Pascaline Lauzé Malouin et son projet de photos de couples lesbiens

« L’instant décisif » : Photographier le quotidien et le rendre significatif»

Julie Vaillancourt
Commentaires

À la manière d’Henri Cartier-Bresson, célèbre photographe de «l’instant décisif», la photographe Pascaline Lauzé Malouin prône la photographie du moment. Adepte du photojournalisme, elle considère son médium comme un témoin privilégié du réel et porteur d’un message. C’est d’ailleurs avec cette intention qu’elle se plonge dans un projet tout à fait novateur pour la communauté : photographier des couples de lesbiennes dans leur quotidien afin d’offrir une vision juste et diversifiée du réel. Discussion avec la photographe, sur son projet et son art.

Ce sont toujours des rencontres très stimulantes que nous offrent les jeunes artistes qui n’hésitent pas à se servir de leur médium pour changer les choses. Évidemment, «changer les choses» semble une phrase trop souvent utopiquement galvaudée. Nous dirons donc «rendre le quotidien significatif et porteur de sens», ce que s’apprête à faire la photographe Pascaline Lauzé Malouin avec son projet : « les photos doivent exprimer quelque chose; elles sont un moyen de dénoncer, de faire connaître, de parler pour ceux qui ne peuvent pas le faire. Pour moi, elles ne peuvent pas être neutres ou uniquement belles. Elles doivent porter un message aussi. C’est pour cette raison que je fais très peu de studio.»

Pascaline se passionne pour la photographie depuis ses études en communications à l’UQAM, alors qu’elle était photographe pour le journal Campus, lors de la grève étudiante en 2005. Celle qui prendra de nombreux clichés lors de ses séjours au Maroc, en Inde, en Angleterre et au Honduras, s’apprête, dans les mois à venir, à photographier des couples de lesbiennes dans leur quotidien : « L’idée m’est venue cet été, lors du mariage d’une amie. Elle n’est pas gaie, mais sa célébrante était sa meilleure amie. À un moment, elles se sont donné la main et j’ai pris un cliché. Lorsque j’ai regardé la photo, j’ai eu un déclic! Et puis lorsque je suis allée voir les Gaydailles, je me suis dit : qu’est ce que je pourrais faire pour ma communauté?»

Chaque artiste a son médium; Pascaline a décidé d’utiliser la photographie afin d’offrir une visibilité aux couples lesbiens : « Il manque de visuel du côté féminin… Bien que nous soyons très libres au Québec, il y a encore des commentaires désagréables. Si les gens avaient une meilleure idée de ce qu’est le quotidien de deux femmes en couple, s’il y avait de meilleures représentations visuelles, peut-être que ça pourrait aider? Je veux me concentrer sur l’intimité entre deux femmes au quotidien. Par exemple, je viens de photographier un couple promenant leur chien et un autre dans un bar ». Avec ce projet, Pascaline envisage plusieurs possibilités, mais elle n’hésite pas à informer ses sujets qu’ils doivent s’attendre à une diffusion publique : «Mon premier objectif est une exposition pour la maison de la culture. J’aimerais aussi faire des expositions à l’intérieur et à l’extérieur du village. Et finalement, un livre de photos, qui dépendra du financement, puisque c’est du bénévolat, tant pour moi que pour les personnes photographiées. Justement, un couple venant de l’Abitibi me disait que mon exposition pourrait tourner au Québec pour aider à conscientiser le plus de gens possible…» Il va sans dire qu’un tel projet cherche nécessairement à rendre visible le lesbianisme, ce dont la photographe est consciente : «Il y a quelque chose qui fait que les femmes sont moins visibles, qu’elles restent plus dans le placard, et est dommage, car ça n’aide pas à briser les stéréotypes. Il faut se monter, mais selon les milieux dans lesquels on évolue, ce n’est pas toujours évident.» D’ailleurs, elle n’hésite pas à commenter le numéro spécial de la revue Châtelaine de mars 2010, qui portait sur les lesbiennes…


«Ça m’a un peu agacée », précise la photographe, puisque «la page couverture était faite pour vendre le magazine alors qu’à l’intérieur c’étaient des photos très standards». En ce sens, l’approche préconisée par Pascaline pour son projet photo emprunte davantage au photoreportage : «Je laisse le choix à celles que je photographie de se trouver une activité qu’elles font en couple ou qui les représente. Ensuite, je les photographie. Par exemple, ma copine et moi aimons boire du vin et visiter des vignobles, et ça nous représente bien! Je me ferais probablement photographier dans un vignoble… D’autres sont plus sportives, en famille, ou chez eux. La mise en scène n’est pas compliquée, mais spontanée… c'est être témoin du quotidien. C’est certain que ce n’est pas toujours facile, car j’ai un gros objectif, mais je me place en retrait et je demande aux gens de faire comme si je n’étais pas là… Mais bon, je suis là! (rires) Alors il faut quand même que les gens soient à l’aise…» D’ailleurs, Pascaline est présentement à la recherche de couples de tous âges et de tous horizons pour son projet photo, puisqu’elle désire photographier plus d’une cinquantaine de couples afin de montrer la diversité. « Il y a une femme de 65 ans qui m’a contactée l’autre jour en disant : je viens de trouver l’âme sœur et je veux me faire photographier avec elle!», précise la photographe. Si immortaliser votre amour sur pellicule, au-delà du cliché et dans votre quotidien, vous intéresse, sachez que le tout est désormais possible en quelques clics!


Vous pouvez consulter le site de la photographe au www.pascalinelauzemalouin.com et retenir ses services pour des contrats photo en tout genre : journalisme, portraits, paysages, spectacles, produits, mariages, œuvres d'art, etc.

 

  Envoyer cet article

Pascaline Lauzé Malouin et son projet de photos de couples lesbiens

« L’instant décisif » : Photographier le quotidien et le rendre significatif»

Ce sont toujours des rencontres très stimulantes que nous offrent les jeunes artistes qui n’hésitent (...)

Publié le 05 février 2011

par Julie Vaillancourt