Être ensemble, sans être ensemble

s’aimer malgré la distance

Philippe Boivin
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Une phrase qui vous semble des plus banales est mal interprétée et, soudainement, rien ne va plus. La conversation s’envenime. Le simple devient compliqué. Votre bonne humeur est mise à rude épreuve. Vous gardez votre calme, vous prenez une bonne respiration, car vous savez que vous énerver ne ferait qu’attiser ce feu qui commence à vous brûler de l’intérieur et qu’empirer cette situation dégénérant malgré vos intentions. Vous apprêtez votre prochaine réplique, vous prenez le soin de mettre une paire de réconfortants gants blancs, vous pesez vos mots pour éviter les maux. Vous formulez alors cette phrase qui fera sans aucun doute oublier ce moment de discorde, selon vous, injustifié. Pas de réponse… «Allô?» Votre interlocuteur se fait étonnamment muet. «T’es là?» Une tonalité brise le silence. La ligne a été coupée. «Sacra**** !» Pas toujours évident de trouver le bonheur dans une relation à distance. Nicolas Nadeau, 43 ans, avoue avoir vécu ce genre de scénario plusieurs fois au cours de sa relation avec son ancien conjoint. «Nous avons été ensemble pendant presque deux ans. Lui vivait à New York et, moi, à Montréal. Nous nous étions rencontrés dans un congrès professionnel. À l’époque, je sortais tout juste d’une relation et je n’étais vraisemblablement pas prêt à me remettre en couple, même si j’avais énormément d’affection pour lui. Mon indépendance a créé de nombreuses frictions durant la première année, particulièrement lorsque nous passions plusieurs semaines sans nous voir. Le doute finissait à tout coup par s’emparer de lui. Il avait de la difficulté à me faire confiance», explique Nicolas. Après un an de fréquentation, le bel Américain, essoufflé par les innombrables allers-retours New York/Montréal et par les conversations téléphoniques monotones, invite Nicolas à aménager chez lui. Nicolas ne peut s’imaginer quitter son emploi qu’il aime, séparé de sa famille et de ses amis, pour tenter d’ajouter la touche finale à son bonheur. Nicolas offre à son tour l’hospitalité, ce que son conjoint accepte avec joie.


«Mon indépendance a créé de nombreuses frictions durant la première année, particulièrement lorsque nous passions plusieurs semaines sans nous voir. Le doute finissait à tout coup par s’emparer de lui. Il avait de la difficulté à me faire confiance.»
Nicolas


Toutefois, même si le Canada semble parfois accueillir à bras ouverts tout détenteur d’explosifs sans éducation, ne travaille pas qui veut au Canada pour une période prolongée. «Les démarches sont longues et complexes. Bref, c’est le gouvernement ! C’est lorsqu’il a été obligé de retourner aux États-Unis que les choses se sont corsées. Les efforts que cette relation exigeait ont drainé mon énergie au point où j’ai finalement décidé de laisser tomber…», confie Nicolas, qui garde espoir de rencontrer un jour quelqu’un qui reste à une distance plus décente.

Éric, il faudrait pâlir le fond de l’image, là où c’est très bleu...

L’histoire d’amour de Louis Lavoie s’oppose littéralement à celle de Nicolas. «J’habitais depuis quelques années avec mon chum à Beauceville. Sa forte personnalité laissait souvent peu de place à ma timidité. Je ressentais comme une espèce de pression incessante», raconte-t-il. C’est lors d’un séjour entre amis dans la ville de Québec que Louis fait la connaissance de Jean-Philippe. Louis développe tout d’abord un lien d’amitié avec le grand blond, une amitié qui ne tardera pas à devenir de plus en plus intense. Amoureux d’un autre homme, Louis passe aux aveux et laisse son conjoint. «Je me suis trouvé une petite maison, toujours à Beauceville. Je ne voulais pas précipiter les choses, car malgré mes sentiments pour Jean-Philippe, j’avais besoin d’enfin respirer», précise le Beauceron de 35 ans. Depuis le début de leur relation en 2008, Louis et Jean-Philippe se voient les fins de semaine et durant les autres congés. Cette situation leur convient parfaitement. «Nous anticipons nos week ends avec excitation. C’est un peu comme vivre une émission des retrouvailles de Claire Lamarche chaque vendredi soir», lance Louis à la blague. Une distance raisonnable peut donc rapprocher? «Les quelques kilomètres qui nous séparent nous permettent en effet de combler à la fois notre besoin de liberté et nos besoins affectifs», confirme Louis. Aucune chance d’apercevoir un camion U-Haul devant la résidence de Louis ou Jean-Philippe de sitôt!

«Nous anticipons nos week-ends avec excitation. C’est un peu comme vivre une émission des retrouvailles de Claire Lamarche chaque vendredi soir»,
Louis


Pour Danielle, 24 ans, il a toujours été hors de question de se lancer dans une relation à distance. Elle croit fermement qu’un couple ne peut s’épanouir que lorsqu’il est uni, mentalement et physiquement. Mais certaines situations sont parfois hors de notre contrôle. «Je suis avec Maria depuis plus de trois ans. L’an dernier, la mère de ma conjointe a été impliquée dans un accident qui l’a laissée paraplégique. Fille unique, Maria a décidé de retourner en Autriche, son pays d’origine, afin de prendre soin de sa mère pour une période indéterminée, ce que j’admire beaucoup», expose Danielle, émue. Depuis maintenant six mois, le couple se voit à l’occasion des trop peu nombreux voyages. Le reste du temps, le téléphone et la caméra Web remplacent les soupers romantiques. «Nous savons toutes les deux que nous serons, tôt ou tard, réunies à nouveau pour reprendre notre belle aventure», confie-t-elle, confiante.

Depuis maintenant six mois, Danielle et Maria
se voient à l’occasion des trop peu nombreux
voyages. Le reste du temps, le téléphone et la caméra Web substituent les soupers romantiques.

«Nous savons toutes les deux que nous serons, tôt ou tard, réunies à nouveau pour reprendre notre belle aventure».
Danielle