Par ici ma sortie

À la recherche de la virilité perdue

Denis-Daniel Boullé
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Photo prise par © Robert Laliberté

En guise de préliminaire, je précise qu’il fallait lire Le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir et non pas Le Deuxième siècle, dans ma chronique du mois dernier; les lecteurs auront rectifié d’eux-mêmes dans la version papier. Urgence, inattention, inconscient, toutes les tentatives d’explication sont les bienvenues.

Je n’ai pas envie d’être sérieux après tous les commentaires que j’ai reçus concernant ma dernière chronique, et pas seulement pour l’erreur dans un titre cité.

Je n’ai pas envie d’être sérieux puisque certains gais gars, ou gars gais, se sont sentis piqués par mes propos sur la virilité au point de partir à la défense des gars hétérosexuels. Des gars perdus de nos jours à cause de lesbiennes féministes et radicales avançant paire de ciseaux en main pour les castrer. Castration symbolique. Eh oui! quand le pouvoir est remis en question, les détenteurs peuvent effectivement se sentir menacés.

Je n’ai pas envie d’être sérieux parce que je ne comprends toujours pas en quoi c’est si effrayant de ne pas corres-pondre à l’image sociale imposée pour un homme, surtout quand on est gai. Un lecteur me dit qu’il ne supporte pas les gars efféminés parce que, selon lui, ils confortent les préjugés sur les gais. Et moi, je n’aime pas les gars machos et trop musclés parce qu’ils confortent les préjugés sur les hommes hétéros, qui ne pensent qu’avec leurs muscles ou leur queue.

Je n’ai pas envie d’être sérieux puisque dans cette course effrénée à paraître viril, masculin, homme, personne n’ose se poser les questions suivantes:

- Pourquoi cette virilité ne nous est pas donnée dans le package à la naissance, avec le bon sexe?
- Pourquoi cela doit-il passer par des années d’apprentissage et de comparaison avec ses pairs, pour savoir si on est un peu plus homme que Jean, ou un peu moins que Pierre?
- Si j’ai les signes extérieurs de la virilité, les muscles, la barbe, la voix grave, des gestes étudiés, et si je vide ma bière en levant haut le coude et en l’écartant de mon corps, serais-je plus viril à l’intérieur de moi?
- Si mes voisins ne se rendent plus compte que je suis gai parce que je n’en ai plus l’air, est-ce que je pourrai crier victoire?
- Est-ce que je dois passer ma vie à m’inscrire dans le regard des autres ou plutôt à chercher comment être le mieux avec moi-même? Sans me contraindre à me conformer?

Une petite pilule de testostérone avec ça?

Je n’ai pas envie d’être sérieux parce que l’exclusion et le rejet se pointent toujours derrière ces discours. Rejet de ceux et celles qui ne se fondent pas dans la norme, qui ne s’inscrivent pas, pour des milliers de raisons, dans ce rapport binaire homme/femme, homo/hétéro, féminité/masculinité. Et il serait dommage que les gais créent leur propre catégorie de parias. Et il serait dommage que les gais, dont les combats ont été souvent menés en parallèle avec celui des femmes, aient perdu tout sens critique par rapport aux normes sociales imposées, ou pire se mettent à les défendre.

 

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À la recherche de la virilité perdue

Je n’ai pas envie d’être sérieux après tous les commentaires que j’ai reçus concernant ma dernière c (...)

Publié le 18 octobre 2010

par Denis-Daniel Boullé

   
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Anciens commentaires

  • Contrairement à plusieurs qui ne semblent pas être d'accord avec vos propos au sujet du « cadre de l'homme », moi, je le suis. Cette réaction à cette chronique est peut-être inutile, voire même futile, mais enfin, quelqu'un pense comme moi ! Je n'ai jamais été dans le fameux moule de l'homme viril avec tous les éléments qui s'y rattachent et je me suis rendu compte que je n'entrerai jamais dedans. Et je suis tout aussi homme que les autres. Le conformisme m'énerve plus que tout et ça fait du bien de voir quelqu'un qui pense comme moi à ce sujet (et qui ose le dire). En vous remerciant grandement et sincèrement. Publié le 30/10/2010