Michel-Marc Bouchard et «Tom à la ferme» — Du 11 janvier au 5 février

Peut-on aimer son bourreau?

Denis-Daniel Boullé
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Difficile de parler d’une pièce que l’on n’a pas vue. Difficile pour l’auteur en entrevue de ne pas dévoiler le punch. Il faut plutôt se remémorer les pièces précédentes, retrouver les univers de Michel-Marc Bouchard et ses fables contemporaines. Comme il le dit lui-même, il veut inviter le spectateur à un voyage, l’amener d’un point A à un point B. Le dramaturge est aussi un peu touche-à-tout et n’hésite pas à mettre d’autres casquettes, même si elles finissent toujours par le ramener à l’écriture. L’auteur des «Feluettes» et des «Muses Orphelines» est bien occupé, entre la création en janvier de «Tom à la ferme» et la réalisation d’un scénario pour un film autour du personnage de la Reine Christine. Une pièce peut prendre des années de réflexion avant d’être couchée sur le papier. Dans le cadre de «Tom à la ferme», Michel-Marc Bouchard aura attendu une vingtaine d’années. Et même si la genèse n’a plus grand-chose à voir avec le texte final, elle n’en demeure pas moins la référence fondatrice. «Dans les années quatre-vingt-dix, j’avais commencé à écrire des textes sur le sida. Nous étions au pic de l’épidémie. J’ai écrit en tout vingt fragments réunis sous le titre Les limbes. Mais je n’étais pas content du résultat», indique le dramaturge. Plusieurs fois repris, Les limbes resteront dans les limbes jusqu’au jour où Michel-Marc demande à un ami de lire les fragments. L’un des fragments retiendra son attention et servira de ferment à Tom à la ferme. Un autre comédien sera invité, puis un autre, le texte se fera en leur compagnie, un processus que l’auteur qualifie de vivant jusqu’à ce que le texte soit terminé.



Le synopsis est simple. Tom arrive à la ferme familiale de son chum qui vient de mourir. Il ne connaît personne puisque que son chum n’a jamais parlé de lui ni à sa mère ni à son frère. Pire, une jeune femme de la région a toujours passé pour la fiancée. Dans cet univers de mensonge, Tom devra confronter sa relation et se confronter avec les parents du défunt. Cela ne se fera pas sans heurts. «Je n’avais pas écrit sur les gais depuis longtemps», explique Michel-Marc Bouchard. «J’avais envie de parler du mensonge chez les gais. On apprend à mentir avant d’être gai. Pour être avec d’autres gars quand on est adolescent, on cache que l’on est gai et en même temps on essaie de se rapprocher d’eux. On est des mythomanes courageux.»




Le mensonge que l’auteur a pratiqué souvent au cours de l’adolescence serait pour lui à l’origine de son désir de raconter des histoires, de transposer la réalité. Aucun message dénonçant l’homophobie ou encore parlant du masochisme de certains gais, mais une exploration de la contradiction des sentiments où la violence et la tendresse s’entremêlent, où l’on peut être tour à tour bourreau et victime. «Écrire pour moi, c’est mettre en scène deux rives autour d’une rivière, aux spectateurs de construire des ponts entre les deux rives», conclut Michel Marc Bouchard.




«TOM À LA FERME»
De Michel-Marc Bouchard, au Théâtre d’Aujourd’hui
du 11 janvier au 5 février 2011. theatredaujourdhui.qc.ca


 

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