Par ici ma sortie

La tempête...

Denis-Daniel Boullé
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Photo prise par © Robert Laliberté

Joël Legendre a été outé dans le Journal de Montréal par un journaliste rendant compte des démêlés judiciaires de l’animateur avec son ex-conjoint et ex-gérant. Une fausse nouvelle puisque nous savions tous que Joël Legendre était dans un placard avec une porte vitrée. Et pourtant, ce dernier n’a vraiment pas apprécié que sa vie privée soit dévoilée, qualifiant même de dégueulasses les intentions du journaliste.

Il n’est pas question d’approuver que l’orientation sexuelle d’une personnalité publique soit dévoilée sans son consentement. Cela étant dit, ce qui mérite réflexion dans ce mini-scandale, ce sont les raisons qui ont motivé l’animateur à adopter un profil bas pendant toutes ces années sur son homosexualité. À ce titre, les explications qu’il a données, lors de l’émission Tout le monde en parle, mettent en lumière un certain nombre de contradictions. Les mêmes qui doivent habiter d’autres personnalités publiques gaies et lesbiennes encore dans le placard.

Même si l’on comprend que la nouvelle l’a profondément affecté, Joël Legendre n’a pas été convaincant dans ses explications lors de son passage à Tout le monde en parle. Certes, nous avons tous nos contradictions, mais elles sont parfois difficiles à concilier. Quand l’animateur dit que son orientation sexuelle relevait de l’intimité et de sa vie privée, on ne peut alors que s’étonner qu’il ait depuis plusieurs années parlé de l’adoption de son fils, et en donnant son prénom Lambert dans différents journaux et magazines (Journal de Québec, Madame, 7 jours). Est-ce que l’adoption était pour lui plus socialement acceptable que le fait de partager sa vie avec un autre homme? De même, si son entourage et les personnes avec qui il travaille étaient au courant, comment explique-t-il alors que cela soit si difficile à
assumer publiquement?

L’animateur souffrirait-il d’une homophobie intériorisée ? Peut-être que oui. Il se félicitait d’avoir reçu des tas de courriels où on lui disait qu’on se foutait avec qui il couchait, faisant sienne une perception dépréciative de l’homosexualité réduite à un simple acte sexuel. Sa relation avec son ex-gérant se réduisait-elle à une succession de parties de jambes en l’air? Je pense que non, mais pas au point d’en être aussi fier pour pouvoir l’afficher au grand jour, comme son fils adoptif.

La seule et unique inquiétude de l’animateur, et il en a parlé, était de savoir si cela allait avoir une répercussion sur sa carrière, entendre qu’il allait peut-être perdre des contrats, ou se voir reléguer à des émissions de moindre importance. Et même les propos rassurants du co-animateur de Tout le monde en parle, Dany Turcotte, ouvertement gai, n’ont pas eu l’air de le rassurer. Au-delà de ce non-événement, de cette tempête dans un verre d’eau, de cette vraie fausse nouvelle, deux constats se font. Le premier est que de plus en plus les personnalités publiques gaies et lesbiennes dans le placard seront dans une situation inconfortable, coincées entre le désir d’être ce qu’elles sont et la peur que la moindre peau de banane sur laquelle elles glisseraient ne dévoile au grand public leur orientation sexuelle. Sans compter toute la réflexion qui les accompagne autour du «Dois-je le dire, dois-je le taire?» face à ceux et à celles qui ont franchi le pas. Des animateurs et des journalistes dans le placard doivent se demander si demain il ne subiront pas le même sort que Joël Legendre. Et si Joël Legendre avait raison quant à de possibles répercussions sur sa carrière. Il est un fait que dans le monde de la télévision les pressions sont peut-être nombreuses de la part des producteurs pour que l’homosexualité d’une vedette montante soit cachée pour ne pas prendre le risque – selon eux – de voir la cote d’écoute d’une émission s’écrouler, même si des exemples éloquents prouvent le contraire. Il suffit de penser au talk-show d’Ellen DeGeneres aux États-Unis. Ou encore, tout récemment, aux déclarations de Portia de Rossi et Ricky Martin en entrevue avec Oprah Winfrey. Prendre la décision de sortir du placard a été une question de survie pour eux qui l’a emporté sur toutes les autres interrogations, même sur celles de leur carrière future.

Reste que même si le journaliste du Journal de Montréal a frappé en-dessous de la ceinture avec cet outing minable, la complainte de Joël Legendre en guise d’explication ne suscitait pas vraiment de compassion. Il avait l’air d’un petit garçon pris les culottes baissées et qui s’excuse… De quoi ? De ne pas être fier de ce qu’il est !

Cette petite crise n’aura été que passagère, puisque la semaine suivante, à l’émission de Christiane Charrette, il ne reprochait plus rien au Journal de Montréal, sinon au journaliste Marc Pigeon. Un revirement que beaucoup ne s’expli-quent pas. D’autres explications sur son désir de rester caché n’ont pas été plus convaincantes, comme sa peur de devoir devenir un porte-parole de la cause gaie, lui qui n’a pas la fibre militante pour cette cause. Dire ce que l’on est n’implique pas automatiquement l’endossement d’une cause.

En résumé, Joël Legendre n’avait aucun problème avec sa famille, ses amis, ses collègues, ses employeurs, son public qui l’a soutenu dans cette épreuve. Il est où alors le problème ? Peut-être seulement dans la tête de Joël Legendre qui s’est rendu compte qu’il s’était excité les poils des jambes pour rien. Ce que l’on appelle une tempête dans un verre d’eau.

 

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La tempête...

Il n’est pas question d’approuver que l’orientation sexuelle d’une personnalité publique soit dévoil (...)

Publié le 16 novembre 2010

par Denis-Daniel Boullé

   
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Anciens commentaires

  • C'est pour que cela que la patience est un gage de sagesse! Aujourd'hui, dans cet ère de rapidité, de twitting et de Facebooking, on n'a plus de recul. Tout ce brouhaha pour rien. Votre analyse M.Boullé, bien plus que tout ce qui s'est écrit depuis la fausse tempête, est la plus pertinente. Il faut toujours attendre quelques jours pour parler d'un "splash" médiatique du genre. Je préciserais également pour les sympatisants des "lock-outés" du JDM que Marc Pigeon est un CADRE de Québécor qui joue au journaliste en ce moment. Une différence importante! Je continue de vous lire avec grand intérêt tous les mois. Vos opinions tranchantes et toujours justifiées sont un vent de fraîcheur devant l'uniformisation de la communauté gaie et lesbienne. Amitié Publié le 18/11/2010
  • Bonjour Denis-Daniel, J'ai un peu peur quand je lis que le problème d'après votre conclusion n'est peut-être que dans la tête de Joël Legendre. J'ai peur que nous-mêmes qui vivons dans un environnement hétéro-sexiste ne nous en rendions plus compte et que cela nous amènes à présenter la peur du dévoilement comme une pathologie personnelle et non comme un résultat triste, grave et naturel des conditions difficiles dans lesquelles nous grandissons et vivons. Publié le 23/11/2010
  • Il a peut-être dit à Christianne Charette qu'il ne voulait pas être porte-parole de la cause gai, mais à tout le monde en parle, il a employé l'expression «propager l'homosexualité»; ce qui selon moi montre une réelle homophobie intériotisée! Ça demande un peu d'aide, mais avec tous les contrats qu'il ne perd pas, il a certainement les moyens de consulter un psy! Publié le 25/11/2010
  • Personnellement, par rapport à mon orientation sexuelle, j'ai adopté l'attitude "si j'en parle pas aux gens à qui ça je ne devrais pas avoir de crainte d'en parler, je me juge et juge l'homosexualité à leur place". C'est vrai! Si on pense qu'une personne va mal réagir, on a probablement plus de préjugés que cette personne-là, car on se permet de penser et juger à sa place! Il faut arrêter d'avoir peur et laisser la chance aux homophobes d'avoir l'air cave, plutôt que de l'être soi-même. Mais ça prend une bonne estime de soi, ce qui n'est pas toujours le cas de tout le monde, gays ou pas. Aussi, c'est pas parce que tu t'affirme que tu dois devenir porte-parole de la cause. Des Jasmin Roy et Dany Turcotte, on en a besoin, mais tout le monde n'a pas envie ou ne doit pas de devenir cela. C'est comme Nathalie Simard qui a fermé sa fondation pour les victimes d'agressions sexuelles... Elle n'avait pas à militer si elle ne se sentait pas à l'aise de le faire. Elle avait bien assez de son terrible secret dévoilé à gérer publiquement. Je la comprends d'avoir fui ensuite. Mais c'était effectivement une mauvaise argumentation de la part de Joël Legendre d'affirmer ne pas vouloir "propager l'homosexualité" en plus que symptôme probable d'un malaise face à son orientation sexuelle. Mais avouons que ça ne doit pas être facile vivre dans le milieu des médias depuis des années et devoir passer de l'ancienne façon de gérer cela à la nouvelle. Plusieurs l'ont fait et ils ont mon admiration. Michaël Giguère Buzzart.co Publié le 16/12/2010