La réalité des lesbiennes

Quand le troisième âge renie le «troisième sexe»

Julie Vaillancourt
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Il y a quelques années, en visionnant Si les murs racontaient 2, je pleurais à chaudes larmes devant la tragédie que vivaient les deux dames âgées. Devant le décès de l’une, l’autre se retrouvait sans le sou, reniée par la famille de sa compagne. Scénario hollywoodien? Évidemment. Inspiré de la vie réelle? Certainement.

Si le scénario paraît tragique, nous pourrions malheureusement en citer plusieurs. Vieillir lesbienne est une réalité encore difficile, particulièrement au sein de nos établissements de santé et services sociaux. Vieillir lesbienne, c’est vivre une double, voire même une triple discrimination, au regard de l’orientation sexuelle, de l’âge et du sexe. Et le pire scénario, est certainement celui de vieillir lesbienne en CHSLD. Pourquoi? D’abord, par ce que les mentalités sont ce qu’elles sont. À l’heure où j’écris ces lignes, dire à vos potes de la résidence que vous êtes lesbienne, reste impen-sable. C’est l’exclusion assurée. Ainsi, garder le silence, c’est terminer ses jours avec une «certaine» quiétude. Mais le silence a un prix. Aucune lesbienne ne veut retourner au placard à 80 ans, ou décéder dedans! Pourtant, c’est souvent le cas. L’exclusion du discours social entraîne, dans le microcosme du CHSLD, l’isolement. Par peur de lesbophobie, de mauvais traitements, les lesbiennes ne cherchent pas l’aide nécessaire auprès des pourvoyeurs de services de toute sorte. Au premier plan, la santé, qu’elle soit physique ou mentale. Dépression, solitude, manque de ressources économiques (problèmes familiaux, reniement de la famille), s’ajoutent aux appréhensions d’être jugé et discriminé. Outre l’absence du discours social, les lesbiennes aînées sont négligées des recherches en gérontologie, des commissions d’enquête sur les aînés et des programmes dispensés par les fédérations de loisirs et associations du troisième âge. Heureusement, certaines font bouger les choses. Les militantes d’hier (aujourd’hui plus âgées), agissent pour celles de demain. Nous devons appuyer leurs batailles. Aux États-Unis, Old Lesbians Organizing for Change défend les lesbiennes contre toute forme d’âgisme et de lesbophobie. Plus près de chez nous, Diane Heffernan, coordonnatrice du Réseau des Lesbiennes du Québec, chapeaute depuis plusieurs années déjà, ce projet de résidences pour lesbiennes aînées…