Mai, le mois de Marie, le mois des trans, le mois de l'homophobie

Denis-Daniel Boullé
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Photo prise par © Robert Laliberté

Le mois de Marie. L'Église catholique est dans l'eau chaude et l'on se brûle les doigts en les trempant dans les bénitiers. De plus en plus de catholiques plus près du message de l'Évangile que des diktats du Vatican prennent leur distance devant les errances du Pape qui ne sait plus à quel saint se vouer. Va-t-on vers un schisme dans lequel le berger allemand serait de plus en plus isolé dans sa niche, toute dorée soit-elle?

À priopos de Marie : celle, qui n’a jamais péché mais a été soumise à une procréation divinement assistée (PDA), ne cesse de nous interpeler sur le sexe des anges et de la Sainte-Trinité. En forçant le trait, on pourrait se demander si cette famille peu traditionnelle (une vierge qui enfante, un père et un Saint-Esprit virtuels, et Joseph, époux de la Vierge, mais pas le père biologique de son fils) ne préfigurait pas les nouvelles familles d’aujourd’hui. Et parmi tout ce monde, il devait sûrement y avoir un gai ou une lesbienne, et pourquoi pas une trans? Marie, peut-être? Qui sait, les voies du seigneur sont impénétrables.

Le mois des trans. Ils et elles sont de plus en visibles. On en parle, ou du moins prennent-ils et prennent-elles plus souvent la parole. Une amie psy, spécialiste des questions de genre chez les enfants, me disait qu'aujourd'hui, certains parents la consultaient dès que leur petit garçon jouait avec une poupée ou que leur petite fille jouait au cowboy! «Mon enfant n'aurait-il pas besoin d'une réassignation sexuelle?» L'inquiétude des parents glisse aujourd'hui de l'orientation sexuelle à l'identité de genre. L'enfant doit être catégorisé le plus rapidement possible dans un genre ou dans une orientation sexuelle, sinon c'est la panique à bord. L'enfant pourrait-il avoir son mot à dire? Nous devons très rapidement nous ins-crire dans une catégorie homme ou femme, ou encore homo ou hétéro. Pas de place pour l'ambigüité, ou de doute sur la fluidité du désir.

Les trans, c'est presque tendance aujourd'hui. Si c'est un phénomène de mode, ce qui reste encore à démontrer, espérons au moins que ceux-ci et celles-ci en profiteront pour investir l'espace social, car question acceptation sociale, on est encore plus proche du folklore condescendant que d'une réelle banalisation.

Le mois contre l’homophobie avec un petit coup de gueule. Le thème était le silence dans le monde du sport. L’homosexualité n’y est pas la bienvenue, et beaucoup d’entre nous ont dû au cours de leur scolarité «dealer» avec l’angoisse des cours d’éducation physique. Par solidarité, on aurait espéré qu’un athlète hétéro aurait le courage de briser ce silence. Et pourtant, aucun sportif de haut niveau n'a mouillé son maillot pour dénoncer l'homophobie dans le monde du sport et pour s'engager à faire sa part. Quasi aucune fédération sportive québécoise ou canadienne n’a jugé opportun de souligner le 17 mai. Alors, les gais et les lesbiennes sur Facebook qui se pètent la rondelle de bonheur devant les victoires du Canadiens me donnent envie de gerber. Je ne savais pas que l'on pouvait être aussi masochiste, aveugle et contradictoire. Y a-t-il quel-qu'un dans les gradins qui puisse m'expliquer?

Marie n’était pas trans ni lesbienne, Joseph pas pédé, et Jésus n’a jamais couché avec Marie-Madeleine ou Saint Jean, m’explique un théologien. Ouf! Je suis rassuré! Ratzinger aussi. Car si on revisitait l’histoire et qu’on découvrait que la Cène s’appelait la Cage aux folles et que le Chemin de croix avait été en fait la première gay pride, l’édifice romain s’effondrerait et le Pape appellerait d’urgence Mado.

ddboulle@fugues.com

 

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Publié le 21 mai 2010

par Denis-Daniel Boullé