bye-bye canada

Mado Lamotte
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Photo prise par © Robert Laliberté

Dur retour à la réalité après un traumatisme politique qui risque de nous faire regretter d’avance les quatre prochaines années et qui pourrait même raviver de vielles chicanes sur l’utilité des deux langues officielles à la grandeur du pays. Qui sait, c’est peut-être ça que ça prendra pour réveiller la fibre nationaliste au cœur du Québécois endormi. Seul le temps me donnera raison ou tort. Une chose est sûre, pendant les prochains quatre ans, ne me parlez plus du Canada, je vis au Québec. En fait je vis à Montréal, terre de tous les fantasmes et de toutes les permissions, reconnue internationalement pour sa «joie de vivre», par son ouverture d’esprit, par sa diversité culturelle, sa liberté de penser et par son stade en forme de bol de toilette. Mais dans le fond, mes chéris, que je dise que je vis à Montréal, au Québec ou au Canada, c’est vraiment pas ça qui me définit comme individu.

Je suis plutôt du genre à piger un peu partout sur la planète pour former mon moi personnel. Oui, je fais partie de cette espèce de vendus qui bouffent la culture de partout dans le monde sans aucun égard pour le pays qui les a mis au monde. Mais pas parce que je ne gigue pas au son de Mes Aïeux, que je ne rote pas de la grosse Labatt Bleue, que je ne chante pas Marie-Mai ni Cœur de Pirate, que je ne bande pas sur Patrick Huard ni Gino Chouinard, que je ne mange pas de pâté chinois, de bines ou de poutine, que je ne vais pas à la cabane à sucre, que je n’ai pas de roulotte au camping Ste-Madeleine et que je n’ai pas trippé sur Les Bougons, La Petite Vie ou Les Têtes à Claque que ça m’empêche d’être fière de mes racines québécoises.

Je suis quand même une fan finie de Michel Tremblay et j’ai grandi à Rosemont, moi, madame, et en matière de culture québécoise, tu peux pas trouver plus québécois que ça! Et croyez-moi, je ne me gêne pas pour répéter aux quatre coins de la planète quand je voyage que le Québec est un endroit unique, encore à l’abri de la mondialisation (ou presque), où il fait bon vivre, s’épanouir, chialer, ne rien foutre, brasser d’la marde, refaire le monde, rêver et être convaincu qu’on est le meilleur peuple au monde.

Le Québec, c’est la Gaule d’Astérix, le Village des Schtroumpfs, le Far West de Lucky Luke et l’univers des Simpsons. Mais c’est surtout le secret le mieux gardé de l’Amérique. Chut, faut pas le dire trop fort, il pourrait y avoir des English Canadians qui écoutent aux portes et on va encore se faire traiter d’enfants gâtés, de réactionnaires ou de méchants séparatistes. Mais y’a pas de danger que ça arrive, c’te monde-là, ça comprend aussi bien le français que moi je peux réciter par cœur toutes les paroles d’une chanson de Chloé Ste-Marie.

Mais le Québec, c’est aussi ben du monde qui ne sont pas nés au Canada, comme ma mère italienne qui m’a apprise à faire de la lasagne, à mettre du salami sur ma pizza, à aimer les hommes poilus, à tripper sur l’opéra et à donner des tapes en arrière de la tête de mes employés quand ils sont tannants. Même si mon cœur est au Québec, ma tête ne se gênera jamais d’aller voir ce qu’il y a ailleurs. Voilà, je l’ai trouvé! Je suis citoyenne du monde. Je suis Christophe Colomb, Tintin, Dora l’exploratrice, et la Terre m’appartient! Rien de moins!

On dit que les voyages forment la jeunesse, mais moi, je dis que ça rend aussi curieux, intelligent et ça donne le goût d’en savoir et d’en avoir toujours plus. Quand on y pense, c’est ben plus l’fun de manger une boite de chocolats mélangés que toujours la même boite de Turtles! Est-ce que ça me rend moins souverainiste? J’avoue que je ne sais plus. Depuis que l’unique question économique domine les discours des bonzes souverainistes chaque fois qu’on nous ramène l’éventualité d’un nouveau référendum sur la souveraineté, je ne suis pas certaine que j’ai envie d’un pays qui ressemble à celui qu’on veut quitter. Si la seule motivation de faire du Québec un pays est basée sur l’économie, je ne vois pas l’utilité de se séparer du Canada, si ce n’est pas d’abord pour faire reconnaître le caractère distinct de notre province en tant que nation culturellement hétérogène et pour préserver l’héritage francophone laissé par l’un des deux peuples fondateurs.

Qu’on se le dise une bonne fois pour toutes, le Québec est le dernier bastion francophone d’Amérique, et avant de savoir si on peut faire un pays prospère économiquement, il faut s’assurer qu’on prendra tous les moyens nécessaires pour protéger notre langue et notre culture, qu’on sera reconnu comme pays francophone sur la scène internationale au même titre que la France et que nos lois reflèteront toujours l’évolution de nos mentalités et l’ouverture d’esprit du peuple québécois, sans faire de compromis sur nos droits et libertés pour satisfaire quelques partenaires économiques.

Et en attendant que le rêve de millions de Québécois se réalise, il serait très avisé que le gouvernement du Québec commence à penser à protéger nos arrières quand Stupid Harper viendra jouer dans la constitution canadienne pour ne pas se faire baiser encore une fois et revivre un autre Accord du lac Meech ou une entente à la manière de la nuit des longs couteaux. Parce que la première préoccupation du Québec en ce moment ne devrait pas être de se demander s’il devrait rester dans le Canada, mais plutôt de s’assurer que les futures mesures entreprises par la droite conservatrice canadienne en matière de législation n’affecteront pas nos mœurs particulières et, n’ayons pas peur des mots, plus évoluées que celles du reste du pays. Oh que je vais me faire garocher des barils de pétrole par la tête pour avoir dit ça!

Que voulez-vous, mes chéris, c’est pas de ma faute à moi si on est plus intelligents (ben quoi, n’est-ce pas chez nous qu’on retrouve la crème des informaticiens, médecins et autres praticiens spécialisés?), si on réussit à se démarquer culturellement (combien de trophées raflent les films québécois à chaque année aux Genie Awards?), si la chanteuse la plus populaire sur la planète est québécoise (bon, j’avoue que ça, c’est pas un argument de taille) et surtout, si le sexe des hommes québécois est plus élaboré que celui de la moyenne canadienne (d’où je tiens ça? Mais de mon expérience, pardi!)

Et ce n’est pas moi qui le dit! Montréal est reconnu partout au pays comme la capitale du plaisir, et j’en suis la première ambassadrice auprès des nombreux touristes canadiens qui viennent perdre leur virginité dans les toilettes de mon cabaret. Toronto is money, Vancouver is veggie and Montreal is party!

Farce à part mes tout-p’tits, le Québec souverain, j’y crois encore, mais faudra-t-il encore qu’on arrive à me convaincre que mon futur pays ne sera pas uniquement une réussite économique. Mon pays devra être riche culturellement et à l’image de son peuple. Mon pays sera beau, accueillant, chaleureux, tolérant, différent, libre et autonome.

NIAISEUSE
Pas besoin de personne pour me dire ce que je sais déjà : je suis un peu, pas mal, beaucoup niaiseuse, mais au contraire de ce que bien des gens peuvent penser, ça me convient parfaitement. Un exemple? Grisée par les 50 shooters de vodka bus au bar à Marc-en-Ciel au Stud, je rencontre un homme, un vrai, avec du poil pis des tatous. Il est fraîchement débarqué de son Chicoutimi natal et il est à la recherche d’un lit pour passer la nuit. Ma générosité légendaire s’empresse de lui offrir le gîte. Pas besoin de vous faire un dessin; nous passerons une nuit enflammée à nous garocher sur les murs et à visiter chaque recoin de mon appartement en quête de profonde excitation. Le lendemain matin, je me réveille avec le mal de tête du siècle. Mon lit est vide, et le bureau où se trouvait mon ordinateur portable aussi. Hum! Impression de déjà-vu. Un mois plus tard, je me prélasse au sauna du coin. Comme d’habitude, je suis à moitié saoule, (bon d’accord, disons aux trois quarts), je tombe face à face avec qui? J’ai pas le temps de dire quoique ce soit, s’invite dans ma chambre, il me saute dessus. Je peux pas résister, il est trop hot, mais je me promets de l’affronter après l’acte. Baise d’enfer, miam, miam, glou glou, oh yeah! Je m’endors avec sa chose dans la main, je me réveille avec la main vide et pus de portefeuille. Niaiseuse, vous dites? Et je vous ai même pas raconté la troisième fois!

 

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Je suis plutôt du genre à piger un peu partout sur la planète pour former mon moi personnel. Oui, je (...)

Publié le 25 mai 2011

par Mado Lamotte

   
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Anciens commentaires

  • not intelligent to talk politics... you are a public figure...and you are going to lose fans .....understand Publié le 27/05/2011
  • Bravo mado, je t'admire encore plus après avoir écrit ce texte! :) et pour l'autre anglo hypocrite qui croit que tu ne devrais pas parler de politique pour ne pas perdre de fan qu'il reste dans son trou si je peux me permettre. Il faut savoir rester debout et avoir le courage de ses opinion. Comme on dit, vaut mieux manger son pain debout que son steak a genou. Bravo Mado, je crois que tu serais surement meilleure que Pauline pour nous amener vers notre pays ! Publié le 01/06/2011
  • C'est vraiment un excellent texte! Je suis d'accord avec ce que tu dis, les leaders souverainistes ne parlent pas souvent aux tripes des gens. Ils semblent se préoccuper davantage de ce que penseraient d'eux des critiques qui ne leur seront jamais positives qu'aux gens à convaincre. Vive la Liberté, Vive l'Indépendance! Publié le 01/06/2011