COLETTE BAZINET

Trabouler, un premier roman inspiré

Julie Vaillancourt
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À 54 ans, Colette Bazinet n’a jamais pensé qu’elle se destinerait un jour à la fiction. Celle qui a fait des études en sciences religieuses, en enseignement moral et religieux, puis une maîtrise en sociologie, avec concentration en études féministes, a tour à tour occupé des emplois dans la fonction publique, dans l’enseignement et dans le communautaire, tout en écrivant divers essais et théories. L’écriture se pratiquait sporadiquement, jusqu’au jour où elle décida de prendre une année sabbatique, afin de se donner le temps de terminer son premier roman. Discussion sur l’écriture et la religion avec l’auteure de Trabouler.

Soulignant d’emblée sa fierté d’être aujourd’hui «grand-mère lesbienne», Colette se rappelle cette rencontre avec l’écriture romanesque qui remonte à sa première peine d’amour avec une femme: «Ça m’a pris 4 ans à m’en remettre; j’avais essayé de régler ma peine par le biais de l’écriture, et ç’a donné une première tentative de roman, mais c’est affreux…c’est dans mes tiroirs et ça n’en sortira pas! (rires) J’ai aussi participé à divers concours de nouvelles [deuxième prix Altern’Art 2009, pour son texte Canicule], écrit des articles pour la revue Treize, le travail et les études». Passer de l’écrit académique à la fiction, (avec Trabouler) n’a pas été particulièrement ardu, confirme Colette: «Au niveau du vocabulaire, il m’arrivait parfois d’avoir l’écriture style communiqué, alors je devais m’ajuster. Mais à un moment l’histoire prend le dessus. Dans la fiction tu tombes dans un cadre de liberté extraordinaire.» Parlant de liberté, l’auteur raconte que c’est à bord de son voilier, lors d’un voyage solitaire, que l’écriture de Trabouler a pris forme: «Les deux [voyage et roman] n’étaient pas au programme dans ma vie. J’étais une fille qui avait le mal des transports avant… (Rires) À l’été 2005, j’étais dans mon bateau, c’était la période où le Piano Man, [un «amnésique» retrouvé inconscient sur une plage d’Angleterre] avait fait les manchettes en même temps qu’un autre amnésique retrouvé à Saint-Michel de Bellechasse. Aussi, plus ça allait, moins je me sentais à l’aise d’écrire un essai et la fiction a pris le dessus. Évidemment, Trabouler part d’un questionnement personnel [nourri par sa communication Jalons bibliques pour une sexualité plurielle]…J’ai étudié en sciences religieuses, mais je ne suis pas une théologienne, ni une spécialiste de la Bible! Je suis une personne qui s’est posé des questions et qui cherchait des réponses…J’ai aussi eu ma période «Jesus Freak»…à la fin des années 70!» (Rires)



Trabouler possède plusieurs références bibliques insérées volontairement par l’auteure, qui n’hésite pas à partager son point de vue sur la religion : « Quand j’ai écrit mon roman, une des idées de fond que j’avais c’est que l’on a baigné et que l’on baigne dans la culture chrétienne, que l’on y croit ou non. On l’a comme héritage. C’est tabou, mais c’est là. Même vis-à-vis des gens qui n’y croient pas et qui s’en dissocient, il y a toujours de la culpabilité, un malaise, qui provient de cet héritage. J’avais le goût, avec Trabouler, d’ouvrir des portes, de toucher à des histoires que l’on croit immuables. Le problème, c’est que l’on raconte la religion comme si ça n’avait jamais bougé, d’un point de vue précis à une époque donnée. J’ai appris récemment à GRIS-Québec que les mariages gais et lesbiens étaient autrefois bénis dans l’Église catholique au 11e siècle. Mais après la grande peste, on met les femmes à la reproduction, et c’est le mariage hétérosexuel qui devient la seule possibilité…» Cela dit, Trabouler n’est pas un roman pamphlétaire, précise Colette: «C’est l’histoire d’une amnésique qui cherche son identité et la religion va se mêler à ça. Il y a aussi la spiritualité, la Bible, la femme, les déesses, le lesbianisme, la bisexualité, etc. Trabouler, c’est passer au travers de l’amnésie elle-même, de l’endoctrinement reçu, des deuils. C’est trouver des chemins, des passages inattendus. Comme les traboules de Lyon qui sont finalement des cours intérieures qui débouchent sur différentes rues. C’est l’idée de chemins méconnus ou inconnus, qui sont surprenants.» Afin de se donner le temps «d’écrire ces chemins qui mènent vers l’ailleurs», l’auteure a eu recours à un procédé original: se récompenser par un bonhomme sourire sur le calendrier à chaque fois qu’une heure d’écriture était achevée. Bref, s’accorder du temps et s’en féliciter. «C’est important de se donner des moyens concrets d’aller vers nos rêves, de ne pas les craindre», précise Colette. «Récemment, j’ai pris conscience que la vie est un acte inachevé et j’ai cessé de vivre dans l’urgence…Nous sommes dans une société de performance, et ça aussi, c’est une religion!»


Pour plus d’informations et pour vous procurer Trabouler, consultez le site web de l’auteure : www.colettebazinet.com

 

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COLETTE BAZINET

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Publié le 21 septembre 2010

par Julie Vaillancourt