HÉLÈNE PARAIRE, auteure de «Le mal qui fait du bien»

bien écrire sur un «mal» nécessaire

Julie Vaillancourt
Commentaires

Il y a une dualité qui «fait du bien» dans le titre du dernier roman de l’auteure Hélène Paraire. L’opposition du bien et du mal, un jeu de mots révélateur d’une orientation sexuelle souvent incomprise, une dichotomie évocatrice de la thématique principale de son livre : la bisexualité. L’auteure revisite le sempiternel triangle amoureux, du point de vue de la bisexualité, sur un ton aigre-doux avec un humour qui ne manque pas de piquant! Discussion avec Hélène Paraire, sur l’écriture du «mal qui fait du bien».

À la veille de son lancement, Hélène se rappelle : «D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours écrit. Lorsque j’étais petite, j’écrivais des poèmes, des histoires que j’inventais. Y’en a qui font du macramé, eh bien, moi, c’est l’écriture!» Elle n’hésite pas à avouer son rêve d’adolescence : «Jeune et naïve, je me voyais dans la petite maison dans la prairie, sauf qu’au lieu d’être prise avec les poules et les cochons, j’aurais juste à m’occuper de mon stylo et de mon cahier. Je me voyais vivre de ma plume». Et vivre de sa plume, c’est une réalité de plus en plus tangible pour l’auteure.

Autrefois enseignante du français langue seconde dans les écoles secondaires de la métropole, un déménagement en milieu rural l’a amenée à reconsidérer ce métier qu’elle exerçait depuis plus d’une décennie. Elle a donc commencé à concrétiser son rêve.

Avec deux romans jeunesse en poche (L’anniversaire de Marilou, en 2009 et Les oreilles de Marilou, en 2010) publiés aux Éditions Belle Feuille et inspirés de la jeune fille de l’auteure, on pourrait croire, à priori, à une transition vers une littérature plus adulte. Or, ce n’est nullement le cas, puisque Le mal qui fait du bien fut écrit bien avant la Collection Marilou, mais avait peine à se trouver un éditeur, confirme l’auteure : «Il s’agissait simplement de trouver l’éditeur qui ne serait pas dérangé par le sujet de la bisexualité! Les maisons d’éditions me donnaient toujours le même type de commentaire, que je qualifierais d’insipide. On disait "bien écrit, vocabulaire riche, mais ne convient pas aux normes de la maison", mais ils ne disent jamais ce que sont leurs fameuses normes et pourquoi ça ne conviens pas! J’étais extrêmement contente lorsque les éditions Guérin ont accepté de publier. C’est certain que ce sont des sujets qui dérangent, mais comme je disais à M.Guérin : "il en faut des gens pour bousculer et brasser les idées préconçues". En 2010, même si la bisexualité n’est pas quelque chose de nouveau, c’est toujours important d’en parler et de la démystifier.» La démystification n’est pas le but premier du livre, comme l’indique Hélène, puisque ça reste un roman, «mais si les gens peuvent s’informer à travers les lectures, en catimini, alors pourquoi pas? D’ailleurs, j’ai écrit dans le livre une phrase du style : on peut aimer la viande ET le poisson. Aimer la viande n’exclut pas que l’on puisse aimer le poisson. Manger de l’un ne me prive pas de manger de l’autre!» Et de préciser l’auteur à travers cette comparaison culinaire : «Si à travers un exemple aussi terre à terre, les gens peuvent comprendre la bisexualité, eh bien, tant mieux!»

D’ailleurs, Hélène Paraire n’hésite pas à employer un langage humoristique et des métaphores colorées qui font nécessairement sourire le lecteur. Dommage que certaines expressions françaises toutes aussi colorées que «faire un caca nerveux» ou «péter un câble» aient dues être remplacées par un vocable plus québécois. Certaines locutions exceptéess, l’auteure souligne l’importance de ne pas se censurer, de ne pas accorder trop d’importance aux commérages de bourgades : « Un moment donné, si on se met à toujours penser à ce que les autres vont penser, on n’écrit jamais rien! C’est certain que des fois c’est plus délicat; avec ma fille, par exemple, qui, en voyant le signet pensait que j’avais écrit un livre porno (rires). Mais bon je l’ai mise en garde, pour éviter les mauvaises langues à l’école. Je sais que mon entourage va me poser des questions, mais que voulez-vous? Je ne me suis jamais cachée, j’ai toujours dit que j’aimais la viande ET le poisson! (rires)»

Celle qui vient de lancer son troisième roman en a présentement un quatrième en route. D’ailleurs, Hélène a tout de l’écrivaine atypique lorsque vient le temps du processus de création. Amatrice de Stephen King et de Pink Floyd, elle écrit la nuit, avec de la musique rock, à fond la caisse : «C’est presque festif! C’est comme un party privé, de nuit, où je suis la seule invitée! Sans blague, il faut que la musique soit forte et que ce soit du rock. Heureusement, je ne vis pas en appartement!»


Le mal qui fait du bien (Collection Guérin Littérature) est disponible en librairie. Hélène Paraire
sera au Salon du Livre de Montréal, le 20 novembre, de 15h à 17h.


 

  Envoyer cet article

HÉLÈNE PARAIRE, auteure de «Le mal qui fait du bien»

bien écrire sur un «mal» nécessaire

À la veille de son lancement, Hélène se rappelle : «D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours (...)

Publié le 16 novembre 2010

par Julie Vaillancourt