Mado est au boutte

De Salzbourg à Lyon

Mado Lamotte
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Photo prise par © Robert Laliberté

Le mois dernier, je vous narrais mes aventures à Vienne la majestueuse, mais il m’a manqué d’espace pour vous raconter la suite de mon escapade au pays de Sissi. Tant qu’à être en Autriche, je me suis dit, pourquoi ne pas partir quelques jours à la découverte du pays, vers Salzbourg, la ville natale de l’enfant prodige de la musique classique. Ce qui frappe en arrivant à Salzbourg, c’est que Mozart est partout. Il a sa place, sa statue, son musée, son hôtel, son café, ses souvenirs, son aéroport (oui, oui), son festival et même ses boules en chocolat, un péché mignon. Un peu comme le Bonhomme Carnaval à Québec!

D’ailleurs si je voulais comparer, vite fait, je dirais que Salzbourg a des petits airs de Québec. C’est charmant, ça respire le passé, c’est culturel, les gens sont sympas, ça se marche, on mange bien, et y’a rien à faire après 21h un soir de semaine. Pas aussitôt débarquée de l’autobus qui m’emmène de la gare, je fais la rencontre d’un vieux philanthrope qui offre de m’accompagner jusqu’à mon hôtel. Chemin faisant, j’ai droit à un cours d’histoire abrégé sur Salzbourg et je n’ai même pas encore déposé ma valise dans le hall de l’hôtel que je connais déjà les meilleurs spots de la ville. Wow, si tout l’monde est gentil comme ça par ici, je ne risque pas de m’ennuyer. Première étape, j’ai faim; ben oui, comme toujours, et je goûte à mon premier sandwich de leberkasse-mel, une espèce de pain de viande à la saucisse fumée ou, si vous préférez, la version autrichienne du Spam. Ça a l’air dégueulasse présenté comme ça, mais c’est comme le smoked meat, c’est pas beau à regarder (ç’a l’air d’un vagin entre 2 tranches de pain), mais viarge que c’est bon! Enfin rassasiée, je pars à la conquête de la ville et, en moins de temps que ça prend à un manchot pour tricoter une courtepointe, je pars à la conquête de Salzbourg. Je commence ma visite du côté de la somptueuse Residenzplatz (la grande place en face de l’ancien palais des princes), je passe par la Domplatz où je gâroche des roches aux pigeons qui menacent de fienter sur ma belle pelisse en chinchilla, je vais me rincer les mains dans le bol d’eau bénite à la cathédrale St-Rupert, je me perds dans les catacombes d’un cimetière dont j’ai oublié le nom, je fais un tour de funiculaire jusqu’à la forteresse de Hohensalzburg, je redescends à pied à travers les petites rues dallées jusqu’au Stift Nonnberg (le couvent qu’on aperçoit au début du film Sound of Music), je bois un bouillon de poulet qui goûte la pisse de chat avec les bonnes sœurs (n’est pas Sœur Angèle qui le veut) et je traîne dans les boutiques sur la Getreidegasse jusqu’à la maison de Mozart où je passe 2 heures pleines à flâner à travers les souvenirs de famille et l’oeuvre de l’auteur de La Flûte Enchantée. Je repars en fredonnant l’air de « la reine de la nuit » avec la ferme intention de prendre des cours de clavecin en rentrant à Montréal (les niaiseries qui me passent par la tête parfois, je vous dis pas!). Je repars de plus belle le lendemain direction château de Hellbrunn, un palais baroque en banlieue de Salzbourg, reconnu pour ses jets d’eau (pas mal plus hot que la fontaine illuminée du parc Lafontaine). Quelques heures plus tard, je suis de retour dans la ville pour faire le tour des musées (surtout celui d’art moderne situé sur le Mönchsberg d’où on a une vue aérienne des toits de Salzbourg, ma-gnifique! ) et je termine la journée dans des salons de thé à me gaver de pâtisseries, à boire des litres de café au lait et à jaser, avec des sosies de Miss Marple, de la pluie, du beau temps et de monarchie autrichienne. La tête pleine d’images mémorables, je quitte Salzbourg avec un goût de nostalgie et les mains tachées de chocolat aux pistaches. Sur la route vers Vienne, je m’arrête une nuit à Melk où je visite l’abbaye la plus majestueuse qu’il m’ait été donné de voir dans ma longue carrière de globetrotteuse, je passe quelques heures à Krems, un petit village tout cute et tout gentil, j’observe, médusée, de ma fenêtre d’autobus, un feu d’artifices qui pétarade au-dessus du Danube et je m’endors le ventre plein de soupe à la citrouille, grisée au Blaueb Zweigel (un bon vin rouge autrichien). Est-ce que j’ai adoré l’Autriche? Qu’est-ce que vous en pensez?

Mais je ne suis pas au bout de mon émerveillement parce que si j’avais su ce qui m’attendait en arrivant à Lyon, où je suis allée me gâter après mes spectacles à Paris, j’y serais venu ben avant. Mais c’est donc ben beau icitte, bout d’viarge! À brailler je vous jure. D’ailleurs, juste d’en parler j’ai déjà la larme à l’œil, la goutte au nez et des frissons dans le bas du ventre. Parlez-en à ma gérante Velma qui m’accompagnait, Lyon, ça se décrit pas, ça se vit. Et saviez-vous que Lyon est une des plus vieilles villes du monde ? Comme on logeait dans le vieux Lyon, pas besoin de vous dire qu’on nageait en plein vestiges du passé. Une vieille église par ci, des traboules par là (des passages intérieurs qui permettent de passer d’un immeuble à un autre), des petites rues pas plus larges qu’un couloir de sauna, un ancien égout à ciel ouvert, un vieil horloger, un théâtre de Guignol, un musée des miniatures, une place gallo-romaine, une basilique magistrale et des dizaines de bouchons lyonnais, ces fameux restos où l’on sert les meilleures spécialités de Lyon. Et si vous vous adonnez à passer par là, ne manquez surtout pas d’aller siroter une limonade chez Marinette, rue St-Georges, une ancienne épicerie des années 50-60 reconvertie en sympathique petit bistro de quartier. Mais ce n’est pas tout, car au-delà de son vieux quartier, Lyon renferme des trésors d’architecture et des bijoux de fresques peintes ici et là sur des façades d’immeubles, qui donnent des allures de musée en plein air à la ville. Et c’est tellement agréable une ville qui se visite à pied. Chaussées de nos hush puppies d’infirmières, nous sommes venues, nous avons vu et nous avons vaincu Lyon la grande Dame. À droite de la Saône et à gauche du Rhône, de la grandiose Place des Terreaux à l’immense Place Bellecour, en logeant la rue République, temple du magasinage, nous avons pu admirer et nous exclamer devant les splendeurs de la ville : l’opéra, le théâtre des Célestins, la place des Jacobins, l’église St-Nizier et les fresques du quai St-Vincent, du boulevard des Canuts et du quai de la percherie, pour n’en nommer que quelques-unes. Et c’est sans parler de La Croix-Rousse, le quartier des artistes de Lyon avec ses galeries d’art, ses boutiques spécialisées, ses petits cafés et ses terrasses installées dans des rues en escaliers. Charmant, vous dites? Féerique! Et moi qui ne suis pas romantique, laissez-moi vous dire, mes chéris, que Lyon est l’endroit rêvé pour le devenir. Mais je sais que ma béatitude devant la somptuosité de Lyon a ses limites et maintenant que j’ai piqué votre curiosité, vous voulez savoir ce qu’il en est de la vie gaie, n’est-ce pas? J’ai presque honte de vous dire que j’étais couchée tous les soirs avant 23h et que mon court séjour ne m’a pas permis de faire la tournée des folles autant que je l’aurais voulu. Parce que ce qui me déçoit de l’Europe en général, c’est que l’action décolle rarement avant 1h du matin. Pour la vieille peau qui se lève à 8h pour visiter, c’est pas un horaire pratique pour s’adonner à la débauche. Je suis bien allée prendre un verre avec ma chum Velma, sobre comme un chameau (bonjour l’ennui), à La Ruche, un bar de quartier qui m’a laissé pantoise devant le décor de chambre de bébé (non mais, a-t-on idée de pendre des couches au plafond et de transformer le bar en parc pour bébés????). C’est assez pour faire débander l’amateur de machos poilus qui sommeille au fond de moi. Pas plus de chances du côté du DV1 où on comptait saluer la copine drag queen Candy William alors qu’on s’est frappé le nez sur la porte avant minuit (après on s’étonne que plus personne ne sort). Je me suis rabattue sur le Sun City, un sauna aux allures de méga complexe aquatique travesti en temple maure, caché au fond d’une rue bordée par de jeunes Arabes qui flânent la cigarette au bec. Ça aurait dû être la formule gagnante pour revivifier ma chatte flétrie par une journée de marche intensive. Eh bien, non. Moi quand que ça prend plus que vingt minutes pour chercher une proie parmi 572 chambres et recoins répartis sur 20 000 mètres carrés de corridors et qu’il faut presqu’un GPS pour trouver le bain tourbillon, je dis : non merci, je ne suis pas ici pour faire un safari. Donnez-moi plutôt un p’tit coin tamisé avec une belle variété de queues qui pointent vers le nord et je saurai bien retrouver mon chemin dans les vapeurs d’entrejambes. Mais attention, je ne dis pas qu’il n’y a pas de quoi trouver son fun à Lyon; au contraire, je suis certaine qu’on s’amuse autant ici qu’à Saint-Georges-de-Beauce. Il suffit juste d’être là au bon moment. Et c’est ainsi que se conclut mon épopée fantastique en terre autrichienne et dans la France de nos ancêtres. En terminant, il me reste à vous souhaiter: paix, amour, sexe et rock n’roll pour la nouvelle année qui s’annonce. Je vous la frenche!



 

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Publié le 13 décembre 2010

par Mado Lamotte