Homophobie et suicide en milieu scolaire...

Des ados gais poussés au suicide

Chantal Cyr
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Victimes de harcèlement de la part de leurs camarades, plusieurs jeunes homosexuels se sont donné la mort depuis le début de l’année scolaire. Une tragédie qui émeut tout le pays. Seth Walsh était en classe de sixième lorsque, un beau jour, il est allé voir sa mère et lui a dit qu'il avait quelque chose à lui avouer. «J'étais en train de plier des vêtements», raconte Wendy Walsh. «Il m'a dit : 'Maman, je suis gai'. Je lui ai répondu que je l'aimais quoi qu'il fasse." Mais, le mois dernier, Seth s'est rendu dans le jardin à l'arrière de la maison, et il s'est pendu. Il ne supportait plus les moqueries, les brimades et les mauvais traitements que lui infligeaient les autres élèves. Il est mort après un peu plus d'une semaine sous respirateur artificiel. Il avait 13 ans.

Le cas de Tyler Clementi, l'étudiant en première année à l'université Rutgers, dans le New Jersey, qui, le 22 septembre, s'est jeté du haut d’un pont après la diffusion sur Internet de vidéos filmées à son insu le montrant en plein ébat avec un autre homme, a suscité une grande émotion. Mais ce n'est que l'un des nombreux suicides commis ces dernières semaines par des jeunes homosexuels qui avaient été harcelés par leurs camarades de classe en personne ou sur Internet.

La liste inclut Billy Lucas, un garçon de 15 ans originaire de Greensburg, dans l'Indiana, qui s'est pendu le 9 septembre à cause du flot constant de blagues déplacées qu'il subissait à l'école. Moins de deux semaines plus tard, Asher Brown, un adolescent de 15 ans qui habitait la banlieue de Houston, s'est tué le 28 septembre avec une arme à feu après avoir révélé son homosexualité. Selon le Houston Chronicle, il avait lui aussi été accablé d'injures dans son école secondaire. Ses proches estiment que les responsables de l'établissement n’ont pas pris les mesures requises en dépit de leurs plaintes répétées – des accusations que l'école rejette.

Ces morts ont déclenché des réactions passionnées – et parfois violentes – parmi les militants de la pleine égalité pour les gais et lesbiennes ; is ont également interpellé les autorités fédérales, dont la secrétaire à l'Éducation, Arne Duncan, qui a qualifié les suicides de «tragédies inutiles» dues au «traumatisme provoqué par le harcèlement». «Nous – parents, enseignants, étudiants, élus, et toutes les personnes de conscience – devons nous lever tous ensemble pour combattre l'intolérance sous toutes ses formes», a-t-il déclaré.

Le phénomène du suicide des adolescents gais inquiète depuis longtemps déjà aux États-Unis, tout comme au Québec, mais les experts affirment que la pression peut être beaucoup plus importante dans les zones rurales, où l'absence de structures de soutien aux homosexuels – ou même de personnes assumant ouvertement leur homosexualité – peut rendre le sentiment d'isolement insupportable. En ce qui concerne le cas de Tyler Clementi, le ministère public du New Jersey a inculpé deux étudiants en première année à Rutgers pour atteinte à la vie privée et considère ce décès comme un crime homophobe. À Cypress, Texas, une enquête a été ouverte sur les causes qui ont poussé Asher Brown à mettre fin à ses jours.

Dan Savage, militant homosexuel et auteur d'une chronique «sexualité» publié chaque semaine dans plus d’une centaine de quotidiens et d’hebdomadaires américains s’est dit particulièrement en colère contre «le discours antigay» de certains leaders religieux. «Le problème est que les jeuness entendent ces discours, explique-t-il, puis ils vont à l'école et apprennent qu'un élève est homosexuel. Comment vont-ils alors traiter cet ado gai qui, d'après ce qu'on leur a dit, essaie de détruire leur famille ? Ils vont le malmener.»

À la fin du mois de septembre, Dan Savage a lancé sur YouTube une campagne vidéo baptisée «It gets better» [ça va mieux après] où des adultes homosexuels racontent le harcèlement qu'ils ont subi lorsqu'ils étaient adolescents. Dans l'un de ces films, un homme nommé Cyrus parle de ce qu'il a vécu en tant qu'ado n'osant pas avouer son homosexualité dans une petite ville du nord de l'État de New York. «Ce que je veux surtout dire ici, c'est que ma vie est complètement différente aujourd'hui ; elle est fantastique et je suis en général très heureux», déclare-t-il.

Selon sa directrice Glennda Testone, le Lesbian, Gay, Bisexual & Transgender Community Center de New York s'occupe chaque jour d'une cinquantaine de jeunes victimes «de brimades, de harcèlement et même de violences».

À Fresno, dans la Central Valley – un bastion conservateur de l'État de Californie –, des organisations comme Equality California tentent d'ouvrir des centres d'aide aux homosexuels, notamment après le scrutin de 2008, où les électeurs californiens ont approuvé par référendum la proposition 8, qui interdit le mariage entre personnes du même sexe dans cet État.

Un peu plus au sud, à Tehachapi, dans le comté de Kern, plus de 500 personnes ont assisté récemment à une cérémonie à la mémoire de Seth Walsh. Dans l'assistance se trouvait Jamie Elaine Phillips, qui était une camarade de classe et une amie de Seth. Selon elle, il savait depuis longtemps qu'il était gai et il était la cible de moqueries depuis des années. «Mais les choses ont empiré cette année», raconte-t-elle. «Les gens lui disaient des choses comme : 'Tu devrais te tuer', 'Dégage d'ici', 'Tu es gai, on n'en a rien à faire de toi'.»

Le directeur de l'administration scolaire locale, Richard L. Swanson, affirme que les personnels enseignants organisaient des réunions trimestrielles sur le comportement et parlaient de tolérance en classe, et qu'il y avait «une procédure disciplinaire spécifique pour punir le harcèlement». «Mais toutes ces choses n'ont pas empêché la mort tragique de Seth», déclare-t-il dans un email. «Elles ne pouvaient peut-être pas le faire.»