par ici ma sortie

L’impérialisme du modèle homme gai blanc

Denis-Daniel Boullé
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Photo prise par © Robert Laliberté

Beaucoup de réactions à la suite à mon article. Chacun cherchant encore une fois à savoir qui étaient ces deux «amis». Vous serez déçus, mais je n’enfoncerai pas le clou. Je les laisse enfoncer leurs clous tous seuls. Peut-être sont-ils déçus de mes propos ou même en colère. Mais, que voulez-vous, nul n’est pire sourd que ceux qui se sentent investis d’une mission (divine?), persuadés de détenir la vérité (divine aussi?) et qui pensent ramener dans le droit chemin hétérocrate les brebis LGBT.

Le Québec a fait une rupture avec le catholicisme. Si le discours a changé, les comportements et les attitudes de certains en sont encore empreints. Il faudrait peut-être qu’ils ne pensent pas à travailler POUR les LGBT, mais AVEC. Cela ferait une grosse, une ÉNORME différence.

Parlant LGBT, une trans française a écrit dans Minorités une fable «fatiguée» comme elle le titre, sur les différentes questions que devraient se poser les communautés LGBT. Lalla Kowska-Régnier, ex-journaliste (ex-Canal + de la grande époque) est à l’initiative (avec Ji Ferjani) du manifeste fondateur pour la cause trans- sexuelle, Notre corps nous appartient (2007).

Disons qu’avec humour et conviction, Lalla s’insurge contre le mouvement gai, dont elle dénonce l’intégration-nisme qui génère l’exclusion. Elle remet en cause le sigle LGBT, qui ne sert que les hommes gais blancs occidentaux. Elle se moque de la tendance actuelle de s’approprier le mot trans sans voir ni les problématiques, ni les enjeux, ni ce que cela veut dire pour le reste des minorités en termes d’oppression et d’exclusion. Elle ne supporte plus que certains gais se considèrent trans parce qu’ils adoptent des comportements ou des attitudes excentriques ou se travestissent le temps d’une soirée. Elle les appelle les Bobo queers. Elle s’en prend aussi à l’inertie des féministes face à toutes ces questions. Enfin, elle se demande, et je la cite : «Pourquoi devrait-on avoir peur de se demander, ensemble, pourquoi nous sommes ce que nous sommes sans les sempiternels prismes de l'orientation sexuelle et du genre? Pourquoi faut-il que nous nous inscrivions toujours dans cette triste et pauvre ligne chronologique? Pourquoi avons-nous besoin d'être gardiennés par des universitaires queer et des clubbeurs travestis? […] Pourquoi ne pas tenter de faire vivre cette formidable multitude hétérotopique que sont essentiellement nos corps? ».

Lalla bouscule un certain confort dans lequel se sont installés les hommes gais blancs, qui, non contents d’avoir aujourd’hui pignon sur rue, veulent assister les autres minorités sexuelles, mais dans la mesure où elles sont obéissantes et suivent leur modèle. Bien entendu, je me retrouve dans ces propos. La condescendance affichée de certains gais militants face aux autres minorités sexuelles et leur suffisance à considérer ceux et celles qu’ils veulent aider (leur apprendre à traverser la rue peut-être?), comme des ingrats manquant de reconnaissance face à leur travail, ne peut que me toucher.

Pour terminer, il y a trente ans, au mois de juin, cinq Californiens étaient atteints d’une maladie qu’on ne connaissait pas. Le sida faisait son apparition dans nos vies. Un triste anniversaire qui doit nous rappeler que le combat continue.

 

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Publié le 17 juin 2011

par Denis-Daniel Boullé