Solidairement vôtre

Pour ne pas vivre dans la peur

Steve Foster
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Il y a quelques années, à l’aube de ma jeune vingtaine, par un beau samedi soir, je sortais de la «chic» taverne Bellevue, marchant en direction du métro Berri, deux gars m’ont sauvagement attaqué à coups de pied et à coups de poing. Tout au long de l’attaque, les gens s’arrêtaient et regardaient sans broncher. Personne ne m’a apporté une aide quelconque tout le temps qu’a durée l’agression. Quand j’ai finalement pu me libérer, je me suis mis à courir en plein milieu du trafique de la rue Sainte-Catherine afin de semer mes agresseurs. Et je dois vous dire que je ne savais pas, jusqu’alors, que je pouvais courir aussi vite. Malgré les côtes fêlées et les ecchymoses sur tout le corps, je suis entré chez un ami qui m’hébergeait à cette époque. Je n’ai pas appelé la police ni le soir de l’agression ni jamais d’ailleurs. Dans les mois qui ont suivi, j’arpentais les rues avec la peur au ventre. Je sursautais au moindre bruit et j’évitais le plus possible de sortir tard le soir. Vingt-cinq ans plus tard, je vous avoue que cette peur revient. Sur la rue, dès que je perçois une personne, comme étant hostile, à tort ou à raison, je baisse la tête, j’accélère le pas et, immanquablement, je repense à cette soirée.

Si je parle de cette expérience, c’est que récemment, dans ce magazine, André C. Passiour rapportait que plusieurs agressions avaient eu lieu dans le Village et que les victimes ne portaient pas plainte auprès de la Police. Je parle de cette expérience aussi parce que je reçois plusieurs appels de personnes vivant de la discrimination et du harcèlement et qu’elles aussi ne portent pas plainte.

Ce qu’il y a de commun, dans la majorité de ces cas, c’est le silence et l’isolement dans lesquels la personne vit sa situation. Ce qu’il y a aussi de commun, c’est la peur. La peur d’être dévoilé, car plusieurs personnes n’ont pas fait leur sortie du placard ou sinon que très partiellement. La peur des conséquences sur leur milieu professionnel ou familial, si jamais on osait dénoncer ou porter plainte. Bref, nous préférons le silence quitte à se taper une dépression, un burn-out ou quitte à prendre une cuite ou un joint pour oublier. Bref, on laisse la peur avoir le dessus sur notre santé psychologique et physique.

Pourtant au Québec ou au Canada, nous avons le privilège d’avoir de nombreuses ressources et instances qui peuvent faire la différence dans les situations de discrimination ou d’harcèlement. Mais encore faut-il dénoncer les farces de mauvais goût, les propos malveillants, l’intimidation ainsi que la violence verbale et physique que nous subissons.

Nous nous sommes dotés de chartes des droits, de conventions collectives et de lois afin de nous protéger, mais si nous ne les utilisons pas pour nous défendre, à quoi peuvent-elles servir?

Sincèrement, pour ma part, je regrette de ne pas avoir contacté la police. Et si c’était à refaire, je n’hésiterais pas un instant. Peu importe le temps et l’énergie que pourraient prendre les démarches, je ne laisserais pas ma peur l’emporter sur mes agresseurs.

En terminant, j’aimerais rendre hommage à toutes ces personnes qui ont décidé de vaincre leurs peurs et d’entreprendre des démarches pour dénoncer la discrimination, le harcèlement, la violence et les injustices qu’elles subissaient. Leur courage doit être salué, car non seulement elles ont pu mettre un terme à leur persécution, mais grâce à elles, nous jouissons d’une jurisprudence pouvant servir dans nos causes actuelles et futures.

Qu’on se le dise, la peur n’est jamais une solution. Agissons !

•••

Pour celles et ceux qui décident de dénoncer ou de porter plainte, il est bon de savoir que chaque instance possède ses critères de fonctionnement. Il est donc primordial de valider auprès de l’instance choisie ses règles de procédure. Prenez aussi le temps de vérifier le délai de prescription accordée pour déposer votre plainte (le délai à l’intérieur duquel vous devez porter plainte). Il serait dommage que par man-que d’information ou par un délai trop long, votre plainte se voit rejetée.

Certaines instances ont aussi instauré la médiation dans le processus de traitement de plainte. Cette solution peut être regardée comme un moyen efficace de résoudre un litige à l’avantage de chacune des parties.

Il vous est aussi possible d’intenter une action en justice, soit en fonction du Code civil ou du Code criminel. Comme les deux démarches n’ont pas nécessairement les mêmes objectifs ou résultats, il est important de consulter un avocat afin de mieux vous guider. Toutefois, dans le cas d’une action au criminel, vous devez savoir que, dès le dépôt de votre plainte, celle-ci ne vous appartient plus. Il revient au substitut du Procureur général de décider s’il entamera ou non les procédures en fonction de la preuve qu’il ou elle aura en mains.

Mais, dans tous les cas, il est aussi primordial de pouvoir étayer votre cause. Inscrire en détails les événements, les rencontres, les appels téléphoniques (qui a dit tels ou tels propos, quels étaient les gestes posés, quelles étaient les personnes présentes, dans quel lieu, à quelle heure) dans un journal, est un outil très utile. Il est tout aussi judicieux de conserver les documents audio ou écrits.

En terminant, dans la mesure du possible, il est souhaitable que vous puissiez être accompagné d’un proche, d’un ami ou d’un collègue. En plus de la possibilité d’agir à titre de témoin, le fait d’être accompagné par un proche aura dans bien des cas l’avantage de vous rassurer et de vous permettre de mieux maîtriser la situation.


Steve FOSTER
Président-directeur général du Conseil québécois des gais et lesbiennes



Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse : cdpdj.qc.ca

Commission canadienne des droits de la personne
chrc-ccdp.ca/default-fr.asp

Commission des normes du travail cnt.gouv.qc.ca

Protecteur du citoyen
protecteurducitoyen.qc.ca

Aide juridique
csj.qc.ca/SiteComm/W2007Francais/Main_fr_v3.asp

Éducaloi educaloi.qc.ca

Réseau juridique canadien VIH-SIDA
aidslaw.ca/publications/publicationsdocFR.php?ref=228

Commissaire à la déontologie policière
deontologie-policiere.gouv.qc.ca/index.php?id=12

Comité lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres (CSN)
ccmm-csn.qc.ca/cmsFrameMain.aspx?Lang=FR&ParentID=
home

Comité pour la diversité sexuelle (CSQ)
csq.qc.net/index.cfm/2,0,1676,9715,2348,1104,html

Comité sur les droits des gais et lesbiennes (FTQ)
www.ftq.qc.ca/modules/pages/index.php?id=368&langue=fr&menu=26&sousmenu=77

 
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Anciens commentaires

  • 13 mai 2010. Je peux vous dire que la violence est de plus en plus présente dans le village. Ce matin j'ai été agressé en promenant mon petit chien, un acte gratuit à 9h du matin. J'ai porté plainte mais le gars s'est sauvé. J'ai reçu des coups au visage, rien de grave mais c'est choquant. Publié le 13/05/2010
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  • 13 mai 2010. Je peux vous dire que la violence est de plus en plus présente dans le village. Ce matin j'ai été agressé en promenant mon petit chien, un acte gratuit à 9h du matin. J'ai porté plainte mais le gars s'est sauvé. J'ai reçu des coups au visage, rien de grave mais c'est choquant. Publié le 13/05/2010