mado est au boutte

Ils ont des chapeaux ronds

Mado Lamotte
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Photo prise par © Robert Laliberté

Je suis assise à la fenêtre du Café Tinto sur Amherst et je sirote un moccacino glacé (le meilleur de tout le Village). La tête pleine de souvenirs mémorables, je repense à la Bretagne et je ne sais plus par où commencer pour vous raconter mon périple fantastique au pays de la galette, du kouing amann et du caramel au beurre salé. Pour ceux qui ne connaissent de la Bretagne que la crêperie de la rue Rachel, il faut savoir que ce n’est pas juste une autre région de France, oh que non mes chéris!; c’est un pays en soi, avec son identité, ses traditions, sa langue, sa gastronomie et sa culture.

Oui, un peu comme une certaine province canadienne qui ne ressemble pas vraiment au reste du pays. Et croyez-moi, les Bretons ont toutes les raisons d’être fiers de leur pays. Quel voyage merveilleux j’ai fait! Une belle aventure au pays de nos ancêtres, d’où Jacques Cartier partit du port de St-Malo un certain jour d’avril 1534 pour partir à la découverte du Canada. C’est au départ de Nantes, à bord d’une voiture louée, que je pars à la conquête du pays breton, qui ne cessera de me charmer et de m’envoûter tout au long de ce marathon de dix jours que je me suis imposé. Au rythme de trois ou quatre villes et villages par jour, du sud à l’ouest puis du nord à l’est, en passant par le centre, je verrai près d’une trentaine d’endroits tout aussi fascinants les uns que les autres. Pas besoin de vous dire que c’est pas le genre de voyage qu’on fait pour aller se reposer. C’est plutôt le genre de voyage duquel je suis revenue avec les jambes en compote, la plotte en d’ssous du bras et l’impression qu’un 18 roues m’est passé sur le corps. Mais ce qui restera gravé à tout jamais dans ma mémoire vaut 100 fois les séances de massage suédois, de tai-chi oriental et de yoga algonquin dont j’aurai besoin pour remettre mon vieux corps de 29 ans en état de fonctionner.

Première étape, le sud. Tout d’abord, un arrêt à Guérande, belle ville fortifiée, question d’aller faire le plein de fleur de sel, ingrédient indispensable qui entre dans la composition du fameux caramel au beurre salé, pour laquelle je vendrais ma chatte et perdrais ma réputation sans hésitation. Je déguste la première d’une longue série de galettes dont je me régalerai tout au long de mon voyage et je repars en direction de Vannes, une belle ville aux maisons à colombages (style architectural dominant dans toute la Bretagne) où je me perds dans le dédale des petites rues à la recherche d’Astérix et d’Obélix. Je termine la journée sur mon premier bord de mer, à Carnac, où je dors dans une auberge, inspirée de la maison de Gargamel, en dînant (en France on dîne au souper) avec des moules et des frites accompagnées d’une bolée de bon cidre breton. J’en reviens pas, il est presque 22h30 et le soleil n’est pas encore couché. Je marche sur la plage ensoleillée en me disant que je mène une belle grosse vie sale. En fait, si je suis à Carnac, c’est surtout pour voir le célèbre alignement de menhirs. Assez capoté de voir ces milliers de roches dressées vers le ciel qui s’étendent sur plus de trois kilomètres. Et dire que tout ça date de l’époque du Néolithique. Non mais, fallait-tu avoir du temps à perdre! Ça paraît qu’y’avait pas de Playstation dans ce temps-là. Deuxième étape : le sud-ouest. Un petit arrêt à Pont-Aven pour m’imprégner de l’âme de Gauguin et apprécier les paysages qui ont inspiré l’artiste. C’est ben cute, on se croirait à Knolton dans les Cantons-de-l’Est. Je passe ensuite par Concarneau, une belle ville close sur bord de mer, pour me rendre à Quimper, belle ville médiévale, où je m’arrête luncher avec une bonne grosse salade de lardons. Miam! Miam! le bon bacon chic! Après une visite de quelques heures, je me dirige tranquillement vers Locronan, un village-musée où chaque rue, chaque maison semble tout droit sortie d’un roman de Marion Zimmer-Bradley. Les rues sont désertes; j’ai l’impression d’être seule au monde avec les fantômes du Moyen-Âge. Je décide d’y passer la nuit. Réveillée au son des cloches d’une église de campagne, y’a une odeur de café qui monte jusqu’à ma chambre. Dehors, une autre belle journée ensoleillée s’offre à moi. Je saute dans mes hush puppies, je descends petit-déjeuner et je reprends la route en direction du point le plus à l’ouest de la Bretagne, la pointe du Raz, où je découvre un paysage digne des Highlands écossais. Je n’en peux plus de faire des oh! et des ah!, la bouche ouverte devant ce chef-d’œuvre de la nature. Je braille, je renifle et je braille encore avant de repartir, bien malgré moi, vers Huelgoat, un village qui semble sans intérêt aux premiers abords, mais c’était avant que je m’enfonce dans la forêt de Chaos, une forêt remplie de gros rochers empilés les uns sur les autres qui ont surgi de la terre il y a des millions d’années et qui ont été arrondis par l’érosion au fil du temps. Encore un décor de contes et légendes avec lequel je m’attends à tout moment à voir apparaître Frodo et Gandalf en route vers le village des Hobbits. À ce stade-ci de mon histoire, vous vous dites : elle était stoned la Mado. Ça se peut pas que tout soit aussi fantastique qu’elle le décrit. Et moi je vous répondrai, repentez-vous sceptiques et âmes de peu de foi, je n’étais ni intoxiquée aux vapeurs de Marie-Johanne, ni enivrée par le délicieux cidre breton; j’étais seulement béate d’admiration devant tant de merveilles. En vérité, je suis presque avare de superlatifs pour décrire la nature qui s’expose devant mes yeux pour, justement, ne pas passer pour une menteuse invétérée qui ne cherche qu’à vous emberlificoter avec des descriptions abusives et à des métaphores exagérées. De retour à mes moutons, en fait devrais-je dire à mes vaches, car c’est pratiquement le seul animal que je croise sur ma route, mis à part le crapouti de bêtes mortes le long de l’autoroute et les dizaines de variétés d’oiseaux que j’observe au cours de mes promenades en forêt. Prochaine étape : le nord-ouest. J’arrive à Morlaix, une ville très sympa traversée par un aqueduc qui lui confère beaucoup de charme et lui donne des airs de village romain. Je monte dans les venelles en colimaçon, et mes pas résonnent dans mon gras de mollet, alors que j’admire la ville en contre-plongée à travers les fenêtres des arbres. Pur moment de bonheur. Je ne m’attarde pas trop, car la côte de granit rose m’attend et le monsieur à l’hôtel de Perros Guirec m’a bien fait comprendre au téléphone que ma réservation s’autodétruirait si je n’avais pas donné signe de vie avant 20h. C’est pas de ma faute, avec ce soleil qui se couche si tard, je perds complètement la notion du temps. C’est un bon gros vivant qui m’accueille chaleureusement (d’ailleurs, la preuve qu’on n’est pas vraiment en France, les Bretons sont souvent d’une gentillesse désarmante) et, ma foi, il est si gras que si on accrochait une nacelle à son pantalon, il s’envolerait. Il a un œil louche qui clignote à droite et un acrochordon dans la face gros comme un nombril de bébé. Je peux pas dire qu’il est joli, mais doux Jésus qu’il est gentil. Et quelle ne sera pas ma surprise quand je verrai apparaître le cuisinier tout dodu et barbu, qui n’est pas sans me rappeler certains clients du Stud le dimanche! Ça se pourrait-tu que je sois en face de mon premier couple de bears bretons? Quand le petit homme de ménage blond frisé et moustachu est apparu, je me suis dit : ça y est, lui, c’est Boucle d’Or, et les deux autres, ce sont les Ours. Une autre nuit sublime à ronfler la fenêtre ouverte sur le haut d’une colline face à la mer. Viarge que je m’ennuie pas du bruit de la circulation sur René-Lévesque! Au petit matin, je passe encore des heures sans voix, la bouche ouverte, à m’extasier devant les splendeurs de la côte de granit rose sur le sentier des douaniers, que j’escalade à pieds (si j’ai pas des belles fesses dures après ça!) à partir du charmant petit village de Ploumanach. Cette fois-ci, je n’arrive pas à trouver les mots justes pour vous décrire ce que je vois. C’est grandiose, c’est magistral, c’est surréel, c’est époustouflant et c’est encore plus que ça. Courez vite tapez «Ploumanach» sur Google et vous allez comprendre ce que j’essaie de décrire. Merde, j’arrive à la fin de mon article et je ne vous ai même pas raconté la merveille de Mont St-Michel, la théâtrale ville de Dinan, les huîtres à 3$ la douzaine sur le port de Cancale, la vue du cap Frehel, mon accident de char à St-Malo, le château de Vitré, celui de Fougères, la petite madame à l’Hotel Balzac qui ressemblait à Rose des Golden Girls, le chanteur de grégorien bear (coudon y’a que ça en Bretagne) au château de Madame de Sévigné, l’impressionnant dolmen de la Roche aux Fées, la forêt de Brocéliande de Merlin et de la fée Morgane près de Paimpont, les animateurs de Radio Bonheur, ma dernière soirée de pure extase au village de Rochefort-en-Terre, mon weekend à Rennes et ma visite de douze minutes au sauna de Nantes (cossé ça pas un chat dans un sauna à neuf heures le soir!) Pis? Pensez-vous que j’ai trippé en Bretagne?

 

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Oui, un peu comme une certaine province canadienne qui ne ressemble pas vraiment au reste du pays. E (...)

Publié le 17 juin 2011

par Mado Lamotte