Beginners, à l’affiche à Montréal à partir du 24 juin

La seconde vie d’un père…

Étienne Dutil
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Avec «Beginners», le réalisateur Mike Mills signe une comédie sentimentale autobiographique. En effet, Mike Mills a fait Beginners en puisant dans l'héritage d'émotions contradictoires que lui a laissé son père en mourant : une douleur pleine de couleurs, une nostalgie débordante d'énergie, un chagrin qui incite à vivre.

Graphiste à Los Angeles (comme l'est aussi Mike Mills), Oliver va émerger d'une solitude dépressive grâce à deux rencontres. D'abord celle de son père, Hal, qu'il découvre sous un jour nouveau: devenu veuf à 75 ans, Hal a décidé de vivre ouvertement son homosexualité longtemps refoulée. Et cette franchise libératrice lui a permis d'affronter avec courage et humour le cancer qui l'a emporté. L'autre rencontre est celle d'Anna. Jusqu'alors, Oliver collectionnait les échecs sentimentaux. Maintenant, il sait qu'on peut changer, qu'il est urgent de vivre tel qu'on est, et de faire de la place aux autres. De quoi réviser sa manière d'aborder l'amour…



Mike Mills a jeté cette histoire sur le papier cinq mois après la mort de son père, dans un élan de deuil étrangement euphorique. «Je savais que je ne pourrais raconter cette histoire qu'une seule fois», dit-il. Et il a cette image: «Pour moi, le chagrin, c'est courir dans une forêt obscure, courir à toute allure pour tenter de rattraper quelque chose.» Plus que la tristesse, c'est une forme de curiosité humaine profonde qui l'a poussé à écrire «Beginners».

«Les personnes dont nous sommes les plus proches sont des inconnus mystérieux. Spécialement nos parents. Je n'ai jamais parlé avec mes parents. Je savais par ma sœur que notre père avait eu des aventures homosexuelles avant de se marier. Un mariage, c'est très compliqué. Quelque chose manquait sans doute dans leur relation, mais elle avait sa richesse, ce n'était pas quelque chose de faux ou de mensonger.»

«Après la mort de ma mère, mon père a retrouvé cette part secrète de lui-même comme un surcroît de vie. Il disait: ‘’Je suis vivant, et je veux être encore plus vivant.’’ Et il l'était terriblement. Moi, je n'ai pas eu de difficulté à admettre son homosexualité. Simplement, cela me faisait sortir de la vision subjective que j'avais de mon père. Je découvrais une autre version de lui.»

Aller vers cet étranger si intime, c'est la raison même de «Beginners»: «Pour faire un film, il faut être poussé par, et vers, quelque chose de neuf et d'inconnu, dit Mike Mills. Alors je ne tourne pas souvent (c'est son deuxième long-métrage). Heureusement qu'il y a d'autres formes de création !»



Il en pratique pas mal, graphisme, clips musicaux, films de pub, avec un goût particulier pour le documentaire: «J'aime les gens, j'aime faire des portraits qui contiennent leur histoire, leur psychologie, leur vie émotionnelle.» On peut très bien voir «Beginners» de cette façon.

Beginners, à l’affiche à Montréal, à partir du 24 juin

 

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Beginners, à l’affiche à Montréal à partir du 24 juin

La seconde vie d’un père…

Graphiste à Los Angeles (comme l'est aussi Mike Mills), Oliver va émerger d'une solitude dépressive (...)

Publié le 18 juin 2011

par Étienne Dutil