AlterHéros

Quand le virtuel rejoint les allosexuels aux quatre coins du globe

Julie Vaillancourt
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À l’ère où le virtuel répond à de plus en plus de vos besoins immédiats, où vous pouvez effectuer votre épicerie en ligne, être informé des nouvelles de l’heure sur Twitter, devenir une vedette instantanée sur YouTube sans bouger de votre salon, ou encore vous faire des centaines d’ami(e)s sur Facebook, AlterHéros, lui, répond aux interrogations sur la diversité sexuelle. Cependant, contrairement à tous ces réseaux sociaux, «fastfood virtuels» et autres inventions du genre, AlterHéros a investi le web dès 2002. Pionnier en son genre, cet organisme communautaire à but non lucratif s’adresse donc à toute la communauté allosexuelle ou à ceux qui veulent en savoir davantage sur ces «autres héros» qui apprennent à être eux-mêmes dans la vie de tous les jours. Rencontre avec une de ces héroïnes du quotidien, Julie-Maude Beauchesne, présidente-éditrice d’AlterHéros.

L’idée de concevoir un site internet s’adressant aux allosexuels a pris naissance par le biais d’un projet universitaire pensé et chapeauté par Marc-Olivier Ouellet, alors étudiant en génie informatique à l’Université McGill, m’explique d’emblée Julie-Maude. Puis, «par la suite, avec son copain et ses amis, il a décidé de développer ce projet et d’en faire un organisme communautaire à but non lucratif, afin d’assurer une relève. Souvent ces projets disparaissent avec leur fondateur, ce qui n’est pas le cas d’AlterHéros heureusement! Le portail internet a donc été lancé officiellement en août 2002, afin d’aider les jeunes à vivre agréablement leurs différences sexuelles et de démystifier les différences», poursuit celle qui préside l’organisme depuis 2008, mais qui s’est grandement impliquée depuis 2004, notamment à titre de rédactrice en chef et directrice du marketing. Depuis sa fondation, AlterHéros a offert plusieurs services en ligne, tels des articles informatifs (sur l’actualité, des dossiers thématiques), un calendrier des événements et activités, des témoignages, la «zone» qui permet d’entrer en contact avec d’autres membres d’AlterHéros, sans oublier le populaire service d’intervention intitulé «parles-en aux experts», qui est le service le plus prisé de l’orga-nisme, selon la présidente : «C’est vraiment devenu notre service numéro un! La moitié des gens qui visi-tent notre site viennent pour cela. Pour poser des questions, ou encore pour faire des recherches. Ce service s’adresse aux gens qui se posent des questions en lien, de près ou de loin, avec la diversité sexuelle. On répond à peu près à tout, aux questions typiquement hétérosexuelles. Sinon, ce serait trop long, puisque nous recevons en moyenne 70 à 80 questions par mois et que notre délai de réponse est, en général, de 3 à 4 jours!» D’ailleurs, si certaines questions sont plus banales, alors que d’autres sont plus existentielles, il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises questions… Julie-Maude énumère quelques exemples : «Est-ce que la pénétration anale fait mal? Que cherche un homme avec une femme transsexuelle? J’aime me masturber avec des sex toys, suis-je en train de devenir homosexuel?» Voilà donc des exemples de questions, auxquelles les experts ont déjà répondu, tandis que la question «classique» demeure : Je suis en amour avec ma professeure; suis-je lesbienne? Et comme le souligne Julie-Maude : «Lorsque ça fait plusieurs fois que nous répondons à une question sous divers angles, on réfère les gens à des réponses préétablies. Sinon, je te dirais que nous répondons personnellement aux trois quart des questions que nous recevons. Et, en guise de réponse, nous proposons avant tout des pistes de réflexions et des informations éclairées : nous ne sommes pas là pour dire quoi faire aux gens. Et ceux qui y répondent, on les appelle les «experts», puisque ce sont des médecins, des étudiants ou des gens sur le marché du travail dans des domaines spécifiques, tels qu’en psychologie, en travail social, en éducation, en sexologie, etc.»

Avec ce service, AlterHéros se veut un organisme unique en son genre, qui cible une population précise par le biais d’internet, à la manière de ce que Gai Écoute offre via le téléphone. Et comme le note Julie-Maude à propos de l’équipe d’AlterHéros : «Nous avons une passion pour une cause spécifique, qui va au-delà de la sexualité et de la santé en général. Aussi, ce qui fait notre force c’est que notre organisme est vraiment LGBT dans le sens qu’il parle autant du T que du L, que du B que du G! Et c’est plutôt rare…» D’ailleurs, ce caractère rarissime du service offert, amène une clientèle diversifiée et internationale : «Lorsque nous avons commencé, notre groupe cible était vraiment la jeunesse, car AlterHéros a été créé au départ dans le but de répondre au besoin d’aider les jeunes dans leur coming out et leur cheminement. Cependant, il y a beaucoup de gens qui se rendent compte de leur homosexualité, ou qui l’assument, sur le tard, alors notre clientèle va jusqu’à 50 ans. Aussi, avec la réalité virtuelle, notre particularité est que nous recevons des questions provenant d’un peu partout à l’étranger. D’ailleurs, nous avons deux fois plus de visiteurs de France que du Québec! Cela demande à nos experts beaucoup de connaissances culturelles et d’ajustements, car si une question peut paraître simple, elle est parfois beaucoup plus complexe, selon le pays.» Durant les premières années de sa fondation, l’équipe d’AlterHéros attendait impatiemment de passer le cap du million de visiteurs, se rappelle Julie-Maude. Aujourd’hui, avec plus de 150 000 fréquentations par mois, et une fréquentation annuelle qui augmente sans cesse, le potentiel est énorme et la demande nécessite une restructu- ration, annonce Julie-Maude : «Nous y travaillons depuis plus d’un an, afin de diviser nos services dans des sites Internet distincts, pour toucher des clientèles différentes. En restructurant notre plateforme web, nous allons par le fait même élargir notre mandat avec un site 18 ans et plus, versus un site ado, puisque les questions ne touchent pas le même public. C’est aussi au niveau lucratif, puisque en ciblant la clientèle, c’est plus facile de cibler la pub. Cela nous permettra d’avoir des employés, car si on finance aujourd’hui toutes nos activités par la pub, nous sommes à 100% bénévoles». D’ailleurs, l’équipe se compose aujourd’hui d’une cinquantaine de bénévoles. Certains s’impliquent sporadiquement, alors que d’autres y sont depuis la fondation de l’organisme. Si trouver des bénévoles n’est pas chose facile, gérer cette main-d’œuvre et la rassembler représentent le plus grand défi d’AlterHéros. Puisque, selon Julie-Maude, «nous effectuons un travail en ligne, sur le web, c’est difficile de faire un lien physique, de développer un sentiment d’appartenance. C’est pour cette raison que nous avons créé les retraites (conférences, formations) pour que les gens se rassemblent, qu’ils aient le goût de s’impliquer, pour qu’il y ait un contact entre les bénévoles.» En plus de solidifier l’esprit d’équipe, ces retraites aident à former les intervenants et à répondre à un certain type de questions. Par exemples, les membres ont eu l’occasion de rencontrer un transsexuel français, tandis que le prêtre Raymond Gravel répondra bientôt aux interrogations des membres concernant l’homosexualité et le catholicisme. Ces retraites reviennent environ trois fois par an, et les conférences sont ouvertes à tous, aux membres et amis. « D’ailleurs, lors de ces retraites, je fais toujours mon discours», précise Julie-Maude : «… tu sais, lorsqu’on s’implique, on veut changer le monde et à AlterHéros on est rudement bien placés, puisque via le web on touche à toute la planète! J’ai toujours trouvé cela fantastique! Pour nous, qui avons des droits au Québec, même s’il y a encore du travail à faire, nous pouvons aider tous les LGBT aux quatre coins du monde, en français et en anglais… c’est quasiment émouvant!»




Côté implication et travail à faire sur la scène LGBT québécoise, Julie-Maude Beauchesne en sait long, puisqu’elle est active auprès de la communauté depuis plusieurs années. Aujourd’hui adjointe à l’administration au Conseil québécois des gais et lesbiennes et rédactrice du bulletin de liaison L’Égalitaire, elle a rejoint les bancs de l’Université de Montréal, afin de poursuivre ses études en relations internationales. Cependant, Julie-Maude a fait ses classes auprès de la communauté, il y a de cela plusieurs années, au sein de Jeunesse Lambda, avant d’assurer la coprésidence de la Table de concertation des gais et lesbiennes du Québec, et de fonder puis présider la Coalition des transsexuelles et transsexuels du Québec. D’ailleurs, faire tomber les préjugés et tabous entourant la transsexualité, n’est pas toujours chose facile, appuie Julie-Maude : « Ce qui est difficile pour les personnes transsexuelles, c’est que tu as beau être lesbienne ou gai (et avoir changé d’identité sexuelle), pour les gens qui le savent, tu es transsexuel(le) en premier. Alors que pour la personne transsexuelle, la transsexualité n’est pas son identité première, c’est un passage. Oui, on peut dire que la personne transsexuelle va le rester toute sa vie, car tu n’effaces pas ton passé, on s’entend, mais ça reste quand même un passage. La majorité des personnes transsexuelles ne s’identifient pas comme transsexuel(le) de la façon dont une lesbienne, une bisexuelle ou un gai va s’identifier, par exemple». En ce sens, la transsexualité étant une identité transitoire, les transsexuel(le)s sont donc en général peu visibles, justement parce qu’ils/elles choisissent d’être lesbienne, gai ou hétéro, me confirme Julie-Maude, avant de rajouter que « ce n’est pas la seule raison. L’identité première d’une personne transsexuelle c’est le sexe dans lequel elle a fait ses changements. Donc, selon le cas, elle est femme ou homme avant tout, il ou elle n’est pas transsexuel(le)! Et on la raccroche toujours à la transsexualité, donc au passé, et ça devient très frustrant…» Bref, sans avoir la prétention de faire un exposé exhaustif sur le sujet, ceci explique en partie la faible visibilité de la transsexualité. Mais qu’en est-il de la visibilité/invisibilité du lesbianisme? Question d’essayer de percer une fois de plus le mystère, l’exemple d’AlterHéros est pertinent, m’explique Julie-Maude : «Nous avons un public plus féminin que masculin. Les lesbiennes, bisexuelles, femmes se tournent davantage vers le web, on dirait qu’elles ont plus besoin d’anonymat. En contrepartie, on n’a presque pas de femmes bénévoles! Les lesbiennes sont difficiles à aller chercher et pourtant c’est notre premier public… Si je compare aux hommes, on n’a pas de problème à les recruter, même les personnes transsexuelles, nous en avons quelques-unes…. Moi, je pense que c’est peine perdue et que les lesbiennes vont toujours rester cachées! (Rires) On dirait que c’est notre seconde nature…»

Forte de ses expériences et implications, Julie-Maude constate le travail à faire au niveau des mentalités, de l’ouverture d’esprit, et ce, à l’intérieur même de la communauté : « On demande aux hétéros de ne pas être homophobes, mais il y a beaucoup d’homophobie, de transphobie, de lesbophobie provenant de l’intérieur même de la communauté LGBT… il y a beaucoup de cloisons… Par exemple, il y a des femmes transsexuelles lesbiennes qui ont de très grandes difficultés à intégrer le milieu lesbien, alors que dans certains milieux gais, les lesbiennes sont moins acceptées! Si nous-mêmes avons des préjugés entre nous LGBT, il ne faut pas se surprendre d’être victimes de préjugés! Et justement, à AlterHéros, nous travaillons beaucoup à faire tomber cela, car c’est déplorable!» Et, en ce sens, tous et toutes sont invités à s’impliquer, ou du moins peuvent y participer, mettre la main à la pâte ou sur la souris, puisqu’en un clic ou deux, il est désormais possible de changer notre petit monde ainsi que celui qui nous entoure!

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Publié le 22 février 2010

par Julie Vaillancourt