Il y toujours mieux à faire…

Steve Foster
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C’est vrai, il y a tant de choses qui nous semblent plus intéressantes et que l’on peut faire au lieu de participer ou d’assister au défilé de la Fierté. Nous aurions davantage de plaisir à boire une sangria sur une terrasse. Nous serions assurément plus heureux à faire la toast sur une plage. Nous serions certes plus contents de cuisiner un bon plat ou encore d’aller au cinéma revoir Avatar en 3-D pour une enième fois. Bref, il y aurait toujours mieux à faire, et je suis con-vaincu que vous avez de nombreuses idées à cet égard, sauf que… Encore cette année, les nouvelles LGBT dans le monde nous donnent raison de défiler. Ce n’est certes pas un hasard que les Célébrations de la Fierté Montréal ont choisi un gai et une transsexuelle, fondateurs du « Gay Pride » de la Lettonie, à la coprésidence d’honneur de notre événement. Et que dire, ici au Canada, où plusieurs actions du gouvernement conservateur indiquent que notre reconnaissance sociale est vraiment, vraiment, mais vraiment loin d’être acquise. D’ailleurs, le CQGL n’est jamais autant intervenu dans les dossiers LGBT sur la scène canadienne qu’au cours de la dernière année. Pourtant, notre mandat est provincial, c’est donc dire que ça ne tourne vraiment pas rond du côté d’Ottawa.

C’est pourquoi, et malgré ce que l’on en dit, le défilé est toujours tout aussi pertinent. Et je vais vous faire grâce des milles et une raison que je pourrais vous citer pour justifier que l’on prenne une demi-journée de notre année pour regarder ou participer à notre «Fierté». (je vous convie à lire ma chronique de l’an dernier, Défiler ou se défiler, sur le site web de Fugues).

Certes, il y aura encore des contingents plus que festifs. Et oui, il y aura toujours des drags queens. Et oui, il y aura surement quelques paires de fesses et de seins. Et oui, il y aura de nombreuses plumes et paillettes. En fait, nous y retrouverons ce que la grande majorité des journalistes, blogueurs, éditorialistes et chroniqueurs s’empresse de montrer année après année, soit une réduction de ce qu’est le défilé à une image caricaturale de notre communauté.

Pourtant quand nous y regardons de plus près, le défilé, c’est bien plus que ça. C’est une multitude de personnes habillées. Un nombre de contingents avec un contenu politique tel que celui du CQGL de l’an dernier, au sein duquel habillé de noir de la tête au pied, le bâillon sur la bouche, nous transportions des tombes et des prisons sur lesquelles étaient inscrits les noms de pays où les personnes LGBT étaient passibles de peine de mort ou d’emprisonnement. Donc oui, il y avait du contenu aussi dans notre parade et nous n’étions pas les seuls à dénoncer des violations des droits humains. Mais qui en a entendu parler?
Le défilé, c’est aussi, et surtout, des centaines de personnes gaies, lesbiennes, bisexuelles et trans qui marchent simple- ment et fièrement. Bénévoles de groupes LGBT ou alliés, jeunes ou aînées, musclées ou maniérées, minces ou en chair, céliba-taires ou homoparentales, fonctionnaires ou professionnelles, séronégatives ou séropositives, etc. Ces gens sont l’image de nos communautés, diversifiées et humaines.
Certains parmi eux marchent pour témoigner de leur histoire, de leurs luttes, de leurs sacrifices, de leur dépassement, de leur courage. D’autres, pour leur part, marchent dans leur premier défilé en guise de coming out et pour ne plus avoir honte. Puis il y a les militantes et les militants à qui nous devons l’avancée de nos droits juridiques et une certaine reconnaissance sociale, qui marche encore et toujours.

C’est vrai, on peut continuer à dire et à penser que la parade n’est faite que que d’exhibitionnistes en cuir, à paillettes, à plumes ou à moitié nus, mais cela ne changera rien au fait qu’avant tout, le défilé c’est des individus qui participent pour une multitude de raisons sous différentes formes d’expression, et qu’ensemble, ils permettent d’affirmer notre existence et notre contribution à la société. De par leur présence, ils posent un acte politique et social important pour chacune et chacun d’entre nous.

C’est pourquoi je me réjouis de la thématique artistique du défilé de cette année, «Super-Héros», car elle leur va à merveille. Elles et ils sont toutes et tous des «Super-Héros», chacun à leur façon, de par leur contribution à changer le mon-de, le mien et, par la même occasion, le vôtre aussi. Je dédie donc cette chronique à toutes ces personnes qui participeront au défilé ou qui viendront y assister. Le 15 août prochain, il n’y a rien de mieux à faire que de nous célébrer dans toute notre diversité.

Steve Foster
Président-directeur général du Conseil québécois
des gais et lesbiennes www.cqgl.ca