Rencontre

Apprécier le talent local avec DJ K.Nox

Philippe Boivin
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Ma double vie de communicateur/bartender me permet souvent de côtoyer les artisans du nightlife du monde entier. Je ne compte plus les fois où j’ai fait danser la flamme de briquets imaginaires, en balançant les bras de droite à gauche, avec Offer Nissim ou encore recollé les morceaux d’Amanda Lepore arrachés par un de ses coups de hanches audacieux (vous ai-je dit qu’il m’arrive d’en mettre un peu pour donner plus d’impact à mes faits vécus?)! Je ne me laisse donc guère impressionner par n’importe quelle étoile du jet set nocturne, surtout pas celles qui achètent leurs pois verts en réduction au même marché que moi. Question de m’abaisser au niveau de nos vedettes locales, j’ai invité DJ K.Nox à faire ses provisions de gommes dures et de contenants relativement hermétiques dans un populaire magasin à un dollar près de chez moi afin de parler de sa carrière de maître de la console de calibre international.

En effet, K.Nox m’apprend d’entrée de jeu qu’il a déjà joué pour le World Electronic Music Festival devant 12 000 personnes ainsi que dans différentes villes d’Australie et des États-Unis. Le DJ revient d’ailleurs tout juste du Fly à Toronto où il a, à ce qu’on dit, littéralement mis le feu au plancher de danse. Ma surprise est telle que ma main ballottante époussète inconsciemment une employée avec le plumeau multicolore que j’hésite à placer dans mon panier, tout en fixant des yeux le poitrail saillant du joli DJ. En constatant mon air ébahi, K.Nox m’avoue qu’il aimerait changer cette façon de penser qu’entretiennent les Québécois envers le talent local. «Les gens d’ici ont cette tendance à croire que ce qui vient d’ailleurs est nécessairement meilleur. Plusieurs de nos DJs ont un talent immense. Il serait temps qu’on reconnaisse et qu’on encourage les gens de la scène montréalaise», lance-t-il. En analysant l’aspect chimique du sirop de table «made in Turkey» qui s’affaire à accumuler la poussière, j’avoue tout à coup m’ennuyer du bon vieux sirop d’érable du terroir québécois. Peut-être que K.Nox a raison. Peut-être fais-je partie de ce groupe qui croit que le Québec est «né pour un petit pain»…


Décidément, K.Nox a su mettre rapidement un point à cette ligne de pensées réductrices transmises de génération en génération. Après avoir mis sur pieds quelques partys raves à Québec en 2001, le téméraire jeune homme décide de s’autoproclamer DJ pour un de ces rassemblements festifs. «Une semaine avant l’événement, je me suis loué une console pour me familiariser avec cet outil qui me semblait, a priori, plutôt simple. J’ai frappé un méchant nœud devant la complexité de la tâche», s’étonne-t-il encore devant l’insouciance de ses débuts. Résultat: une performance assez chaotique en ce qui a trait à la technique, mais musicalement réussie. La détermination de K.Nox lui a permis de développer, au fil des années, une oreille musicale aiguisée et un sens du rythme exceptionnel.

Un produit peut donc être à la fois local et de qualité!? C’est étonnant à quel point je peux changer de perception rapidement lorsqu’on m’expose une réalité en plein visage. Rempli d’une soudaine confiance en mes racines canadiennes-françaises, je troque cette paire de gants à prix modique pour une pelote de laine et une paire d’aiguilles à tricoter. Je l’aurai, moi aussi, mon produit local et de qualité!

On peut entendre le son house, électro, pop et parfois tribal de K.Nox, entre autres, dans le cadre des soirées TGIF, un vendredi sur deux, au Parking.

 

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En effet, K.Nox m’apprend d’entrée de jeu qu’il a déjà joué pour le World Electronic Music Festival (...)

Publié le 20 octobre 2010

par Philippe Boivin