La violence… un sujet tabou

Steve Foster
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Le 29 décembre dernier, le journaliste Daniel Renaud écrivait un article dans le journal Rue Frontenac, où il rapportait un fait des plus tristes, soit la violence chez les gais, avec en toile de fond les cinq homicides qui ont eu lieu à Montréal au cours des douze derniers mois et qui sont souvent présentés dans les nouvelles comme étant des meurtres entre colocataires ou amis. Renaud a su aller plus loin pour mettre en lumière qu’il s’agissait bel et bien de crimes mettant en cause, dans quatre des cinq cas, des conjoints de même sexe. Ces cinq morts représentent 13,5 % des cas d’homicides de la région métropolitaine en 2010. De quoi faire réfléchir sur un phénomène dont nous ne parlons plus, soit celui de la violence chez les personnes LGBT. Pourtant, le phénomène de la violence LGBT existe bel et bien, et ce, malgré le fait qu’il soit peu documenté. D’une part parce que peu d’études ont porté sur ce sujet, mais aussi, d’autre part, parce que les victimes LGBT ne portent pas plainte. Cependant, les cher-cheur(e)s qui se sont intéressé(e)s à cette problématique évaluent que la violence conjugale LGBT serait aussi présente que chez les hétérosexuels[1]. Chez les gais d’ailleurs, cette violence représenterait le troi-sième problème de santé après le SIDA et la toxicomanie[2].

Kevin Kirkland, dans son document de travail qu’il a rédigé pour le compte du Centre national d’information sur la violence dans la famille[3], rapporte que la violence conjugale est indépendante de l’âge, de la situation sociale ou économique, de la croyance religieuse, de l’appartenance raciale ou culturelle ou du niveau de scolarité des personnes concernées. Il indique aussi qu’en raison de la discrimination dont les personnes LGBT sont encore l’objet, de la part de la population et des institutions, les victimes de violence, plus encore que les autres victimes, hésitent à en parler à des représentants d’organismes compétents par crainte de la réaction qu’ils auraient s’ils leur dévoilaient la violence qui règne dans leurs relations intimes. Il rapporte aussi que, pour les personnes LGBT, la structure sociale dans laquelle entre en jeu l'homophobie intériorisée et l'hétérosexisme viennent accroitre le silence des victimes.

Au début des années 1990, Michael Hendricks, Roger LeClerc, Douglas Buckley-Couvrette et Claudine Metcalfe avaient créé le Comité «Dire enfin la violence» pour justement, à la base, accueillir les victimes d'agressions et les accompagner dans leurs démarches après des institutions et au poste de police. Mais depuis sa dissolution en 1997, les ressources dédiées à la population LGBT n’existent plus, à l’exception du Centre de solidarité lesbienne qui, au fil des années, grâce au travail inestimable de Karol O’Brien et de son équipe, a développé depuis 1996, une expertise permettant d’aider et de soutenir tant les victimes que les agresseures lesbiennes. On peut déplorer, même s’il existe certaine ressources, que cette expertise ne soit pas autant développée afin de venir en aide aux personnes gaies et transsexuelles. D’autant que la violence physique, sexuelle, psychologique, économique, financière et spirituelle, vécue chez les couples, a des conséquences toujours catastrophiques mais aussi parfois tragiques pour les victimes et pour les agresseurs.

Il est peut-être temps de se remettre à parler de la vio-lence, de former davantage d’intervenants afin qu’ils puissent répondre efficacement aux demandes d’aide. Il est aussi peut-être temps de sensibiliser les gais, lesbiennes, bisexuel(le)s et transsexuelles à ce fléau. Il est peut-être temps de briser le silence… Non pas «peut-être», il FAUT briser le silence. Si les victimes avait pu parler, avaient pu être aidées…peut-être auraient-elles pu célébrer le nouvel an tout comme nous.

Voici des ressources qui peuvent aider
Entraide pour hommes de Montréal

Pour hommes vivant des difficultés dans leur vie relationnelle sans égard à l'orientation sexuelle
514-355-8300?

Centre de Solidarité lesbienne
514-526-2452

S.O.S. Violence conjugale
1-800-363-9010

En cas d’agression physique
Composez le 911

[1] Kevin Kirkland, Ph.D., « La violence des gais dans leurs relations intimes : un document de travail », Centre national d’information sur la violence dans la famille, 2004 http://www.phac-aspc.gc.ca/ncfv-cnivf/pdfs/fv-2004-HommeGai_f.pdf

[2] Michael Lehman, « At the end of the rainbow: A report on gay male domestic violence and abuse [en ligne], Hold tight, tight hold: same sex domestic abuse, 1997 http://www.lgbt-dv.org/copy_final/end_rainbow.pdf

[3] Kevin Kirkland, Ph.D., « La violence des gais dans leurs relations intimes : un document de travail », Centre national d’information sur la violence dans la famille, 2004 http://www.phac-aspc.gc.ca/ncfv-cnivf/pdfs/fv-2004-HommeGai_f.pdf