Pas de tolérance pour les intolérants

Yves Lafontaine
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Photo prise par © Robert Laliberté

Sur le web, la parole homophobe se libère. La tendance, révélée par bien des observateurs depuis quelques années, se confirme en 2010. Et tous les types de sites sont concernés. Sans surprise, l'homophobie s'exprime souvent sur des forums d'inspiration religieuse ainsi que sur ceux des partis et groupuscules d'extrême-droite. Mais, plus surprenant, elle s’exprime régulièrement sur les sites de presse. Non pas dans le contenu des articles, mais dans les commentaires que suscitent les articles touchant, de près ou de loin, l'homosexualité — on n’a qu’à lire les forums des sites de Tout le monde en parle, de Cyberpresse ou de Voir.ca. Le temps fort de l’expression homophobe des derniers mois? La prestation du patineur Johnny Weir et les commentaires déplacés et parfois homophobes de Goldberg et Maillhot qui ont été rapportés par l’ensemble des médias, après notre couverture de la question sur Fugues.com et les communiqués du CQGL qui ont dénoncé les commentaires. Sur les sites d'information relayant la nouvelle, plusieurs internautes se sont livrés à «un concours homophobe de jeux de mots» du plus mauvais goût sans que les modérateurs ne croient essentiel d’intervenir.

Pour le meilleur et pour le pire, la multiplication des forums, espaces de commentaires et réseaux sociaux a libéré la parole des internautes. Même Facebook, connu pour le bon esprit qui y règne habituellement, n'est pas épargné. Il ne se passe pas une semaine sans que je sois moi-même sollicité par un «ami Facebook» pour réagir contre l’ouverture d’une page «Contre l’homo-sexualité» ou «Le mariage gay est un non sens». Il y a quelques mois, un jeune étudiant français a été jusqu'à porter plainte à deux reprises contre le réseau, pour «complicité d'incitation à la haine et à la violence envers la communauté homosexuelle». Il avait trouvé des groupes qui appelaient à couper les mains des gais, d'autres où l'on se donnait rendez-vous pour «casser du gai». Face à l'absence de réaction des modérateurs auxquels il a signalé ces groupes, il s'est donc tourné vers la justice. Fait inédit, la justice française a jugé ses plaintes contre Facebook recevables. L'enquête, menée par la structure de lutte contre la cybercriminalité, est toujours en cours. Reste qu'aujourd'hui encore, on peut trouver des groupes anti-gais sur Facebook…

L'inflation de propos homophobes sur Internet s'explique pour une large part par le sentiment de protection de l'internaute, anonyme derrière son écran. Sur la Toile, les recours sont souvent malheureusement longs et compliqués, voire impossible dans le cas de sites hébergés à l'étranger.?Cela dit, il ne faudrait surtout pas baisser les bras. Tout internaute qui relève ce type de propos peut contacter les services de modération ou d'hébergement du site en question, voire en faisant un signalement sur un site mis en place à cet effet par le gouvernement. Il faut garder à l'esprit que, sur Internet comme ailleurs, l'injure et la diffamation publique sont punies par la loi. Tout comme les groupes organisés de droite qui veulent tenter de passer leur idéologie, la communauté LGBT doit sortir d’une certaine torpeur, être plus vigilante, surveiller les propos homophobes, réagir sur les forums, les blogues, Facebook et autres moyens, et passer, elle aussi, ses messages et ses valeurs. «Ne pas être tolérant envers les intolérants» serait une devise à adopter.
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«On naît homosexuel, on ne choisit pas de l’être.» Voilà une affirmation qui pourrait faire grand bruit. Jacques Balthazart est zoologiste de formation, professeur dans une université belge (à Liège) et responsable du Groupe de recherche en neuro-endocrinologie du comportement. Ce spécialiste des comportements dits «instinctifs» vient de publier une Biologie de l’homosexua-lité. Encore inédit au Québec, ce livre va à l’encontre de l’idée selon laquelle l’orientation sexuelle est essentiellement le résultat d’apprentissages et d’interactions sociales qui se déroulent pendant l’enfance. «L’origine de l’homosexualité est davantage à chercher dans la biologie des individus que dans l’attitude de leurs parents ou dans des décisions conscientes des sujets concernés», affirme l’expert qui travaille depuis 35 ans sur les mécanismes hormonaux et nerveux qui contrôlent, notamment, le comportement sexuel chez l’animal et l’être humain. Depuis longtemps, il avait en tête d’écrire sur le sujet en dépassant le conflit stupide inné/acquis ou nature/environnement. Dans cet ouvrage, il démolit les croyan-ces selon lesquelles l’homosexualité serait une maladie, une perversion, une déviance, etc. Lors du lancement de l’ouvrage, il a adressé un exemplaire de son livre au primat de Belgique et un autre au pape Benoit XVI. Ils vont apprécier le geste, c’est certain...
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De manière à sensibiliser le monde du sport à la nécessité de faire échec à l’homophobie, la Fondation Émergence a invité les associations sportives, les fédérations et d’autres organisations à adhérer à une déclaration signée par la ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, Michelle Courchesne, et par la ministre de la Justice et ministre res-ponsable de la lutte contre l’homophobie, Kathleen Weil, et qui soutenait qu’«aucune forme de discrimination n’a sa place dans le monde du sport». À une ou deux exceptions près, il n’y a pas eu de réponse à cette invitation. En principe, une pareille déclaration aurait dû recevoir l’adhésion de tous ceux et de toutes celles qui adhèrent aux valeurs de notre société. Nous avons affaire à une discrimination systémique, où le système se montre plus fort que les individus. De toute évidence, il s’agit ici du seul motif interdit de discrimination prévu par les chartes des droits et pour lequel la société accepte semblable indifférence. Pareil comportement est difficilement explicable dans notre société.

yveslafontaine@fugues.com