Passeport lesbien : être les «ailes» et la voix du voyage lesbien

Julie Vaillancourt
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Si voyager pour gagner sa vie comporte éventuellement ses inconvénients, les «primes» sont forcément plus séduisantes que les quelques milles de récompense air miles accumulés. D’autant plus lorsque vos voyages vous mènent à la rencontre de lesbiennes à travers le monde! Tel est le cas de Tanya Churchmuch qui, au fil des ans, est devenue la porte-parole par excellence du voyage lesbien.

Si Tanya a d’abord commencé à faire la pluie et le beau temps comme Miss Météo au Weather Network à Toronto, la journaliste de formation a par la suite exercé son métier chez Global Television pendant plus de 9 ans. Chargée des relations médias de l’Université Concordia pendant quelques années, elle a finalement intégré, l’année dernière, l’équipe de Tourisme Montréal, en tant que gestionnaire de la représentation et des relations de presse internationales avec connaissance du marché gai et lesbien: «J’accueille des médias internationaux et représente Montréal et tout ce qui touche le marché gai et lesbien fait partie de mes dossiers.» Cela dit, faire découvrir la ville aux médias internationaux n’est qu’un aspect du travail de Tanya, qui voyage en moyenne une quinzaine de fois par année dans diverses destinations internationales! Emploi de rêve, dites-vous? Cela dit, Tanya a vécu dans ses valises bien avant son entrée à Tourisme Montréal. Outre les piges journalistiques et articles de voyages pour diverses publications, Tanya a créé, il y a deux ans et demi, le site de voyage Girlports s’adressant aux lesbiennes: «Lorsqu’elles voyagent dans d’autres villes, elles veulent savoir ce qui se passe dans les autres communau-tés lesbiennes. Puisqu’il n’existait pas de ressources fiables sur le web, j’ai décidé de créer mon propre site. En plus, j’aime voyager et je suis journaliste, alors pourquoi ne pas faire un site web de voyage moi-même? » Ainsi, Girlports s’adresse aux lesbiennes et bisexuelles désirant planifier un voyage et obtenir des informations sur diverses destinations internationales, en proposant non seulement des institutions et res-sources «lesbian friendly» (hôtels, bars, restaurants), mais aussi des informations historiques sur les villes et leur communauté LGBT. Le site recense aussi tous les événements lesbiens internationaux. Comme le sou-ligne Tanya: «Le problème avec beaucoup de sites web, non seulement dans le marché gai et lesbien mais sur le web tout court, c’est que les efforts sont minimes, avec quelque chose d’esthétiquement peu intéressant… J’ai travaillé avec une compagnie de sites web, car je voulais que mon site soit professionnel à tous les niveaux: journalistique, programmation, design, esthétique, etc. Dès le départ, les gens m’ont vue comme une personne sérieuse, ce qui a fait en sorte que je suis un peu devenue la porte-parole du voyage lesbien dans le monde! »


Ainsi, Tanya se prête au jeu et voyage à plusieurs moments de l’année afin d’offrir des conférences dans divers congrès de tourisme: à Las Vegas, le mois dernier, et récemment de retour de Sao Paulo au Brésil, elle sera en Belgique, à Anvers, le mois prochain. «Personne n’avait pris l’avance d’être la porte-parole, et comme j’ai toujours été ouvertement lesbienne, je trouvais que c’était important que l’on prenne notre place, alors je me suis présentée!» Et avec plus que des Air Miles en prime, Tanya réitère l’importance de visiter les destinations afin d’offrir de l’information de qualité: « Je voyage beaucoup avec mon emploi à Tourisme Montréal, mais avant d’ajouter une nouvelle destination sur Girlports, je la visite personnellement. Je visite les bars, les restos, je discute avec les gens, rencontre la communauté lesbienne locale. Avant de publier mes articles, je les envoie aux femmes que j’ai rencontrées et qui habitent la destination, afin de vérifier que c’est représentatif. Et je reste aussi en contact avec elles, afin de connaître les changements, les fermetures, les nouvelles tendances, etc.» Et si l’emploi paraît idyllique, les défis sont tout de même importants, confirme Tanya: «Il faut trouver ces choses cachées (du milieu lesbien) avant d’arriver, car lorsque je suis sur le terrain, je dois savoir où je m’en vais. Je fais donc beaucoup de recherche et de réseautage, planifie des rendez-vous à l’avance, rencontre des gens sur place par l’intermédiaire d’ami(e)s et leur demande de me parler de la ville. Évidemment, je fais des recherches sur le terrain et je vis les expériences (resto, club, festivals, etc.), car il faut les vivre pour le savoir!» Parlant de vivre les événements, la porte-parole du voyage y va de ses recommandations quant aux événements lesbiens à ne pas manquer: «Le Dinah Shore Weekend à Palm Springs en Californie, qui a lieu tous les ans en avril, est l’événement lesbien au monde, avec plus de 30 000 femmes qui s’y retrouvent. Deux autres événements à ne pas manquer: les Dyke March à Toronto et à San Francisco. Et cette année, il y aura le Dyke Day au Toronto Pride qui durera toute la journée de samedi. Côté européen, il y avait en avril le L-Beach, un nouvel événement en Allema-gne, avec environ 5000 filles qui se sont présentées. Sans oublier le Girlie Circuit à Barcelone, qui est un des plus grands événements lesbien dans le monde. Un autre événement très populaire, surtout pour les femmes de 40 ans et plus, c’est le lesbian week en Grèce, à Lesbos, et les événements à Provincetown (pour célibataires, femmes de couleur, le women’s week en octobre).»


Pour ceux et celles qui croient encore que le pouvoir rose ne tient uniquement qu’à l’industrie du tourisme gai, où les lesbiennes pantouflardes n’auraient pas l’argent pour voyager, Tanya tient à faire taire ces légendes urbaines démodées: «Les sondages (américains) démontrent que les différences dans les revenus moyens des couples gais et lesbiens est de 2000$ à 3000$ par année et que les lesbiennes voyagent presque autant que les hommes gais. Elles voyagent beaucoup, mais souvent autrement. C’est aussi plus facile pour les lesbiennes de voyager en passant inaperçues, puisqu’on n’assume pas toujours qu’elles sont deux lesbiennes; elles peuvent être sœurs, meilleures amies, etc.» Ainsi, si les lesbiennes sont peu visibles, elles ne sont pas pour autant absentes. Une déclaration toutefois davantage applicable aux voyageuses qu’aux intervenantes impliquées dans le milieu du tourisme lesbien. Et les propos de Tanya corroborent: « Je suis une des rares lesbiennes à travailler pour un bureau de tourisme et à s’occuper du marché gai et lesbien. Habituellement, ce sont soit des hommes gais ou des femmes straight. Souvent les journalistes en apprennent peu sur la vie lesbienne et donc écrivent peu à ce sujet. Par exemple, en juin, nous allons accueillir, pour un press trip, le Windy City Time, une publication gaie et lesbienne de Chicago. Ainsi, je vais pouvoir montrer tous les côtés de la ville, mais si la revue étaient uniquement gaie ou hétéro, ils ne seraient pas intéressés à la vie lesbienne.» Et dans l’industrie du tourisme de tous les jours, Tanya se fait ambassadrice même au sein du conseil d’administration du International Gay and Lesbian Travel Association (IGLTA): «Nous sommes 10 personnes: 6 gais, 3 filles straight et moi, la seule lesbienne! Nous travaillons très fort pour faire évoluer la présentation du marché gai et lesbien à travers le monde, car tout le monde de l’industrie du tourisme (hôtels, transporteurs, resto, etc.) veut avoir ces dollars roses! C’est connu, les homosexuels voyagent et dépensent plus que les hétérosexuels. À Tourisme Montréal, nous considérons que 8% des touristes qui viennent en ville sont gais et lesbiennes, mais qu’ils dépensent 11 à 12% de la dépense touristique totale annuelle. Alors, ce que nous faisons avec IGLTA, c’est de l’éducation; c’est bien beau mettre une pub dans une revue, mais encore faut-il accepter les gais et lesbiennes. Nous sommes le visage de tout ce qui tourne autour du voyage gai et lesbien. Et moi, j’appuie le voyage lesbien auprès de ceux qui croient que c’est uniquement les gais qui voyagent! C’est pour ça que j’ai décidé de m’impliquer. J’ai toujours été ouvertement lesbienne, alors j’ai trouvé frustrant d’entrer dans un monde supposément gai et lesbien, où je retrouve moins de lesbiennes que dans ma vie de tous les jours!» D’ailleurs, entre deux passages aux douanes, Tanya n’est pas moins ambassadrice pour autant. Pour preuve, elle n’a pas hésité à s’afficher dans le magazine Châtelaine: «C’était important pour moi de partager le fait qu’on peut avoir une belle carrière, vivre sa vie sainement et heureusement en étant ouvertement lesbienne. Si on est capable de l’assumer, tout ce que l’on fait dans le reste de notre vie nous le faisons mieux!» Julie VAILLANCOURT

Visitez le site de voyage de Tanya Churchmuch au www.girlports.com/lesbiantravel ainsi que celui de Tourisme Montréal au www.tourisme-montreal.org

 

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Publié le 15 juin 2010

par Julie Vaillancourt