Mado Voyage

San Francisco Blues

Mado Lamotte
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Photo prise par © Robert Laliberté

Pour oublier la canicule de ce beau mois de juillet et pour agrémenter votre lecture de bécosse au camping Plein Bois, laissez-moi vous raconter mon dernier voyage à la gay pride de San Francisco. «Ah non, pas une autre histoire qui se passe à San Francisco! Ça fait combien de fois qu’elle y va la chienne?» Du calme mes chéris, certains dilapident leur fortune en Ipad et autres gadgets à la mode alors que moi, je préfère de loin investir dans la découverte du monde. Bon, j’avoue que cette fois-ci, je suis partie en territoire vingt fois conquis, mais que voulez-vous, San Francisco, c’est un peu mon chalet à la ville. Certains s’évadent le temps d’un week-end dans les Cantons de l’Est ou à Québec; moi, quand j’ai 4 jours de break, c’est souvent à San Francisco que je fuis les rumeurs de la ville.

Oui je sais, San Francisco n’a rien du coin de campagne où il fait bon siroter un cocktail à l’ombre des bouleaux, les pieds pendants au bout du quai, mais disons que cette fois-ci, j’avais une bonne raison de retourner gravir les rues en pente de la ville la plus gaie du monde. Car voyez-vous, de toutes les fois où j’y suis allée, je n’avais jamais vécu, à ce jour, la folie d’un Gay Pride dans la ville même où ce cher Harvey Milk, alléluia, a fait avancer d’un pas-de-géant les droits des gais et lesbiennes de ce monde. Mais est-ce que la ville mythique exerce encore autant de charme qu’aux premiers jours où j’ai foulé le sol de ce paradis de la fifure? Oui, oui et encore oui!

Quel bonheur de retrouver les folles du Castro, les vieux hippies du Haight-Ashbury, les machos italiens de North Beach, les Hello Kitty du Chinatown, les beaux Latinos (grrrr) et les gros burritos (miam miam) du quartier Mission, les backrooms des bars du SOMA, les itinérants du centre-ville (tiens, on se sent chez nous ici), les drag queens de TrannyShack et les otaries du Fisherman’s Wharf. Et comme je n’étais pas seule, j’étais accompagnée de mes chums de femmes Velma et Stacy, je m’en suis donné à cœur joie à jouer la guide touristique en pointant du doigt la Transame-rica Pyramid, le fameux Golden Gate, le brouillard qui descend sur Twin Peaks, le tramway de la rue Powell, la Lombard Street et les toilettes publiques où j’ai perdu (cent fois) ma virginité! J’vous mens pas mes enfants, j’avais l’air d’une petite fille toute excitée de retrouver son carré de sable au parc à la fin de l’année scolaire.

Et quelle ne fut pas ma surprise de constater que le coût de la vie était redescendu à un niveau beaucoup plus décent que la dernière fois, où il en coûtait presque 15$ pour un sandwich sur la terrasse du Café Flore. Récession oblige, oh qu’ils sont encore dedans par-dessus la tête les Américains, toute la ville était en vente de fin de saison. Pas besoin de vous dire que Stacy, l’acheteuse compulsive, a mouillé sa culotte plutôt deux fois qu’une à chaque fois qu’on passait devant une boutique qui affichait 50% OFF dans sa vitrine! C’est ben pour dire, même le café Starbucks est moins cher que chez nous! Et les drinks à 4 fois la teneur en alcool des nôtres coûtent moins que 5$, la ride d’autobus ou de métro est encore 2$ et même les saunas sont à la moitié du prix de chez nous. Mais cassez pas votre bail tout de suite pour aller vous installer là-bas mes touts p’tits, parce que si y’a une chose qui n’a pas diminué, c’est le prix des appartements. Je dirais même qu’il a encore augmenté depuis l’époque où je vivais là et qu’il m’en coûtait 500$ pour un garde-robe, parce qu’un studio à 1500$ pas chauffé ni éclairé dans le quartier le plus pauvre de la ville, je ne dirais pas que c’est un prix de récession.

Mais assez parlé de la ville, Mado, on veut savoir si c’est vrai que la Gay Pride de San Francisco est la meilleure au monde? Heu, ça dépend ce que vous entendez par meilleur. 500 000 personnes alignées le long de la rue Market pour regarder passer une parade de groupes communautaires et quelques chars plus ou moins décoré,s est-ce que c’est hot? Oui parce que contrairement à chez nous et à bien des endroits dans le monde (à part Sydney), où le party semble se passer uniquement sur les chars allégoriques, à San Francisco, le party, c’est sur le bord de la rue qu’il se passe. Et ça, j’avoue que c’est cool en tabaslak. Et je ne vous parle même pas des milliers de personnes qui se déguisent pour l’événement. Il y avait beaucoup de boas, de perruques, de paillettes, de chapeaux de clown et de visages maquillés. J’ai même croisé une grosse Wonderwoman, un bozo qui promenait une poule en laisse, un couple de grand-mères lesbiennes habillées en cuir et une drag queen naine. Et du vieux bonhomme tout nu la graine à l’air, en veux-tu, y’en avait! (Et y’a pas un média qui en a fait ses frais, comme c’est le cas chez nous quand on ose montrer une paire de fesses).

Mais c’est là que mon admiration pour la folie des habitants de San Francisco s’arrête. Parce que la gay pride, c’est aussi une méga fête sur la place de l’Hôtel de Ville (quand même cool, le maire) alors que se dresse une scène où défilent des dizaines de talents locaux en plus d’artistes de renommée internationale. Cette année, pour fêter les 40 ans du Gay Pride, les organisateurs ont eu la bonne (ou mauvaise) idée d’inviter les Backstreet Boys. Cherchez pas le rapport. Et que pensez-vous que ça attire, comme public, un groupe de has been des années 90? Des jeunes gais nostalgiques? Des matantes qui bandent sur les jeunes? Essayez plutôt des milliers de petites filles en délire accompagnées de papa, maman, mononcle Gérard et matante Thérèse qui regardent la foule gaie avec des yeux de touristes de zoo! Si ça n’avait été que ça, j’aurais passé outre, mais quand est venu le temps de chercher un endroit pour danser et de me perdre dans une mer de totons poilus, c’est avec grand regret que j’ai constaté qu’une fois la caravane passée le party s’est transformé en gigantesque foire commerciale où les kiosques de mille et un cossins à vendre, et les comptoirs de grillades su’l BBQ sont la majeure attraction de cettr Gay Pride à saveur mercantile. Et je ne compte plus le nombre de kiosques qui n’avaient absolument rien à voir, de près ou de loin, avec la communauté gaie. Des exemples? À côté des habituelles babioles aux couleurs de l’arc-en-ciel, des articles de cuir et des DVD porno, j’ai vu de mes yeux vu un vendeur de tapis gazon, un p’tit comique qui interpelait la foule d’un «You Want to Snif my Candle?» pour essayer de vendre ses chandelles parfumées, un représentant d’un produit contre l’eczéma, des témoins de Jéhovah gais!!!, des conseillers en mariage, des comptoirs de lunettes fumées, de jeans, de bijoux en coquilles d’huîtres, de draps (!!!), de lits à chiens, de tuques et mitaines tricotées sur place (en plein été, bâtard!), de capines juives arc-en-ciel, de café à la guarana (j’vous dis pas la chiasse après ça!) et de thé japonais à 89$ la boîte! Par dessus tout ça, il y avait une zone fétichisme, une zone nudiste, une zone végétarienne, des démonstrations de cheerleaders, des lesbiennes hip hop, de la danse country sur de la musique house (??), des kiosques de jeux d’adresses, des mascottes de postes de radio et une grosse tente Toyota.

Ah oui, j’oubliais, on pouvait aussi se faire photographier avec des stars pornos, des Charlie’s Angels latinos, des drags queens laides, laides, laides, des modèles de calendrier Bears, on pouvait se faire prédire son avenir, se faire tatouer au henné, obtenir un piercing en direct, discuter avec un psychologue, recevoir un massage, donner du sperme,
ouvrir un compte de banque, faire un tour de chaise roulante électrique (mon rêve enfin réalisé), adhérer à un parti politique et se faire fouetter pour 5$.

J’en oublie, c’est certain, mais je pense que vous comprenez le concept! Pas besoin de vous dire qu’on a crissé notre camp de là en moins de temps que ça prend à une boulimique pour passer à travers un sac de Doritos format familial! Et c’est là que notre vraie gay pride a commencé. Pas besoin de vous raconter la suite, vous vous doutez que je n’ai pas perdu mon temps à compter les craques dans le trottoir! On a fini la journée dans le SOMA (le quartier des bars de gars!!) à faire tout ce qu’il y a de plus gai dans une gay pride, c’est-à-dire boire, danser, rire, bitcher, frencher et s’amuser comme les folles que nous sommes fières d’être! Pas besoin de psy, de témoins de Jéhovah ni de vendeur de chandelles pot-pourri pour comprendre ça!


J’adore : Aphrodite, le nouveau CD de Kylie Minogue

J’abhorre : Justin Biber. Les ados qui chantent, chu pas capable.


 

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Oui je sais, San Francisco n’a rien du coin de campagne où il fait bon siroter un cocktail à l’ombre (...)

Publié le 26 juillet 2010

par Mado Lamotte