8e édition de la Journée de la Fierté trans

Sous le signe de la famille

Denis-Daniel Boullé
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Comment annoncer à ses proches, à sa conjointe ou à son conjoint, à ses enfants que l’on désire changer de sexe? Comment gérer dans le couple la transition de l’un des membres. Le couple doit-il automatiquement se séparer? N’y a-t-il pas d’autres voies à explorer? Quelles sont les dernières avan-cées juridiques pour les changements de nom et de sexe sur les papiers d’identité? Comment parler dans le monde de l’éducation de la transsexualité, faire reculer les préjugés et combattre ainsi la transphobie? Tels furent les thèmes abordés au cours de la journée de la Fierté Trans.

Une centaine de personnes de tout genre et de toute orientation s’étaient donné rendez-vous pour participer aux conférences organisées par l’Aide aux transsexuels et transsexuelles du Québec (ATQ).

Entre témoignages et conférences données par des chercheurs, la Journée de la Fierté trans était un moyen de tisser des liens entre différents acteurs des milieux communautaires et les différents groupes trans et queers. Si les problématiques sont connues, les enjeux aussi, les moyens d’action restent encore trop timides et manquent de
financement. Mais la perception et la dynamique commencent à changer même si aucun représentant municipal, provincial ou fédéral ne s’est présenté.?Le témoignage de Marie-Ève Baron (accompagnée de sa conjointe et de ses deux enfants) sur les différentes étapes qu’elle a dû traverserpour faire reconnaître et accepter sa transition a effectivement touché les participants, surtout les trans plus âgés dont certains ont dû faire une rupture totale avec leur passé, leur famille et leurs amis. Pour les plus jeunes, il ne fait aucun doute que le choix ne se fait plus dans le même contexte social. Les jeunes d’aujourd’hui sont plus prompts à manifester leur désir de changer de sexe, compârativement à leurs aînés.

Cependant, si les jeunes sont de plus sensibilisés aux réalités des gais et des lesbiennes, peu d’initiatives sont prises pour les informer sur la transidentité et pour lutter contre la transphobie. Surtout que les moqueries et le rejet touchent des adolescents qui sont le plus souvent en questionnement et qui n’ont pas les ressources adéquates pour pouvoir parler de leurs doutes et de leurs désirs, pour être accompagnés dans leur cheminement.

Au-delà des témoignages et des interventions des spécialistes, reste une grande question pour la communauté transsexuelle, la nécessité de trouver des alliés pour faire avancer leur reconnaissance sociale et juridique. Malgré la présence de quelques groupes gais et lesbiens comme l’ADA ou la Coalition des familles homoparentales, les alliés naturels n’étaient pas présents, laissant encore pour quelques participants un léger goût amer. Comment faire accepter la transsexualité à l’intérieur même des minorités sexuelles, les trans sont marginalisées sinon exclues.
Ce qui a fait dire à une intervenante que le «T» dans le sigle LGBT était abusif et ne correspondait pas à la réalité.

La seule réponse possible se trouvait dans la conclusion de la psychologue Françoise Susset, dont l’intervention portait sur le conjoint qui apprend que son partenaire veut changer de sexe et qui doit donc se confronter à sa propre sexualité, à son propre genre et au regard social sur le couple qu’il devra former. Elle y mentionnait que seul le respect, l’acceptation et l’amour pouvait transcender toutes les barrières édictées par la société. «Respect», amour de l’autre, des mots qui semblent souvent absents dans tous les discours autour des services, des programmes, des ateliers et autres produits des sciences sociales censées pourtant répondre à ces questions. Et
les trans demandent à être aimés par le reste de la société. Pas tolérés, pas approchés avec compassion ou
condescendance. Les trans ne quémandent pas. Les trans revendiquent ce qui leur est dû.