barbe à papa, de ballons de volleyball qui viennent m’assommer pendant que j’essaie de relaxer à l’ombre d’un arbre sous un nuage de bibittes et où y’aura pas de life guard qui va me dire que je dois me baigner de l’autre bord de la corde après 17 h. Ciao les prolétaires, Sauna 456, here I come!

Les must de l’été : Cette année, que j’en entende pas un se plaindre. L’été est bel et bien installé, le Village déborde de beaux jeunes hommes, le poil est redevenu à la mode, mon cabaret est plein de 450 su’l party et on nage en plein Divers/Cité en attendant les festivités de la fierté sous le chaud soleil du mois d’août. Si vous n’avez qu’un jour à marquer d’un X à votre agenda, c’est évidemment le samedi 30 juillet pour la quatorzième édition de Mascara, la nuit des drags, que j’organise, anime et mets en scène avec une vingtaine de drags queens fabuleuses et des dizaines de belles danseuses et de sexys danseurs à moitié tout nu. Yeah baby! It’s so cool to be gay! À Go, on frenche la vie!

 

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Publié le 26 juillet 2011

par Mado Lamotte