image+nation 2010 - du 28 octobre au 7 novembre

L’homosexualité libératrice, rencontre avec Mehdi Ben Attia , réalisateur de Le Fil

Sébastien Thibert
Commentaires
Mehdi Ben Attia signe, avec son film Le Fil (qui sera présenté en clôture du festival image+nation) une histoire d'amour entre gars, en Tunisie. Il a accepté de répondre par courriel à quelques-unes de nos questions... Pourquoi avoir choisi le thème de l’homosexualité?

Je voulais d'abord raconter une histoire d'amour entre gars. C’est un thème qui m’est cher et qui ne me paraît pas avoir été beaucoup traité dans le cinéma arabe en général, et tunisien en particulier. Et quand il l’a été, il ne l’a pas toujours été avec la finesse et la bienveillance requises. Mais je n’ai pas voulu parler de l’homosexualité avec un grand «H», de la situation des homosexuels en général en Tunisie. Si je dois être provocant, je dirais que j’ai voulu en faire une solution pour Malik.



Il y a des scènes d'amour plutôt osées. Faut-il du courage pour filmer un amour homosexuel en Tunisie?

Pas être courageux, je dirais plutôt imprudent! Pourtant, des scènes d'amour, on en voit tous les jours. Alors, pour-quoi, lorsqu'on filme dans un contexte arabo-musulman, devrait-on s'interdire ce que tout le monde s'autorise? 

A-t-il été difficile de trouver des acteurs pour interpréter les deux rôles principaux?

Et comment! Pour interpréter Bilal, Salim Kechiouche, que je connaissais, a eu des hésitations. Pas sur le fait de jouer des scènes d’amour, mais parce qu’il avait déjà joué des rôles gais et qu’il se demandait en quoi le rôle de Bilal se distinguerait de ceux qu’il avait joués. On en a parlé et on a trouvé un travail d’acteur qui serait différent. Pour Malik (Antonin Stahly-Vishwanadan), ça a vraiment été très difficile. Les comédiens que je voyais avaient en général très peur du rôle. En particulier, de la première scène de sexe, une scène assez crue. Même si on ne leur demandait pas réellement de faire l’amour, mais de faire en sorte qu’on y croie! (rires) 



J’ai lu dans Têtu que Claudia Cardinale, qui tient l'un des rôles principaux, considère que ce film porte sur la liberté...

Malik, le personnage central, a des habitudes de liberté qu'il a acquises en Europe. La question du film, c'est : «Que va-t-il en faire en Tunisie?» Il s'interroge. Il a peur de devoir renoncer à sa liberté, notamment sexuelle, en rentrant au pays, mais va finalement trouver le chemin vers l'accomplissement individuel. J'ai choisi de faire évoluer deux personnages qui exercent leur liberté, indépendamment d'un contexte politique, sans faire de mal à personne. 

Le film devient bien plus léger lorsque Sara, la mère de Malik, interprétée par Claudia Cardinale, découvre l’homosexualité de son fils…

C’était l’intention. Je pouvais faire une fiction, soit sur la dénonciation, soit sur la libération. Je me suis clairement positionné du côté de la libération. Avec la dénonciation, on aurait travaillé sur la culpabilité des personnages, le côté punitif de la société... Je ne voulais pas donner la parole à l’homophobie, ou presque pas. Je voulais plutôt trouver le chemin du bonheur pour mes personnages. 



N’y a-t-il pas un risque de nier l’importance de l’homophobie?

J’ai l’impression que les gens savent parfaitement ce que c'est que l’homophobie, et ça ne m’intéressait pas de la représenter. Je trouve qu’il était beaucoup plus subversif de montrer le bonheur que de montrer l’entrave. Alors oui, il y a le risque qu’on se dise que c’est bien joli, mais que, dans la vie, ce n’est pas comme ça… Pour moi, cette idéa-lisation est une sorte d’acte politique.  




Le FIL sera
présenté le dimanche 7 novembre, à 21h, au Théâtre Hall Concordia
Hall Building, 1455 De Maisonneuve Ouest.